Transmission VTT : pourquoi et comment le mono-plateau est devenu incontournable

Cette année 2019 est bien partie pour marquer la fin d’une époque et reléguer au rang d’antiquité le dérailleur avant. En effet, si le mono-plateau s’est maintenant généralisé depuis bien longtemps, la période de transition fut, comme souvent, tumultueuse, entre conversions “ghetto” et transmissions haut de gamme hors de portée de beaucoup de bourses jusqu’à ce que la concurrence se mette à niveau et que les déclinaisons plus “budget-oriented” pointent le bout de leur nez.

C’est maintenant chose faite avec le lancement l’an dernier par SRAM de la version NX de son groupe Eagle et en ce moment même par Shimano des déclinaisons XT et SLX de son groupe 12 vitesses décliné à la même époque en mouture XTR mais jamais vraiment disponible après les déboires de la marque nipponne avec ses usines de production.

Je vous propose aujourd’hui un article à deux vitesses (!), où je vais revenir tant sur l’évolution des transmissions ces dernières années que sur les avantages incontestables du mono-plateau qui en ont fait cette solution incontournable aujourd’hui.

 

L’évolution du matériel, vue de loin


Il y a moins de dix ans, le triple plateau régnait encore calmement sur le monde de la tranmission VTT. Le terme “enduro” n’était pas encore arrivé dans toutes les bouches, mais un vélo de montagne haut de gamme arborait typiquement un triple plateau en 44/32/22 et une cassette 9 vitesses 11-34. Soit vingt-sept vitesses, de quoi monter aux abres ma petite dame.

Puis le double plateau pris peu à peu le relai pour rejoindre le monde du vélo de route. Evolution logique, avec d’une part le constat que beaucoup de rapports se chevauchaient sur une transmission triple, que certains n’étaient même pas accessibles sous peine de forts croisements de chaine, et d’autre part une augmentation graduelle du nombre de dents sur les cassettes, la norme étant alors passé à dix vitesses.

 

Pédalier XTR 2011
En 2011, un pédalier haut de gamme ressemblait à ça…

 

Nous pourrions aussi citer la prise de conscience qu’après tout, un vélo de montagne est fait pour rouler sur des monotraces potentiellement épinglues et autres tracés tumultueux où prendre 45km/h en descente en pédalant à 90tr/min assis sur une selle semble assez futile. On trouvait alors classiquement du 38/24 et des cassettes qui montaient à 36 dents. Vers 2013-2014, les modèles moyenne gamme se mettaient pour la plupart au double plateau.

La suite, on la connait, avec l’arrivée du mono-plateau qui nous a débarassé du dérailleur avant quand les cassettes ont pris plus de 40 dents sur le plus grand pignon. Certains modèles haut de gamme arboraient déjà fièrement cette révolution technologique pour le millésime 2014, de quoi se rappeler que s’il semble ubuesque pour le non-inité, le “one-by” ou mono-plateau n’est finalement pas si nouveau.

Depuis, le format ne cesse de se renforcer. Les plateaux narrow-wide sont également devenus monnaie courante, apportant une plus-value à ce qui il y a cinq ans était tant un parti pris qu’un compromis. Aujourd’hui, il est la meilleure solution sur tous les plans ou presque.

 

Plage de rapports, étagement : comment la cassette 12v vient cimenter le futur du mono-plateau


Outre sa fiabilité et l’efficacité du passage de vitesses, une bonne transmission se doit d’allier une couverture ou plage de rapports importante et un étagement tant régulier que raisonnablement resserré.

Concrètement, elle doit permettre d’avoir un braquet aussi petit que possible pour négocier les montées les plus ardues, et un gros braquet assez gros pour ne pas mouliner tel un hamster sur le plat. Cette plage de rapports plus ou moins étendue est souvent approchée sous forme de pourcentage, qui reflète la différence entre le plus grand et le plus petit pignon. Sur une transmission à plusieurs plateau, il faut calculer les braquets, mais sur du mono-plateau c’est facile, il suffit de regarder le nombre de dents. Par exemple, une cassette 10-50 a une plage de 500%.

J’ai choisi, pour illustrer les différents points de cet article, de comparer trois cassettes 11 vitesses “classiques”, les Shimano 11-40 et 11-42 ainsi que la SRAM 10-42,  deux modèles un peu plus transitifs, la Shimano 11-46 et l’E*13 TRS+ 9-46, et les deux standards 12 vitesses actuels que sont la Shimano 10-51 et la SRAM 10-50. Vous retrouverez ces modèles un peu plus loin et comprendrez ce choix, mais sans plus attendre je vous propose une première illustration de cette fameuse plage de rapports.

 

Plage de rapports - cassettes 11/12 vitesses

 

Un étagement régulier de la cassette permet quant à lui de limiter les variations d’effort quand on monte ou descend une vitesse et s’assurrer que ce changement soit aussi prévisible que possible. Cet étagement est dicté par le nombre de dents qu’on gagne ou qu’on perd à chaque changement de vitesse et il gagne également à être resserré, car il est toujours plus facile de monter deux vitesses si besoin, plutôt que tomber dans le cas où l’on se trouve entre pignons. Si les rapports sont trop éloignés les uns des autres, on est constamment en sur-régime ou en sous-régime.

La couverture de la cassette et ce resserrement des rapports sont liés. Pour un nombre de vitesses donné, par exemple sur une cassette 10v, on peut théoriquement avoir une couverture très grande, mettons sur une hypothétique 11-50, ou un étagement resseré, par exemple sur une 11-36. Dans le premier cas, le saut entre chaque vitesse est plus grand, mais la différence entre petit et grand braquet le sera aussi. Dans le second, c’est l’inverse : la cassette est plus agréable à l’usage car les vitesses sont plus proches les unes des autres, mais les deux extrêmes sont aussi plus proches, offrant une plage d’utilisation plus faible.

Vous trouverez ci-dessous une représentation graphique de cet étagement pour les cassettes présentées plus haut. Encore une fois, j’y ferai référence un peu plus loin, mais on peut déjà constater que la 11-46 Shimano présente de loin l’écart le plus important avec un gap de près de 25% pour passer de l’avant dernier au dernier pignon.

 

Etagement cassettes 11v/12v

 

C’est le dilemme qui a longtemps agité les transmissions mono-plateau et que vient résoudre la cassette 12 vitesses. Avec davantage de vitesses, on peut à couverture égale resserrer les vitesses, ou à progression égale augmenter la plage de rapports. Là où les modèles 11v voir 10v devaient faire un compromis, le 12v vient en combler les lacunes pour consolider les transmissions mono-plateau.

C’est particulièrement frappant en s’intéressant à la 9-46 11v d’E-Thirteen : malgré sa plage de rapports impressionnante pour une cassette 11v, elle parvient à conserver un étagement très régulier mais doit pour ce faire concéder des écarts plus importants. Avec sa 11-46 qui ne couvre que 420%, Shimano prend le parti de proposer un étagement resserré, semblable aux cassettes destinées à du double-plateau, et un dernier rapport qui représente une vraie marche à franchir. En regardant les deux modèles 12v, on obtient le meilleur des deux mondes : un étagement proche d’une classique 11-40 ou 11-42 11v sur tout le spectre et une plage de 500% ou plus.

 

Couverture et ratios en chiffres : une analyse historico-comptable plus poussée


Le passage à 12 vitesses offre donc une plage d’utilisation réellement confortable dans l’usage d’une transmission mono-plateau, tout en évitant les écueils que certaines cassettes ont pu connaitre par le passé. Oui, je pense à nouveau à toi, fameuse 11-46 11v Shimano avec un saut de 9 dents sur le dernier pignon.

Un problème récurrent sur les cassettes 11v, voir les 10v avec kit de conversion, a toujours été d’allier une plage de rapports importante et un étagement agréable pour une utilisation avec un unique plateau. C’était moins un problème en double voir triple plateau, car la couverture nécessaire était plus faible. En 10 vitesses, une cassette 11-36 était standard et sa plage de 330% montait avec un double plateau en 38/24 à 515%. Des solutions aftermarket ont émergé, comme celle de OneUp, qui proposait de convertir une cassette 10v 11-36 en 11-42, augmentant ainsi la couverture pour la rapprocher d’une solution 11v.

“C’est pendant le règne de la cassette 11 vitesses que le mono-plateau est vraiment devenu un standard pérenne…”

En passant à 11 vitesses, les cassettes ont naturellement ajouté un grand pignon. Comme leurs prédecesseurs en 10v qui proposaient souvent du 11-36 ou 11-34 pour laisser le choix entre l’optimisation de l’étagement ou une plage de rapports un peu plus importante, les cassettes 11v pensées pour le double plateau proposaient de manière standard du 11-42 ou 11-40. SRAM, avec son corps de roue libre XD avait alors un petit avantage en supportant un pignon de 10 dents.

C’est pendant le règne de la cassette 11 vitesses que le mono-plateau est vraiment devenu un standard pérenne, mais qui restait un objet de compromis. Avec une couverture autour de 400%, il n’égalait pas le double-plateau, mais les avantages découlant de la suppression du dérailleur avant l’ont néanmoins propulsé sur le devant de la scène, reléguant ce fameux dérailleur avant quasi-exclusivement aux modèles bas de gamme.

L’époque du 11v fut fertile en solutions aftermarket et en solutions stock que l’on penserait être aftermarket, toutes les marques partant à la chasse du graal, l’iconique couverture de 500%. C’est finalement SRAM qui sorti en quelques sortes vainqueur du duel permanant avec Shimano, en proposant à l’été 2017 la première transmission 12v sur sa gamme Eagle XX1 et une cassette 10-50.

 

SRAM Eagle XX1

 

Pourtant, la démocratisation du 12 vitesses n’était pas encore à l’ordre du jour, Eagle étant réservé au très haut de gamme. La guerre faisait toujours rage sur le segment du 11v, Sunrace sortant au même moment un modèle 11-50. Mais c’est E*thirteen qui proposa quelques mois plus tard un modèle détonnant en prenant le problème dans l’autre sens. Plutôt que rajouter un grand pignon démesuré, E*13 pris assez tôt le pari de monter un petit pignon de 9 dents, et pour la seconde itération de sa cassette TRS conçu un modèle 9-46 fournissant une couverture de 511%. Mais, corps de roue libre XD oblige et prix élevé, cette cassette resta comme le 12v assez peu répandue.

“[Shimano] en profite pour faire la nique à son éternel rival en proposant une cassette 10-51 qui offre 510% de couverture…”

Enfin, Shimano, accumulant le retard pris derrière SRAM, se fendit quelques mois avant la mise sur le marché d’Eagle de cette fameuse 11-46 11v, ou plutôt 10+1 vitesses, dans une démarche qui tranchait avec l’habituel perfectionnisme de la marque nipponne. En prenant une 11-42 et en remplaçant le dernier pignon par un 46 dents, la couverture passait de 380 à 420%, en introduisant un gap de 9 dents, soit près de 25% entre les deux dernières vitesses. Gap que même E*13 avec sa 9-46 n’égala jamais, se cantonnant à un saut maximal de 20%.

Un an après la sortie du groupe Eagle, SRAM introduisit sur le marché la déclinaison NX d’entrée de gamme, encore une fois en avance sur Shimano qui lançait tout juste son groupe 12v haut de gamme XTR. On aurait alors pu croire Shimano en fin de galère revenir au niveau de la marque américaine, mais c’était sans compter sur ses déboires de production qui permirent à SRAM de régner une année supplémentaire sur le 12 vitesses.

Cet été, Shimano, qui semble enfin en mesure de produire des transmissions à bon rythme, met sur le marché les déclinaisons XT et SLX de son groupe phare. La marque en provenance du pays au soleil levant en profite pour faire la nique à son éternel rival en proposant une cassette 10-51 qui offre 510% de couverture face à la 10-50 de SRAM. Cette configuration reste la même tant en version XTR que XT ou SLX, contrairement à SRAM qui ne propose qu’une 11-50 en version NX.

 

Le mot de la fin : le multi-plateau, mort et enterré ?


Définitivement, très bas de gamme mis à part, on peut dire que le double ou triple est bel et bien mort et enterré en VTT. On peut dorénavant couvrir avec du one-by une plage de rapports qui était jusqu’à peu hors de portée et jouir de tous les avantages d’une transmission mono-plateau, dont la principale est certainement la facilité d’utilisation.

Si le gain de poids peut paraitre discutable vu l’embonpoint des cassettes qui proposent toujours plus de pignons de plus en plus grands et que les irréductibles peuvent avancer l’argument de l’augmentation des masses non suspendues, ne plus devoir sans cesse jouer des manettes pour éviter les croisements de chaine et garder en tête les rapports selectionnés apporte un confort indiscutable.

L’accès à plusieurs gammes qui ne demandent pas de vendre un rein pour faire l’acquisition d’une cassette, qui reste un composant consommable, vient sceller le cercueil du dérailleur avant : le rétropédalage n’est dorénavant plus possible.

 

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3 commentaires sur “Transmission VTT : pourquoi et comment le mono-plateau est devenu incontournable

  • 3 juin 2019 à 18 h 01 min
    Permalink

    Merci pour ce très bel article, comme d’hab! J’aurais bien vu un petit paragraphe supplémentaire sur la taille du plateau avant. 28, 30 ou 32 dents, y-a-t-il un nombre de dents idéal? Bien sur ca dépend de la pratique. Pour une pratique enduro loisir, j’ai 30 dents avec du 11v SRAM XG 10×42, ben j’avoue que sur certaines montées raides, je peine un peu… C’est 30 dents la taille classique associée à du 12v? Merci.

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    • 3 juin 2019 à 20 h 37 min
      Permalink

      30 dents sur un 29 pouces en zone accidentée, c’est une option valable.

      Je pense qu’en 27.5 un 32 fera l’affaire avec un pignon de 50

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    • 4 juin 2019 à 13 h 27 min
      Permalink

      Salut Jérôme et merci pour ton commentaire.

      Tout à fait d’accord avec François, 30 en 29″ et 32 en 27.5″ donnent environ 1.4m de développement, c’est très bien et même un peu plus facile à emmener qu’un 24×36 old school en 26″.

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