Test SRAM Guide RS

Test longue durée : SRAM Guide RS

Il y a quatre ans, SRAM lançait sa série de freins Guide, déclinée au fil du temps en moult versions : R, RS, RSC et Ultimate. Surtout, c’est en termes de branding que la firme américaine faisait un pas en avant en commercialisant ce nouveau modèle en nom propre, rompant avec dix ans de solutions estampillées Avid, sa filliale spécialisée dans le freinage hydraulique rachetée en 2004.

Géant de l’industrie du cycle, SRAM a au fil du temps absorbé nombre d’entreprises expertes dans leur domaine pour se développer, que ce soit avec Rockshox pour les suspensions ou Truvativ pour les composants de cockpit (cintres, potences, …) et de transmission (manivelles principalement). Devant ce choix de commercialiser leur nouveau produit sous le nom SRAM, on ne peut que s’interroger sur le poids que faisait peser la marque Avid, à la réputation absolument désastreuse au sein de la commnauté, sur les épaules du constructeur américain et ses ventes.

Ce changement de nom s’est-il accompagné d’un réel renouveau de la marque sur ce secteur ? Réponse avec ce test (très) longue durée du modèle le plus répandu de cette nouvelle série, le Guide RS.

 

Préambule : de la difficulté à évaluer une paire de freins


Dans le monde du VTT, le domaine du freinage est assez particulier. De mémoire, aucun autre composant ou ensemble de composants ne rencontre une telle disparité dans l’expérience de ses différents utilisateurs. Un même modèle, purgé cinq fois, avec des disques et plaquettes neuves, semble superbement performer chez certains, et s’avérer abominable pour d’autres. Même Shimano, réputé de manière générale pour produire des produits bien finis aux performances consistantes, semble souffrir sur certains modèles pourtant très appréciés par la majorité de la communauté, de problèmes de performance qui ne concernent qu’une poignée d’utilisateurs sur des séries limitées.

C’est pourquoi j’ai toujours été un peu frileux pour publier un test de freins : cette inconsistance est assez troublante. Il suffit de lire quelques pages de forum pour se rendre compte que certains modèles regroupent autant d’avis positifs que négatifs, souvent francs, parfois à l’opposé de l’expérience que l’on a eu avec une paire de freins. Certains tests regorgent de louanges incompréhensibles une fois les leviers au bout des doigts sur le terrain.

Le retour d’expérience que je vous propose donc aujourd’hui est à prendre comme tel et se rapproche à mon sens de l’opinion générale. J’ai utilisé ma paire pendant trois ans en DH (on reviendra sur le use case un peu plus tard) sur mon Tues et j’ai pu tester au fil du temps au moins trois ou quatre vélos équipés d’une déclinaison ou l’autre des Guides : R, RS ou RSC. Je pense donc avoir une bonne idée du niveau de performance offert par ces freins, des points forts et lacunes de cette série.

 

Fiche Technique


Le Guide est un modèle à quatre pistons (14 et 16mm), centré sur une pratique trail et all-mountain, mais qu’on retrouve même sur certains VTT du cross-country au DH pour les modèles vendus avant la sortie respective des Levels et Codes l’année dernière. Autant dire que SRAM a visé large avec ce produit en combinant sur le papier tous les éléments nécessaires pour produire le frein ultime, terme d’ailleurs repris depuis avec le Guide Ultimate.

Comme pour les modèles Avid, cette série de freins tourne toujours au DOT 5.1, choix technologique qui se fait de plus en plus rare, même Formula ayant opté pour l’huile minérale sur ses Curas. Les leviers sont courts, une tendance maintenant bien établie malgré quelques poches de résistance çà et là, et l’ensemble est compatible avec le système Matchmaker. SRAM a accompagné la sortie de ces nouveaux modèles avec de nouveaux rotors à douze branches nommés “centerline” qui présentent de larges ouvertures au centre de la piste, d’où le nom. Ces disques sont disponibles dans toutes les tailles standards, allant de 140 à 200mm.

 

Test SRAM Guide RS - Disque Centerline

 

Les différents modèles de Guides se différencient principalement au niveau des ajustements qu’ils procurent, mais aussi par les technologies et matériaux utilisés.

Le modèle de base, le Guide R, propose uniquement le réglage du reach ou garde, c’est à dire la distance du levier par rapport au cintre. Ce réglage se fait sans outil, via une molette sur laquelle on ne manquera pas de revenir dans la partie dédiée au test sur le terrain.

Le Guide RS intègre la technologie SwingLink dont l’objectif est de miniminer la course nécessaire pour engager les plaquettes contre le disque tout en conservant une excellente modulation pour éviter l’effet on/off. Grâce à une came spécifique derrière le levier, les pistons avancent davantage en début de course pour minimiser la zone morte, puis moins rapidemment pour privilégier la sensibilité et la pression exercée sur le disque.

Le Guide RSC est identique au modèle RS mais propose en sus le réglage du point de contact aussi appelé attaque, c’est à dire la course de levier “morte” nécessaire avant que les plaquettes n’entrent en contact avec le disque.

Enfin, les Guide Ultimate lancés l’année suivante sont identiques aux RSC mais optimisent le poids avec un levier en carbone et une visserie titanium, ainsi que de nouveaux rotors, les Centerline X, identiques à la version de base au niveau de la piste mais qui optent pour une étoile en aluminium.

 

Sur le terrain


Modulation : un contrat superbement rempli

En trois ans d’utilisation, j’ai pu rouler cette paire de freins sur pas mal de terrains différents, des pistes toboggans à haute vitesse sur les gros bikeparks d’altitude aux parties techniques enracinées en sous-bois humide.

Ma première approche des Guides sur des pistes avec beaucoup de flow fut assez impressionnante. C’est le type de terrain qui se prête le plus mal à une évaluation de freins, puisqu’on freine peu, et essentiellement pour ajuster sa vitesse à la marge. Après quelques journées sur le bikepark des 2 Alpes entre tables et virages relevés, ma conclusion vis à vis des Guides était assez étrange : j’avais l’impression qu’ils remplissaient leur rôle en se faisant totalement oublier.

“La prise en main des Guides est superbe.”

Et pour cause, la prise en main des Guides est superbe et l’action du levier impressionnante de douceur. SRAM a réussi le difficile pari d’offrir un levier qui propose une modulation extraordinaire sans qu’il ne renvoie de sensation spongieuse. Le point de contact semble constant et offre une attaque agréable qui n’évolue pas de façon trop dramatique au fur et à mesure de l’usure des plaquettes, comme c’est le cas chez d’autres marques. Le manque d’une vis de réglage de l’attaque présente uniquement sur les modèles plus haut de gamme ne semble pas faire défaut durant l’utilisation, même si c’est le genre d’option qui est toujours bonne à avoir pour optimiser ses réglages. Enfin, quand elle fonctionne, car le réglage du point de contact n’est pas toujours des plus efficaces selon les modèles.

Le réglage de la garde s’effectue via une molette qui permet de s’affranchir d’outil. Malheureusement, cette molette est incompatible avec les passages répétés sur des zones qui engendrent de fortes vibrations. Impossible pour moi de faire une journée entière de bikepark sans devoir régler à nouveau mon reach au moins une fois. Sur certaines pistes avec beaucoup de braking bumps, il m’est même arrivé de devoir le faire jusqu’à trois ou quatre fois par jour. Le problème est moins sensible en environnement naturel et devrait s’avérer bien plus gérable pour une pratique all-mountain, mais il reste assez déroutant, le levier s’éloignant progressivement du cintre au fil des descentes.

Livrée avec des plaquettes organiques, ma paire s’est montrée étonnament endurante les premières journées, tant au niveau de la durabilité du freinage sur une descente que de l’usure des plaquettes. Enfin, c’est ce que je pensais avant d’attaquer des terrains plus exigeants avec des gradients moyens plus élevés et des vitesses plus faibles, qui mirent sérieusement à mal ces dernières.

Le passage aux plaquettes métalliques remédia au problème d’endurance, mais ne résolu pas un autre problème de taille qui pointait le bout de son nez depuis un moment et qui vient mettre des bâtons dans les roues de ces Guides.

 

Puissance : un handicap de taille

La talon d’Achille de ces freins se situe pour moi au niveau de la puissance de freinage. Gardez en tête que je les ai utilisé quasi-exclusivement en DH et que mon poids équipé a pu approcher le quintal. Cela étant dit, si la puissance de freinage nécessaire pour arriver à bout d’un Magic Mary à l’arrière est bien supérieure à celle nécessaire pour faire partir un Rock Razor en road trip solo vers la première tanière de marmotte en bord de single, mon all-mountain comme mon DH sont équipés en Magic Mary à l’avant. Il est courant de trouver du gros pneu à l’avant de machines utilisées en AM ou Enduro, qu’ils soient des DHF, Toro ou Magic Mary dans mon cas.

“Le ressenti est l’exact opposé de la philosophie Shimano.”

Cette incapacité à vraiment exploiter tout le grip existant pour perdre de la vitesse aussi vite que possible est très dommage, d’autant plus qu’elle est assez insidieuse, se cachant bien derrière la modulation de ces freins qui donnent pendant longtemps l’impression d’en avoir encore sous le coude. Tandis que certains modèles montrent clairement leur limite avec un levier dur contre lequel il faut lutter sans que l’on ralentisse davantage, les Guides semblent reporter la faute sur le pilote : superbes quand le grip est précaire, ils stagnent au moment de larguer les ancres et réussissent à nous convaincre après coup que l’on aurait peut-être pu freiner plus.

Le ressenti est l’exact opposé de la philosophie Shimano. On ressent tout juste le point de contact des plaquettes, et la course semble infinie sans jamais arriver au bout du levier. Il en ressort un frein qui peut briller pour un rideur très léger dans le technique avec peu de grip, mais échoue totalement à arrêter de manière franche un poids lourd quand les conditions sont optimales pour faire rougir les disques.

Faute de les avoir testé, je ne peux que supputer que les Codes, supposés apporter cette puissance manquante aux Guides, sont de potentiels tueurs s’ils associent une modulation aussi appréciable à un niveau de puissance au niveau des meilleurs modèles proposés par la concurrence.

 

Fiabilité dans le temps

Après trois ans de loyaux services, il y a du bon et du moins bon.

Ma paire n’a souffert d’aucun problème d’infiltration d’air ou d’humidification du DOT au fil du temps, et offrent une action du levier identique depuis le premier jour. L’universalité de cette affirmation est cependant à prendre avec des pincettes, car certains vélos que j’ai pu brièvement tester présentaient des leviers clairement spongieux qui atteignaient le cintre sans trop forcer. Comme toujours, je ne peux cependant que me montrer prudent quand je relate une expérience avec du matériel dont je ne connais pas le passé : mon expérience personnelle en tous cas diffère et n’a pas été affectée par ce trouble.

Le coup de grâce pour moi se situe encore une fois au niveau de la fiabilité décevante des produits de la marque, qu’elle provienne d’une QA peu au point ou de choix technologiques allant dans le sens d’un déchet important.

En ce qui concerne les Guides, l’épidémie touche le piston au niveau du maitre-cylindre. Le problème est simple à diagnostiquer : vous ridez en hiver, rien à signaler. Une fois l’été arrivé, le levier ne revient plus en position et reste coincé au point de contact. La faute incombe donc à ce piston aux tolérances douteuses qui, sous l’effet de la chaleur, se dilate et reste bloqué.

“Après trois ans de loyaux services, il y a du bon et du moins bon.”

Le problème a atteint de telles proportions lors de leur lancement que certains forums rapportaient alors trois mois d’attente une fois les freins renvoyés en SAV, ce qui a poussé une partie des malheureux à désassembler et poncer eux-même la pièce en question. Ce fut le cas de mon ami Eric qui fait des apparences régulières ici comme dans mon article sur les 7 Laux ou celui sur la crête de la Molière, qui m’annonçait justement une semaine avant que j’écrive cet article qu’il avait du s’y coller sur ses Guide R.

Et non, je n’y ai pas échappé sur ma paire, puisqu’un de mes deux leviers présente le problème, venant grossir encore et toujours la liste de composants SRAM dont je me débarasse petit à petit à cause de leur tendance à s’auto-détruire. Quoi qu’il en soit, la marque a théoriquement corrigé le tir et résolu le problème sur sa seconde génération de modèles.

Ce problème de taille mis à part, il faut bien avouer que ma paire n’a rencontré aucun des écueils qui viennent plomber beaucoup de modèles concurrents. Je n’ai par exemple pas rencontré le moindre problème de piston grippé, alors que c’est un phénomène récurrent sur mes Formula Rx. Le ressenti du levier ou le point de contact ont toujours été consistants, et comme énoncé un peu plus tôt, le circuit hydraulique n’a jamais été compromis au point de dégrader les performances. Rien à signaler non plus du côté des disques au niveau voile ou usure : les miens sont restés raisonnablement droits et n’ont jamais posé problème malgré la tolérance relativement faible par rapport aux plaquettes.

 

Verdict


Test SRAM Guide RS - EtrierSi l’on met de côté une fiabilité douteuse qui n’étonne plus de la part de SRAM, les Guides sont pour moi une presque réussite. Le genre de produit qui remonte le terrain sur 80 mètres avant de se faire plaquer à trois enjambées de l’en-but. Les Guides ont pourtant tout pour réussir. Confortables à utiliser, avec une modulation hallucinante même pour quelqu’un comme moi qui préfère habituellement le ressenti Shimano avec beaucoup de puissance dès le départ, suffisament passe-partout pour être montés sur n’importe quel vélo, ne souffrant d’aucun problème récurrent comme l’ont pu l’être les modèles Avid précédemment et disponibles dans plusieurs versions qui proposent chacune un petit plus supplémentaire.

Mais le manque de puissance vient balayer tous ces arguments en leur faveur. Si les choses étaient différentes il y a dix ans, en 2018 cette tare n’est plus acceptable. Alors que tous les composants évoluent pour toujours plus de performance, se passer d’une puissance de freinage suffisante pour exploiter pleinement son vélo est hautement contre-productif. Et je dois avouer qu’avant de m’attarder sur le sujet la question m’avait dans une certaine mesure éludé. Préoccupé par la piètre performance d’autres composants, cocooné dans une zone de confort certaine où le “suffisament bon” était devenu acceptable comme norme, ce manque patent de puissance avait été relégué au fond de ma tête, jusqu’à ce que je roule à nouveau il y a peu une paire de Shimano XT et que tout ça me saute aux yeux.

Les SRAM Guide sont probablement une option superbe si vous détestez le comportement on/off des freins Shimano et préférez une modulation facile à mettre en oeuvre, mais seulement à une condition : vous êtes légers ou vous ne ridez que sur des terrains au grip constamment précaire. Si vous êtes lourds, que vous avez une pratique exigeante et qu’être en mesure de pousser vos pneus au bout de leurs retranchements vous parait indispensable, les Guides n’ont tout simplement pas assez de puissance à vous offrir, et les Codes sont peut-être la solution.

 

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