VTT – 5 + 1 techniques incontournables pour descendre en toute confiance

Le VTT tel que nous le pratiquons est un sport somme toute onéreux, et le matériel occupe une place prépondérante dans les conversations. A tel point d’ailleurs qu’on discute sur les forums comme en personne bien plus matos que technique, à tel point pour certains d’y vouer une véritable vénération. Pourtant, le meilleur vélo du monde ne fera jamais un bon rideur.

Bien entendu, nous avons tous des objectifs et envies différents. Comme 99.9% des pratiquants, je n’ai aucune envie d’aller me promener sur les sites successifs de Rampage pour tâter du canyon gap. Mais force est de constater qu’à plus petite échelle, de nombreux pratiquants sont freinés dans leurs ambitions par des points techniques qui sont pourtant accessibles à tous.

Ces points techniques sont souvent peu discutés. Les rideurs confirmés ont depuis longtemps oublié leurs déboires initiaux et adopter la bonne attitude sur le vélo ou franchir une marche dans la pente est devenu pour eux une seconde nature. Les débutants se retrouvent face à un mur de “just do it” sans trop savoir à quoi se raccrocher et n’osent plus après quelques mauvaises expériences s’aventurer sur les sentiers escarpés. Au milieu, on trouve des rideurs qui ont un peu bourlingué et sont capables de tirer leur épingle du jeu, mais se retrouvent parfois bloqués sans trop savoir comment passer au niveau supérieur.

Au fil des années, plusieurs déclics successifs m’ont fait progresser. Etant de nature assez obsessive, ils sont restés gravés dans ma mémoire, et je vous propose aujourd’hui de les partager avec vous. Que vous soyez débutant ou déjà pratiquant depuis un moment, voici quelques techniques qu’il me semble important de maitriser pour ne plus se retrouver en difficulté sur la majorité des sentiers.

 

Charger l’avant pour dompter la pente


Ce principe est tout bonnement fondamental et va littéralement transformer votre façon de rider. Que ce soit sur les forums ou IRL, c’est je pense que le conseil le plus simple et le plus efficace que j’ai pu donner. “Charger l’avant” est devenu une expression récurrente que je ressors sans remord à la moindre occasion. Pourquoi faut-il alors constamment le répéter ? Tout simplement parce qu’il s’oppose à deux barrières difficiles à dépasser : la peur de la chute et une technique de descente qui remonte à plusieurs décennies, quand les machines et les pratiques étaient bien différentes. Aujourd’hui le matériel a fait un bond de géant, et les possibilités qu’il offre sont à des années-lumière de ce dont étaient capables les VTT d’antan.

“Adopter cette position très en arrière est la pire chose que vous puissiez faire.”

On va éviter le cours d’histoire (ce qui m’évite par la même occasion de fastidieuses recherches), mais pendant très longtemps, pour l’extrême majorité des pratiquants excepté la frange adepte des disciplines qui faisaient alors d’eux des têtes brûlées, la position classique de descente était simple : les fesses en l’air, bien en arrière et les bras tendus pour repousser le plus possible le vélo devant soi.

Cette position inspirée du XC a probablement pour origine les selles très hautes qui constituaient un obstacle le long de l’axe du vélo et obligeaient à être très en arrière pour “passer derrière la selle”. Cette maudite selle limitait de facto les mouvements sur le vélo, et la position est restée dans les esprits comme un pillier du VTT. Ajoutez à cela des suspensions inexistantes à médiocres, et la priorité de chaque vététiste était alors d’éviter à tout prix le fameux OTB ou “over the bars”, aussi connu sous le doux nom de “soleil”.

Aujourd’hui encore, nombreux sont les pratiquants, débutants mais pas seulement, qui pensent utiliser la bonne technique en reprenant cette position et se demandent pourquoi ils sont tant en difficulté quand la pente augmente.

Le deuxième facteur, c’est la peur de la chute. Devant le vide qui s’offre à vous, le réflexe naturel est de reculer, vous mettre complètement vers l’arrière en tendant les bras au maximum, voir essayer desespéremment de descendre du vélo en cours de route et finir à califourchon sur la roue arrière. A l’image d’autres sports de glisse comme le ski ou le snowboard, adopter cette position très en arrière est la pire chose que vous puissiez faire, et nous allons voir pourquoi.

“Le VTT moderne se pratique centré sur le vélo, dans une position dynamique qui permet de constament s’ajuster au terrain.”

On commence par une notion toute simple : la répartition des masses sur le vélo. Mais euh, si je met tout mon poids sur l’arrière, ça permet à l’avant de franchir facilement les obstacles, non ? Pas tout à fait, et on va d’ailleur le voir en détails dans la toute dernière partie de ce guide, dans la section “franchir facilement dans le très pentu”. Le VTT moderne se pratique centré sur le vélo, dans une position dynamique qui permet de constament s’ajuster au terrain. S’il est parfois utile de déplacer son poids vers l’arrière, adopter cette posture comme base, en plus d’être mauvaise, empêche toute correction quand c’est nécessaire.

Il y a deux raisons pour lesquelles les descentes à fort gradient font peur et semblent impossibles. La première, c’est la peur du vide, d’une pente qu’on pense trop raide pour la pratiquer sans s’envoler directement au dessus du guidon. Si vous avez le vertige, je ne peux pas grand chose pour vous. En revanche, pour ce qui concerne la peur de passer au dessus du cintre, une bonne position permet de s’en prémunir, et c’est ce que nous allons développer.

Mais tout d’abord, la première raison pour laquelle les descentes à fort gradient font peur et semblent impossibles, c’est souvent juste le manque de grip, d’accroche, d’adhérence, bref, la peur de perdre le contrôle et ne plus pouvoir s’arrêter. Le grip vous permet de freiner, le grip vous permet de vous diriger. Et pour avoir plus de grip, il existe une recette toute simple. Non, ce n’est pas passer quinze jours sur le net pour trouver le dernier pneu de la mort qui tue, même si un modèle comme le Magic Mary vous mettra en confiance que le terrain soit sec ou humide.

La recette magique, c’est tout simplement charger le pneu au maximum. Et quelle est la roue qui permet de faire les deux choses citées plus haut ? La roue avant bien sûr. C’est sur elle qu’il va falloir transférer du poids pour faire mordre ce pneu dans la terre et garder un maximum de contrôle. Dans des pentes très raides, votre frein arrière est pour ainsi dire inutile et bloquera la roue au moindre éffleurement.

“Dans des pentes très raides, votre frein arrière est pour ainsi dire inutile et bloquera la roue au moindre éffleurement.”

Sur un vélo il y a deux roues, pourquoi ne pas charger l’arrière plutôt que l’avant ? Les raisons sont multiples. Premièrement, cela vous place dans une position désastreuse pour franchir le moindre obstacle. Encore une fois, vous trouverez plus d’informations sur ce point en fin d’article.

Deuxièmement, il est impossible de réellement charger l’arrière sur un vélo. En cas de doute, je vous laisse essayer d’amorcer un manual (qui consiste à rider sur la roue arrière sans pédaler) dans une pente forte et revenir me dire si c’était plus facile que partir en endo (ou stoppie, c’est à dire rider sur la roue avant). Autre exemple : quand vous tentez de monter un chemin raide sans y parvenir et que vous devez vous arrêter à mi-montée, est-ce que vous freinez pour bloquer la roue en aval ou en amont de la pente ? On bloque bien sûr la roue arrière dans ce cas, parce que l’angle de la pente vient placer notre poids sur cette roue, alors que l’avant du vélo est tellement léger que freiner ce pneu nous fait repartir en arrière avec une roue avant en dérapage. En descente c’est le même principe, mais dans l’autre sens.

Enfin et surtout, c’est bel et bien votre roue avant qui vous permet de vous diriger. Personne n’a de scrupule à bloquer sa roue arrière, surtout en ligne droite où elle suivra par défaut sa copine à l’avant, mais faire de même avec la roue avant est beaucoup moins anodin et souvent synonyme de chute.

Mais si je charge l’avant je risque de finir en OTB à tout bout de champ, non ? Si vous restez droit comme un piquet, oui. En fait la position “tout en arrière” est facile à corriger pour la rendre très efficace en la transformant en “fesses en arrière, tête en avant”. Le secret pour charger l’avant tout en évitant l’OTB est très simple : il consiste à rester aussi bas que nécessaire sur le vélo, jusqu’à avoir le dos parallèle à la pente, avec les bons appuis. C’est ce qui vous évite de basculer au moindre gravier sur votre chemin.

 

Guide descente VTT - Charger l'avant

 

Pour ce faire, voici quelques points à respecter. Fléchissez les genoux sans forcément penser à vous reculer. Fléchissez les bras, coudes relevés, et cherchez à ammener votre dos le plus possible parallèle à la pente en fléchissant vos hanches et non pas en arrondissant le dos. C’est ce fléchissement qui vous permet notamment de ne pas avoir les fesses en l’air et de conserver un appui prédominant sur les pédales, talons baissés, et non sur vos grips. Vos mains et vos bras vous servent à vous diriger, non à supporter votre poids, et vous devez être en mesure de jouer sur la force que vous transmettez via chacun de vos quatre membres. Pour ne pas basculer vers l’avant, on cherche justement à garder notre poids aussi bas et centré que possible, et le transmettre via le cintre, en plus de limiter votre capacité à vous diriger efficacement, va augmenter votre tendance à pivoter autour de la roue avant au moindre obstacle.

“Même si cela va à l’encontre de votre instinct, vous devez avoir confiance dans les capacités de votre pneu avant à conserver de la traction et ne pas chercher à “limiter la casse”.”

Le recul vers l’arrière du vélo se fait naturellement quand la pente augmente et que vous cherchez à vous “coucher” sur le vélo en amenant le buste à l’horizontale, mais dans un premier temps il va falloir vous forcer à garder les bras fléchis et le buste en avant pour ne pas revenir à une mauvaise position si vous en avez pris l’habitude. De manière générale, mais surtout au début, vous serez bien moins couché sur le vélo que vous n’en avez l’impression. A partir de là, vous pouvez ensuite jouer sur la répartition de votre poids entre l’avant et l’arrière de votre machine selon les besoins de franchissement, tout en gardant une marge de manoeuvre verticale pour absorber le terrain.

Restez dynamique sur le vélo et ne vous crispez pas. Même si cela va à l’encontre de votre instinct, vous devez avoir confiance dans les capacités de votre pneu avant à conserver de la traction et ne pas chercher à “limiter la casse” en conservant une échappatoire, une façon de mettre un pied à terre. Ce point est primordial.

C’est là que vous devez réellement engager, terme qui a été totalement détourné de son sens premier pour qualifier Robert qui évite un gravier sur son Enduro à 5k€ (on en connait tous au moins un). La réelle notion d’engagement signifie que vous n’avez pas d’échappatoire si vous échouez : soit vous passez, soit c’est la chute. Entrainez-vous en body armor si nécessaire, mais vous devez maitriser cette notion si vous voulez acquérir un bon niveau technique et vous sentir à l’aise quand le gradient s’accentue en descente. La peur de la chute vous perdra.

Je l’ai déjà dit dans un de mes articles de la série apprendre le snowboard, progresser c’est prendre des risques par rapport à son niveau. Plus l’on prend de risques, plus l’on progresse, mais plus on s’expose à la blessure. Chacun doit donc trouver où placer la barre de manière intelligente et en accord avec ses objectifs, mais il ne faut pas espérer acquérir un bon niveau rapidemment sans jamais chuter. Pour être l’aise dans la pente, c’est exactement la même chose : si vous l’évitez constamment, vous ne progresserez pas. Mettez toutes les chances de votre côté en trouvant un terrain propice (évitez les pentes humides à 45° avec un drop de 5 mètres au bout), utilisez toutes les protections nécessaires, puis lancez-vous !

 

Epurer ses trajectoires en mettant fin au refus d’obstacle


Rien n’est plus triste qu’un ardant pratiquant qui possède le dernier matos à la mode (encore ce fameux Robert ?), fait préparer ses suspensions chaque hiver, et qui s’embarque dans un zigzag frénétique sur les singles pour éviter quelques cailloux alors qu’une ligne droite s’ouvre clairement à lui s’il coupait tout droit. Si vous vous reconnaissez dans ces lignes et que vous voulez lancer une nouvelle discipline de slalom sur single inspirée du ski, libre à vous et bonne chance. Si en revanche vous souhaitez vous améliorer pour choisir plutôt que subir, vous pouvez continuer votre lecture.

“Votre VTT possède certainement des capacités de franchissement que vous sous-estimez.”

Outre la caricature, un concept important à assimiler lors de votre progression est qu’un VTT moderne, à fortiori s’il s’agit d’un Trail/AM/Enduro tout-suspendu, peut encaisser beaucoup, beaucoup, beaucoup plus que vous ne l’imaginez lors de vos premiers tours de roues. Et je dois bien avouer que je verse une petite larme à chaque fois que je lis sur un forum le récit d’une course à l’armement qui ne fait qu’empirer, à grand renforts de “un AM c’est bien trop léger pour une journée en bikepark” ou “il te faut absolument un enduro en 170mm pour faire de la montagne”. Pro-tip : le fin fond du Queyras regorge de singles presque aussi lisses que la peau d’un bébé. Accessoirement, si vous voulez en savoir davantage sur la préparation d’une rando montagne, vous pouvez également écouter ce podcast.

Bref, la première idée que je veux transmettre ici c’est qu’à moins de l’avoir acheté chez Carrefour ou Super U pour ne pas les nommer, votre VTT possède certainement des capacités de franchissement que vous sous-estimez. Arrêtez donc d’éviter chaque caillou sur le chemin et commencez à franchir davantage pour vous en rendre compte. Le but de cette partie n’est pas de faire l’apologie du minimalisme, mais bel et bien de vous parler de vos trajectoires, et notamment de la plus courte que j’affectionne : la ligne droite. Je pourrais écrire plusieurs articles sur les trajectoires, et, à vrai dire, chaque situtation est unique, avec parfois de très nombreuses lignes dont la plus rapide est difficile à déterminer avec certitude.

Parfois, on se complique énormément la vie en prenant des trajectoires qui cumulent les difficultés pour éviter un “obstacle” qui nous positionnerait en réalité de manière parfaite pour la suite du chemin. Lors de ma fabuleuse journée aux 7 Laux à l’automne dernier, que j’ai narée en large et en travers ici même, je me suis rendu compte, posé près d’un sapin pour faire des photos des amis qui m’accompagnaient, que j’avais trouvé l’endroit parfait pour illustrer la situation. Pour illustrer ce point, c’est donc l’endroit que j’ai choisi.

 

Guide descente VTT - Trajectoires Crête

 

Comme on peut le voir, on a là une arrivée sur pente moyenne, la piste décrit un virage à gauche et jette dans une pente plus importante qu’on ne voit pas trop mais qui se poursuit dans l’alignement de l’arrête du grand rocher, formant un “S” moins prononcé dans sa deuxième partie. Dans le virage, la piste est loin d’être lisse, il faut en réalité franchir une petite marche pas bien nette en plein virage, et on ne peut pas prendre appui sur l’extérieur. Il faut donc freiner pour prendre le virage et franchir la partie enrochée. Une fois sur la dernière dalle, légèrement inclinée vers l’intérieur de la piste, il faut encore prendre un léger appui côté opposé pour se positionner correctement dans la pente en vue du virage suivant.

En repêchant une des photos que j’avais pris à l’époque, on se rend compte qu’il est difficile de garder beaucoup de vitesse et de fluidité dans ce virage. Le passage enroché doit être passé avec relativement peu de vitesse à cause du virage, et on doit encore changer de direction au moment de la sortie.

 

7 Laux bikepark - Crête

 

Une autre trajectoire, beaucoup plus intéressante, est de monter sur le gros rocher pour s’éviter tous ces tracas. Si sa taille semble constituer un obstacle plus important que le tracé de la piste, il n’en est rien. On profite de la vitesse en entrée de virage pour couper le “S” et monter sur le rocher, là où il aurait fallu freiner pour négocier le virage. Une fois sur le rocher, on a convertit une partie de vitesse en altitude, la pierre est lisse, et le grip sur le sec est excellent. On peut donc lâcher les freins très tôt, descendre du rocher, et se retrouver exactement dans l’axe de la piste.

Cette trajectoire est simple et fluide, le risque de chute faible contrairement à la première où il faut franchir en virage, et elle donne la meilleure vitesse en sortie. De plus on freine peu dans l’entrée, on convertit une part de vitesse en altitude ce qui nous donne un meilleur potentiel en sortie, et on bénéficie d’un meilleur grip et une roche légèrement inclinée qui nous donne un chouilla d’appui supplémentaire.

 

Guide descente VTT - Ligne alternative

 

On trouve même ici une troisième trajectoire possible, en prenant encore plus à l’intérieur et en montant sur le bord de la piste. Son intérêt par rapport à celle plus centrale est discutable mais pas inexistant, elle fera peut-être l’objet d’une discussion lors d’un prochain article consacré entièrement aux trajectoires et comment déterminer la plus rapide.

Quoi qu’il en soit, des trajectoires alternatives comme celles-ci, on en trouve partout. Parfois elle ne sont pas utilisées tout simplement parce qu’on ne les voit pas, mais aussi tout simplement parce qu’elles font un peu peur, alors qu’au final elles se révèlent plus sûres que les autres options !

 

Rouler vite pour franchir plus facilement


S’il fallait encore en faire l’expérience, j’ai pu m’en rendre compte l’an dernier lors de la séance photo pour mon article sur le bikepark des 7 Laux : rouler lentement rend le franchissement d’obstacles annodins incroyablement compliqué. Au ralenti avec mon reflex en bandouillère, la moindre racine s’est transformé en vil annaconda dont le seul but était de me projeter au sol, la moindre marche ébranlait mon être tout entier.

Encore une fois, la peur de la chute est l’ennemi de la progression. Savoir franchir au ralenti est une compétence à part entière, mais rider à bonne vitesse l’est tout autant. Avec l’expérience, votre focus doit passer de “Attention, un obstacle, je ralentis” à “Y’a t-il d’autres obstacles en aval ? Ais-je la place pour freiner avant le prochain virage ?”

“Passer avec plus de vitesse rend le vélo plus stable.”

Passer avec plus de vitesse rend le vélo plus stable. Les suspensions vont davantage et mieux travailler, votre assiette rester plus constante car la force exercée par votre masse en mouvement va obliger la cinématique du vélo à travailler plutôt que vous chahuter sur chaque aspérité. Rider plus vite impose de rester attentif et réagir plus rapidemment, mais un enchevêtrement de racines quasiment infranchissable au ralenti peut se survoler avec facilité à vitesse. Comme quand il s’agit de franchir un pierrier, on lisse le terrain artificiellement en roulant plus vite, évitant ainsi que nos roues ne retombent entre chaque obstacle.

Ce point vient compléter les deux précédents : vous devez rester dynamique sur le vélo et pro-actif dans le choix dans vos trajectoires plutôt que subir le terrain.

Un autre exemple concerne les drops. Avec peu de vitesse, il vous faut juger avec expertises l’attitude à adopter sur le vélo pour qu’il conserve une assiette correcte. Avec le temps, c’est un réflexe qui devient automatique, mais qui comme toute technique doit s’apprendre. Avec beaucoup de vitesse, vous n’avez absolument rien à faire. Quand vos deux roues quittent le sol peu ou prou au même moment, le vélo conserve son assiette de lui-même.

 

Apprendre à lire le terrain


Tous les points que j’ai développé jusqu’à maintenant sont inconcebavles sans celui-ci. Une bonne lecture du terrain est indispensable pour anticiper vos trajectoires, rouler à bonne allure et adapter votre posture. Elle pré-suppose que votre regard porte suffisament loin pour être en mesure de réagir aussi tôt que possible. Arrêtez de regarder votre roue avant ! Plus vous allez vite, plus votre regard doit porter loin. Si vous n’avez pas vu un obstacle trois mètres devant vous alors que vous êtes à 45km/h, vous ne pourrez de toutes manières pas réagir suffisament vite. En revanche, si vous regardez loin, vous l’aurez repéré très tôt.

“Une vision globale du single ou de la piste doit être votre focus principal.”

Une vision globale du single ou de la piste doit être votre focus principal. Ne vous attardez pas sur chaque obstacle à moins qu’il soit de nature à vous arrêter. Repérez-le, décidez de l’attitude à adopter, puis portez à nouveau votre regard en aval pour déterminer si votre décision est viable. Pour prendre un exemple, vous pouvez décider d’enrouler ou dropper une marche. La dropper vous permet de passer plus vite, mais ce choix n’est viable que si vous avez suffisament de place pour freiner avant le virage ou l’obstacle suivant car vous allez arriver avec plus de vitesse, vous ne pourrez pas freiner dans les airs, et au moment où vos roues vont toucher sol vous allez convertir votre altitude en vitesse, d’autant plus que la pente est importante. Si vous vous concentrez sur la marche sans prendre en compte le reste du sentier, vous serez amenés à potentiellement prendre la mauvaise décision. Idem si vous souhaitez optimiser vos trajectoires ou, comme on va le voir par la suite, faites face à des sections au grip précaire qui imposent de choisir ses zones de freinage.

Sur la photo suivante, je suis en train de franchir quelqus racines qui forment une petite marche. Mais plutôt qui me concentrer sur cet obstacle rapidemment avalé, mon regard et mon attention se portent déjà sur le drop au-dessus du gros rocher au premier-plan. Cette section de la piste était en partie cachée par les trois arbres à ma gauche lors de mon arrivée dans le virage précédent, et j’ai donc très peu de temps pour décider de l’attitude à adopter : prendre le drop ou pas, avec quelle vitesse, etc.

 

Guide descente VTT - Lecture du terrain

 

Gardez également en tête la règle qui dit que l’on va où l’on regarde. Vous avez dû l’entendre au moins une fois en passant le permis de conduire, et, surprise surprise, elle s’applique également au VTT. Elle est valable aussi bien virage (j’en reparlerai plus longuement à l’occasion d’un article dédié au sujet) que lors du franchissement d’un obstacle ou tout passage technique. En virage, votre regard doit se porter sur la sortie, ce qui va vous aider à positionner votre corps pour aller la chercher. Lorsque vous négociez un passage délicat, ne regardez surtout pas le rocher que vous voulez éviter ou l’arbre sur le bas-côté, sous peine d’irrémédiablement l’emplatrer. Repérez l’obstacle, puis concentrez vous à nouveau sur la trajectoire que vous allez emprunter en cherchant la sortie du regard.

 

Savoir laisser filer le vélo et repérer les zones de freinage


Attention attention, ce point est d’importance capitale si vous voulez aborder les sections les plus techniques.

Malgré tous vos efforts pour charger l’avant, le grip du terrain est parfois tout simplement insuffisant pour vous permettre de contrôler totalement votre vitesse. Je vous rassure, le but de cette partie n’est pas de vous apprendre à rider à grands renforts de cutties pour ré-énacter Where The Trail Ends, mais plutôt appuyer l’importance d’une bonne lecture du terrain comme on l’a vu précédemment, et la conjuguer à la faculté de laisser vivre le vélo sous ses pieds, même quand le contrôle est précaire.

Comme je le disais, il est possible que lors de vos pérégrinations vous abordiez ce type de section, avec un grip précaire mais suffisant pour perdre de la vitesse, parsemé de zones où il est impossible de contrôler cette vitesse. Cela peut par exemple être une partie enroché où les pneus accrochent bien, entrecoupée d’un éboulis de cailloux très mobiles qui roulent au moindre appui. Ou tout simplement une section très raide d’une dizaine de mètres qui relie deux tronçons d’un single sans autre difficulté.

“Ne pas pouvoir s’arrêter ne veut pas dire que l’on a perdu le contrôle.”

Franchir ces zones est tout à fait possible, à condition encore une fois d’engager et d’avoir une bonne lecture du terrain. Le réflexe naturel quand on sent la perte de contrôle est de revenir dans la position “tout en arrière” décrite un peu plus tôt, ce qu’il ne faut surtout pas faire. Restez centrés sur le vélo avec du poids sur la roue avant, et repérez en aval les zones où vous pourrez freiner. Ne bloquez pas les roues là où vous savez que vous ne pouvez pas perdre de vitesse, mais sautez sur les freins dès que vous avez du grip. Il est primordial de garder la bonne attitude sur le vélo dans ces zones, car même si vous ne pouvez pas perdre de vitesse, vous pouvez à minima éviter d’en prendre trop, et surtout conserver la maitrise de votre machine pour rester sur la bonne trajectoire.

Ne pas pouvoir s’arrêter ne veut pas dire que l’on a perdu le contrôle, tant que le terrain en aval permet de reprendre la maitrise de sa vitesse. Voyez le comme un couloir très étroit en ski ou en snowboard : il faut parfois manque de place tirer tout droit sur quelques dizaines de mètres et emmagasiner beaucoup de vitesse avant de pouvoir sortir les aérofreins et ralentir une fois que le champ est libre.

Ce principe qui consiste à laisser filer le vélo sur les zones qui ont peu de grip pour le reprendre en main quelques mètres plus loin s’applique aussi lors du franchissement. N’hésitez pas à ouvrir votre frein avant pour que la roue avant franchisse les obstacles sans difficulté, et utilisez toute leur puissance dès que c’est possible. Lors de ces passages, un bon dosage du frein arrière vous permettra de contrôler en partie votre vitesse, sans toutefois bloquer la roue.

Une bonne lecture du terrain et une bonne modulation du freinage sont primordiaux quand la difficulté des singles augmente. Etre confortable avec un vélo en dérapage ouvre la voie à un panel technique qui vous propulse vers de nouveaux horizons : cutties, appels/contre appels de folie et surtout une maitrise accrue du positionnement de votre vélo à chaque instant.

 

Bonus – marches et drops : franchir facilement dans le (très) pentu


 

Le mot de la fin


Pfffew, en voilà un long article ! La bonne nouvelle, c’est que si vous êtes arrivé jusqu’au bout (et que j’ai bien fait mon travail), vous pouvez commencer à vous entrainer dès aujourd’hui et rapidemment maitriser des détails qui m’ont pris des années à découvrir, décortiquer, maitriser… puis re-décortiquer pour pouvoir les expliquer. La mauvaise, c’est qu’il y a bien davantage de sujets à développer, et que mon travail pour continuer cette série d’articles techniques ne fait que commencer…

 

Comme d’habitude, vous pouvez suivre Glisse Alpine grâce à sa page Facebook que je vous encourage à aimer si ce n’est déjà fait. N’hésitez pas à me poser vos questions et me dire ce que vous avez pensé de cet article dans les commentaires juste en dessous.

 

Encore un grand merci à François pour son héroïque descente à pied du domaine des 7 Laux, reflex à la main, qui a permis de ramener une bonne partie des photos présentes dans cet article !

 

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6 commentaires sur “VTT – 5 + 1 techniques incontournables pour descendre en toute confiance

  • 29 septembre 2019 à 21 h 46 min
    Permalink

    Bonjour
    Je suis très satisfait de tout ces renseignements
    Je vais prendre plus de plaisir
    Philippe

    Répondre
  • 2 février 2020 à 15 h 35 min
    Permalink

    Énorme! Super billet et enfin quelqu’un qui décode et donne de bons conseils clair sur le pilotage, merci !
    Le chargement de roue avant, oui. Rien cement en condition boueuses très glissantes, je ne me mettait pas sur l’avant car si l’avant decroche c’est par terre cash. Un conseil ?

    Répondre
    • 2 février 2020 à 20 h 57 min
      Permalink

      Salut Thieb,

      Merci pour commentaire !

      Boue ou pas même combat, si tu n’es pas centré sur le vélo tu deviens esclave de la machine et tu ne peux pas faire les ajustements nécessaires en plus de perdre du grip.

      La seule différence que je vois c’est quand tu alternes des passages de boue épaisse dont il est parfois difficile de juger la profondeur et qui peut fortement te ralentir d’un seul coup. Sur ces passages il ne faut pas hésiter à momentanément pousser le vélo vers l’avant en appuyant fort sur les pédales pour éviter le potentiel OTB avec la roue avant plantée dans la boue.

      Répondre
  • 21 février 2020 à 17 h 48 min
    Permalink

    Hello!

    Penses-tu faire un jour un article sur les sauts? Je sais qu’il existe beaucoup de tutos vidéos etc mais j’aimerai bien pouvoir connaître ta vision des choses car elle sort un peu des sentiers battus je trouve. Je me sens encore constipé pour gérer l’assiette du vélo en l’air nottamment. On connait tous les 3 phases du saut et pourtant tous les vendredi il y a des nouveaux Friday Fails à regarder sur youtube, donc bon… Il doit y avoir des trucs qu’on a pas pigé!

    Merci beaucoup!

    Répondre
    • 23 février 2020 à 21 h 13 min
      Permalink

      Salut Pierre,

      Peut-être cet été, le plus compliqué c’est de bloquer du temps pour les photos d’illustration. Je me sens tout le temps coupable de demander aux potos de prendre du temps pour faire quelques clichés bien cadrés avec l’axe qu’il faut et tout le tsoin-tsoin, et même moi je dois t’avouer que ça casse vraiment le rythme de la journée de devoir se poser, descendre, remonter de 30m parce que la photo ne va pas, descendre, remonter à nouveau parce qu’avec trop peu d’élan j’ai fait n’importe quoi et c’est moche, etc…

      Comme beaucoup de choses je pense que ce qui bloque pour les sauts c’est d’assimiler le mouvement, chose qui se fait au fil du temps avec quelques moments “eureka”. Tu ne peux pas donner une directive simple qui va entrainer un résultat rapide comme je le fais par exemple dans cet article quand je parle de charger l’avant.

      C’est je pense plus à l’image du cuttie, tu ne découvres pas le mouvement de déhanché et le transfert de masse d’un seul coup, il faut un paquet d’essais avant que ça rentre petit à petit sans grand résultat jusqu’au moment ou tu captes le truc et que tu peux ensuite vraiment commencer à améliorer le mouvement. En tous cas je sais que ça a été le cas pour moi, le déclic a pris beaucoup de temps à venir, même en ayant vu 311 tutos et lu tout ce qu’il y avait à lire sur le sujet.

      C’est un peu pareil pour les drops mais de manière différente, je ne pense pas qu’il y ait de moment “eureka” à avoir (mis à part peut-être au tout début), mais à force d’entrainement tu adoptes automatiquement la bonne attitude selon ta vitesse et le terrain.

      Le problème pour les sauts c’est que tu ne peux pas vraiment t’entrainer en te disant que tu as une échappatoire quoi qu’il arrive. Pour les drops tu peux commencer par descendre un trottoir et augmenter petit à petit jusqu’au drop de plus de 2m. Quand tu roules tous les jours tu rencontres des marches pas bien imposantes que tu peux dropper pour t’entrainer, et au fil du temps tu épures ton geste.

      Quand tu abordes un saut, tu peux potentiellement te satelliser sur l’appel et finir en OTB parce que tu ne sais pas quoi faire ou parce que tu as le mauvais timing, alors que quand tu rates ton drop de 15cm tu atterris juste un peu lourdement sur l’avant, et quand tu n’as pas eu le déclic pour le cuttie il ne se passe juste rien et ta roue arrière reste plantée dans l’axe en continuant à vivre sa vie en ligne droite.

      Bref, tout ça pour dire que sur les sauts je n’ai pas de conseil magique malheureusement. Pendant longtemps je ne faisais que les scrubber parce que c’est tout ce que je savais faire pour passer de manière safe quoi qu’il arrive (et peut-être aussi parce que quand tu arrives à Mach 4 dans beaucoup de bikeparks tu overshoot très souvent en prenant un vrai appel) et un jour j’ai eu un espèce de déclic et ma mémoire musculaire a assimilé le truc. En une descente je suis passé de “je serre les fesses dès que j’essaye de pas scrubber” à “j’ai plus peur mais je prends tellement d’amplitude que j’overshoot tout le temps la récep’ et je manque de me gauffrer dans le virage qui suit une fois sur deux”.

      Peut-être qu’il faut que j’analyse davantage ce qui a provoqué ce déclic, comme tu le dis le mouvement de compression/détente sur l’appel tout le monde l’a compris sur le plan théorique dès qu’il a regardé deux ou trois tutos, c’est la réalisation qui est beaucoup plus compliqué parce qu’elle demande une certaine précision qu’il est impossible d’appliquer tant qu’on ne “sent” pas les choses, et parce que les conséquences de l’échec sont potentiellement importantes.

      Pour ce qui est de la gestion de l’assiette du vélo en l’air elle dépend quasi-exclusivement de ta position et ton impulsion lors de l’appel. Si tu laisses le vélo trop plonger par exemple (ou que tu te prends la détente de l’amortisseur au mauvais moment), tu vas continuer ta rotation dans les airs sans rien pouvoir y faire, cf. la chute horrible de Rémy Thirion à Leogang en 2017. C’est super important de rester relâché dans les airs, mais 95% du travail se fait sur l’appel.

      Voilà, j’ai encore fait une réponse concise tiens…

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  • 28 février 2020 à 10 h 45 min
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    Merci beaucoup pour ta réponse, c’est sympa d’avoir pris le temps comme ça ! 😀 Je vais continuer à bosser aussi en essayant de me décrisper petit à petit, et surtout de rétablir le vélo vers l’avant car j’ai le gros défaut de rester très longtemps en extension, droit comme un “i” par peur de l’OTB. Du coup très souvent j’attéris sur la roue arrière et l’avant rebascule d’un coup c’est pas terrible. Heureusement que j’ai mis des tokens dans l’amortisseur et la fourche…

    Allez, faut continuer! Ca me fait penser un peu au manual, la théorie souvent on te l’explique à la volée ( basculer le bassin vers l’arrière et doser avec le frein point ) . Sauf que y a beaucoup de subtilités qui fait que ça marche ou pas, déjà savoir doser le frein j’ai l’impression que c’est un art alors que dans les vidéos les mecs disent ” ah oui et pensez bien à doser avec votre frein pour pas tomber en arrière “. Mais j’ai encore du mal avec ça, je trouve que c’est le plus dur… Et quand ton vélo repique vers l’avant, pour le faire revenir vers l’arrière c’est tout un jeu de flexion avec les jambes, de position du bassin etc. Ca prend du temps à digérer!!

    Merci en tout cas 🙂

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