Test : bottes Ride Insano
Tandis que les marques déclinent une offre pléthorique sur un large segment « polyvalent » au flex moyen, pour qui cherche une boot vraiment rigide les options ne courent pas les rues. Afin de remplacer mes bien-aimées Malamutes, OG de la boot rigide, j’ai eu l’occasion à l’automne de mettre mes pieds dans la plupart des modèles qui prétendent à ce cercle très fermé, exception faite de la K2 Thraxis et la Nidecker Kita APX, sans pouvoir trouver une paire de Ride Insanos à chausser alors qu’elles étaient en tête de ma short-list.
J’ai finalement opéré un coup de fusil sans précédent sur une paire de la saison dernière massivement bradée en ligne et dont le tout dernier exemplaire était disponible dans ce qui semblait être la bonne taille. Bref, j’ai fait ce que je déconseille systématiquement, mais sachant exactement ce que je recherchais, la déception était telle parmi les modèles testés en boutique que le jeu semblait en valoir la chandelle.
Après quelques heures boots aux pieds j’ai validé ce choix, et quelques mois plus tard je vous propose un test complet des Ride Insanos après une douzaine de journées en leur compagnie.
Fiche Technique
L’Insano se positionne donc dans la gamme Ride comme la boot la plus rigide, et d’un point de vue global comme l’une des boots les plus rigides du marché.
Il s’agit d’un modèle au laçage double Boa, système que l’on ne présente plus et qui permet dans cette mouture de dissocier le serrage au-dessus et en dessous de la cheville.
La botte est étonnament légère, et fait appel à de multiples renforts/moulages en TPU, une tendance grandissante sur le marché. C’est le cas au niveau des orteils, offrant une toe box moulée qui ne se déforme pas sous la pression du toe strap, ainsi qu’au niveau du talon, ce qui devrait éviter les déchirements là où la base du spoiler vient souvent frotter. Ce renfort sur l’arrière de la botte remonte afin de fournir une réponse accrue sous la forme d’une tige assez large jusqu’aux trois quarts de son sommet, où elle laisse la place à une découpe offrant un peu de dégagement aux gros mollets.
Ce qui fait la plus grande différence dans la conception de l’Insano par rapport à des modèles concurrents est sans doute la languette « Slime Tongue » en TPU. Relativement rigide, partant du haut du tibia pour se terminer à l’avant du pied, elle permet de transférer la force de l’appui tibia en frontside jusqu’au dos du pied. L’idée derrière ce choix de conception et de matériau est, en plus d’offrir ce surcroît de rigidité et de réponse, de le conserver dans le temps bien mieux qu’une boot classique, dont les qualités reposent principalement sur l’articulation de la cheville qui se dégrade inéluctablement. Cette languette n’est d’ailleurs pas sans rappeler les solutions aftermarket qui permettent de rigidifier une botte pour une utilisation carving ou étendre la vie d’une paire fatiguée via l’insertion d’une languette en plastique supplémentaire.
On trouve sous le pied une semelle externe signée Michelin dont le dessin très anguleux promet un grip important sur la neige, et une semelle interne à peu près aussi fine et confortable qu’un bout de carton, que les riders aux pieds à problèmes remplaceront bien vite par une semelle qui leur correspond. Les semelles internes équipant les bottes même haut de gamme comme l’Insano sont généralement de piètre qualité, mais Ride en livre ici un exemple assez extrême.
Le chausson est signé Intuition, bien qu’il faille distinguer les modèles commercialisés directement par la marque canadienne renommée pour la qualité de ses produits de ceux conçus en collaboration avec Ride, K2 ou Thirty-Two, qui font globalement l’objet de compromis pour respecter des impératifs de coûts et/ou un cahier des charges spécifique. On trouve dans ce chausson comme souvent un empiècement au revêtement censé agripper la chaussette pour éviter le soulèvement du talon, bien que je n’ai jamais saisi en pratique la réelle utilité de ces dispositifs, mis à part racheter des chaussettes plus souvent. Un système permettant l’ajout facile de J bars est bien plus efficace, mais il faut ici s’en passer et bricoler soit-même son chausson pour renforcer le maintien du talon si et quand le besoin s’en fait sentier.
Ce chausson est inséré dans un harnais au système de serrage classique mais avec un petit plus qui fait la différence : une fois serré, on peut venir accrocher le taquet sur un ergot à l’avant du chausson en le tirant vers le haut, ce qui rattrape le mou systématiquement introduit en relâchant le lacet après verrouillage. Cela peut paraître bête, mais un peu comme la Slime Tongue, une fois adopté on se demande bien pourquoi ce n’est pas devenu un standard tellement il est simple, utile et efficace.
Le chaussant Ride est en termes de volumes assez moyen partout, tant à l’avant du pied qu’au talon, ce qui peut donc convenir à un large éventail de pieds assez classiques, et je reviendrai un peu plus loin sur mon expérience vis à vis de ce point.
Enfin, un film réfléchissant tapisse le fond de la botte pour renvoyer la chaleur perdue par rayonnement, ce qui plaira beaucoup à ceux qui ont toujours les pieds froids.
L’insano est une botte qui bénéficie d’un très bon rapport entre longueur externe et interne ou footprint reduction, c’est à dire que son empreinte externe est assez courte pour une pointure donnée, un avantage considérable pour les grands pieds et adeptes de carving qui vont constituer une part importante sinon la majorité du public visé. Outre l’emploi du TPU qui permet de réduire l’épaisseur des matériaux, on constate clairement le travail effectuée au niveau de l’amincissement et du collage de la semelle au niveau des orteils et du talon là où d’autres modèles perdent par défaut plusieurs millimètres.
Globalement, l’Insano est une botte au volume externe assez faible, à la construction comme je l’écrivais plutôt légère, dont le revêtement extérieur alterne majoritairement entre textile et TPU. Malgré une apparence générale qualitative au premier abord, je dois avouer ne pas être totalement rassuré quant à la longévité de ces boots, notamment à cause de la présence de beaucoup de coutures non-protégées à des endroits clés où passent divers éléments de fixations, coutures semblant de surcroît assez fragiles. Celles au niveau de l’articulation de la cheville constituent pour moi un mystère total, toujours intactes alors que je les imaginais sauter dès la première journée.
Sur le terrain
La première réaction chaussures aux pieds est : « c’est rigide… c’est génial ! ». Malgré être passé avant le début de la saison dans une une bonne partie des boots considérées comme les plus rigides sur le marché, je n’avais depuis l’heure de gloire de mes Malamutes (dont les versions récentes sont par ailleurs la déception incarnée) plus eu cette sensation de pouvoir tenir un appui frontside en étant uniquement supporté par les boots. C’est le cas en flexion, mais également latéralement, où le support est appréciable pour tordre les planches les plus rigides.
Une fois sur les pistes, l’apport de la languette Slime Tongue en TPU est indéniable. On sent clairement lors de l’appui frontside le transfert de force du tibia vers le pied, sans qu’il soit non plus inconfortable. C’est une sensation qui devient vite naturelle et se fait oublier au fil des runs.
En parlant de confort, qu’en est-il globalement pour ces boots ? Le sujet est toujours délicat, tous les pieds sont différents, comme l’expérience de chacun. Comme noté plus tôt, Ride chausse plutôt dans la moyenne en termes de volumes, que ce soit à l’avant du pied, au talon ou au niveau du mollet. Pour mon pied en forme de patte de canard, j’ai eu la sensation les premières journées que mon talon manquait légèrement de maintien, puis une fois le chausson formé et/ou l’expérience du serrage correct de cette boot acquis, le problème a totalement disparu et ce maintien s’avère excellent. Je suppute qu’une fois la botte correctement serrée, la languette préformée rigide vient là aussi jour un rôle en faisant pression sur la cheville en direction du talon quand on se met en appuie sur elle.
A l’avant en revanche, je reste un peu perplexe. En largeur, ça passe juste, mais ça passe bien. En revanche, au bout de trois à quatre heures, je tends à développer une douleur sous l’avant du pied, ce qui en plus de quinze ans de snowboard est une grande première. Après avoir sorti l’anémique semelle pour la remplacer par celle de mes Malamutes, qui ont toujours été des monstres de confort, je pensais avoir trouvé la cause évidente du problème, mais après essai pendant une journée il fallait se rendre à l’évidence : pas du tout.
Peut-être est-ce une addition de facteurs multiples, et j’ai bien quelques suspects. La languette en TPU met clairement une pression importante sur le pied, mais pour autant, c’est bien davantage dans le télésiège et à sa sortie que la douleur a toujours été la plus présente. De plus, même lors de journées la truffe dans la poudre le problème s’est fait sentir, alors que les appuis sont dans ces conditions bien plus légers qu’au carving sur piste. Les straps de mes Katanas sont assez rigides et permettent de facilement beaucoup serrer, et pourtant, lors de leur utilisation avec mes Malamutes, aucun inconfort n’a pointé le bout de son nez.
Au fil des journées, cet inconfort s’est réduit alors que j’adoptais plus ou moins consciemment diverses stratégies gagnantes comme ne pas serrer les fixations jusqu’au dernier cran ou varier sur le télésiège les positions, planche posée sur le repose-pied ou flottant dans les airs, la première position étant généralement préférable. J’ai également ajusté mes fixations pour que le toe strap tire davantage vers l’arrière que vers le bas, et noté que le problème se faisait davantage sentir avec le strap de cheville réglé bas, mettant là-aussi plus de pression verticale.
Sans en être sûr, j’ai globalement l’impression que ce problème trouve sa source dans la conception très fine mais rigide de la boot qui transfère directement la force de serrage impartie par la fix, tandis que d’autres se déforment au fur et à mesure que l’on rajoute des crans de serrage. C’est un problème dans le sens où une fixation ne différencie pas le serrage selon les axes, et qu’une fix suffisamment serrée verticalement n’offre pas forcément le maintien latéral ou longitudinal escomptés. Il se pourrait aussi totalement que ça coince quand même un peu en largeur, et qu’une fois le pied sous pression de manière continue et sur le long terme il s’écrase et la douleur s’installe.
Bref, c’est l’heure me direz-vous d’aller lorgner du côté des semelles spécifiques, ce que je suis un peu hésitant à faire en considérant que je n’ai jamais eu ce type de problème par le passé, que je pensais réservé aux autres. J’ai pour le moment adopté une stratégie passive, cet inconfort ne m’empêchant nullement de rider, et je ne manquerai pas de revenir sur cet article si j’y trouve ou apporte une solution.
Pour éviter d’inclure cette tirade dans un nouvel article fleuve, j’ai quand même fait quelques recherches, qui comme souvent m’ont permis de constater que je n’étais pas le seul concerné, mais tout le monde ou presque l’ayant résolu par le biais d’une solution différente, probablement personne n’avait vraiment le même problème pour commencer. Bref, nul doute que nos LLMs favoris réussiront à créer une belle salade sans queue ni tête mais pleine de certitudes pour quiconque leur poserait la même question.
Au carving, ces bottes sont donc comme attendu géniales, et m’ont permis de retrouver des sensations à nouveau oubliées au fil des saisons et du relâchement de ma paire précédente. Le flex en frontside permet de transférer un maximum de puissance, et le rembourrage du chausson à l’intérieur de la languette offre un confort suffisant pour creuser des tranchées toute la journée, bien qu’il soit inférieur à ce que l’on pouvait trouver par exemple sur les Malamutes : l’épaisseur de mousse est moins importante, et plutôt qu’une densité élevée sur toute l’épaisseur on trouve un accueil très mou puis une épaisseur assez dure. L’empiècement sur lequel est monté l’ergot du chausson est par ailleurs sensible en passant la main à cet endroit, bien qu’il ne constitue pas un point dur à l’utilisation.
La tige en TPU à l’arrière du mollet, si elle se fait oublier, mérite quelques mots. Outre son rôle de protection de la botte, et celui qu’elle joue dans la réponse et la rigidité de celle-ci, elle élimine également tout inconfort vis à vis de la pression exercée sur le spoiler. Ce constat s’est imposé à moi lors d’une journée où j’ai fait une demi-descente pentue en trafolle re-gelée avec le combo Katanas + Malamutes, entraînant une grosse pression très inconfortable en haut des bottes à chaque passage sur la carre back sur la fin de ce passage, ce que je n’ai à aucun moment ressenti avec les Insanos.
Qu’en est-il pour une utilisation hors carving ? Après une grosse douzaine de journées, et le rodage habituel ayant un peu ramolli ma paire, ces bottes restent à mon sens trop rigides pour beaucoup d’usages mais constituent une bonne surprise pour d’autres. En poudreuse elles sont un peu trop rigides pour vraiment évoluer de manière fluide dans la plupart des cas. Sur la Mind Expander, modèle très surfy et agile, sensible à la moindre sollicitation, j’ai souvent eu la sensation d’être handicapé par ces bottes qui ne me laissaient soit pas assez de liberté de mouvement, soit trop peu de sensibilité dans mon pilotage pour vraiment exploiter la planche sur la plage d’utilisation qui lui correspond le plus.
Sur la Hovercraft en revanche, que je possède en 164, version barre à mine bloquée en torsion dont j’avais par ailleurs écris dans mon test qu’elle était trop rigide pour être exploitée avec mes fixations de l’époque, le constat est différent. La Hovercraft est beaucoup plus une planche qui permet de charger avec puissance, qui casse le terrain et passe partout sans broncher. Les Insanos avec cette latte sont beaucoup plus à leur place, car même si l’on souffre un peu du manque d’amplitude dans les sections lentes, on en récupère là où l’on passe plus fort qu’avec la Mind Expander. Bien qu’il ne soit pas indispensable de rider une planche rigide avec des boots rigides en poudreuse puisque d’autres mécanismes sont exploités, on gagne ce faisant une marge de manœuvre plus importante avec davantage de contrôle en torsion sur la planche. Bref, vraie bonne surprise de ce côté alors que je comptais utiliser les Insanos exclusivement pour la piste et les Malamutes en hors-piste jusqu’à leur mort définitive.
Il semble clair qu’en terrain difficile, avec une planche qui s’y prête, l’Insano est une option tout à fait viable, qui offre beaucoup de précision et de contrôle. J’ai pu le vérifier fin février avec le redoux de l’enfer qui a fait suite aux cumuls de neige de la décennie, amenant son hétéroclite lot de neiges peu enviables sous toutes les formes, des plus verglacées et transformées à la slush de printemps pas déplaisante avec le bon matériel. Elle est toutefois loin d’être un modèle passe-partout en termes de goûts, pratiques et matériel. C’est bien entendu un constat à relativiser en prenant également en compte notre gabarit et forme physique, et que l’on peut légèrement moduler en jouant sur le serrage de la partie haute.
Après donc une grosse douzaine de journées, il est également temps de faire un point sur l’usure perçue de ces bottes à laquelle je faisais allusion plus tôt. Je vais ici faire un parallèle avec mon test à paraître des Rome Katanas. Les Insanos, qui n’ont pas bougé d’un iota à certains endroits d’usure traditionnels (bas de la tige, collage des semelles, toe box, …) n’ont pas vraiment apprécié les straps et l’arceau des Katanas.
La bonne nouvelle, c’est que ces points de pression et dommages sont superficiels et ne semblent pas avoir évolué depuis leur apparition au bout d’une journée ou deux. Ils semblent d’ailleurs très mineurs si l’on se fie aux photos illustrant cet article qui ne les met pas facilement en exergue, mais il ne faut pas grand chose pour qu’une couture saute et se délie ensuite. Contrairement à certains dommages impressionnants sur des revêtements qui n’ont pas d’impacts structurels et se comblent durablement avec un bout de scotch, une couture qui part en sucette peut signer l’arrêt de mort d’une botte.
La mauvaise, c’est que j’ai substantiellement modifié mes fixations pour les minimiser, point sur lequel je reviendrai dans le test sus-mentionné. A bien des égards, les Katana posent question, avec un design très anguleux, l’utilisation de l’aluminium, et des straps très agressifs. D’un autre côté, j’ai également utilisé les Malamutes avec ces fixations, sans qu’elles ne présentent la moindre trace de dommages, à une douteuse exception près. Difficile donc de dire si le problème réside dans les bottes ou les fixations, d’autant plus que mes Missions ont explosé après une journée et demi cette saison, me laissant sans fixations alternatives adéquates à tester avec ces bottes.
Ce qui est peut-être le plus dommage sur ce plan est la présence de tout ce TPU à des endroits stratégiques qui tendent généralement à subir le plus d’usure, tandis que des coutures sont exposées aux agressions des fixations à quelques millimètres de ces panneaux…
En vrac, j’ai pu confirmer que le grip des semelles est très bon, le manque de poignée sur la languette pour faciliter l’enfilage est bien dommage, et je trouve par ailleurs ces bottes assez longues à sécher, peut-être à cause de tout le TPU utilisé, notamment au niveau de la languette. En partie cause de cette languette rigide, il n’est pas aisé de retirer le chausson du harnais interne, ce que l’on rechigne donc à entreprendre et n’aide en rien l’affaire.
Pour ceux qui en doutent encore, le système Boa est quant à lui un vrai bond en avant par rapport aux TLS et consorts, permettant un serrage très facile, rapide et extrêmement précis. Il convient juste de ne pas trop penser à l’épée de Damoclès qui plane sur les modèles de la sorte équipés, les lacets ayant la fâcheuse tendance de finir par lâcher, ce qui est facilement réparable mais peut mettre un terme prématuré à une bonne journée.
Verdict
Mon expérience avec les Insanos est ainsi très majoritairement positive : elles constituent un choix évident sur piste pour carver, et une option tout à fait envisageable pour le hors-piste, voir le tourisme, dans certaines conditions. Sur une planche très rigide elles s’avèrent un allié de choix, sur des modèles plus faciles le jury est bien moins unanime. Quoi qu’il en soit, c’est clairement une botte destinée aux riders expérimentés qui savent ce qu’ils veulent et comprennent les compromis inhérents à une paire de bottes très rigides : on n’achète pas une paire d’Insanos par hasard.
Je reste toutefois un peu dans l’expectative quant à leur durée de vie : bien que j’ai un à priori positif sur la rétention du flex, je reste un peu sur ma faim en termes de solidité générale. C’est bien la seule ombre au tableau, sur laquelle je ne manquerai pas revenir si mauvaise surprise il y a dans le futur.
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