Test longue durée : lubrifiant Squirt

Le Squirt n’a rien de nouveau, et pourtant, si de mon point de vue très subjectif c’est un classique des lubrifiants pour chaîne, que j’utilise depuis des années, il ne fait aucun doute que pour la majorité des non-initiés, le Squirt a de quoi faire froncer les sourcils. Ce qui justifie donc totalement une introduction et un retour de (longue) expérience sur Glisse Alpine.

 

Fiche Technique


Le Squirt n’a de fait rien de nouveau, puisque son lancement remonte au milieu des années 2000. Pourtant, plus de dix ans plus tard, un représentant de la marque était toujours présent sur le Vélo Vert Festival pour introduire un public parfois circonspect aux mérites de la solution et distribuer des échantillons de test en vue de convertir à terme le plus grand nombre.

Développé par une petite équipe sud-africaine, le Squirt est une solution à base de cire qui utilise l’eau comme solvant et se destine donc aux conditions sèches. L’idée est d’obtenir après application et séchage une couche de cire qui réduit la friction et allonge de ce fait la durée de vie d’une chaîne, objectif partagé avec tout lubrifiant classique.

Le parti pris du Squirt, comme d’autres solutions qui s’appuient sur l’application d’un composé aux propriétés similaires à la paraffine comme le téflon, est d’atteindre les alléchantes propriétés offertes par ces lubrifiants classiques mais en évitant leurs inconvénients, dont le premier est la tendance des huiles à agglomérer tout ce qui se retrouve en contact avec elles.

“Le Squirt fait […] partie des lubrifiants secs qui après évaporation du solvant forment une couche solide”

Le Squirt fait ainsi partie des lubrifiants secs qui après évaporation du solvant forment une couche solide, qui par définition ne retient pas la poussière et évite de terminer chaque sortie avec un mélange noirâtre à la consistance douteuse sur sa chaîne. L’avantage est double : outre la nécessité de régulièrement nettoyer et re-lubrifier une chaîne qui opte pour un traitement classique, l’agglomération de ces impuretés vient contrer l’action escomptée et augmente l’usure, problématique contournée par une solution comme le Squirt.

Un autre aspect mis en avant par le produit est sa composition 100% biodégradable, puisque qu’il ne contiendrait que de la cire et de l’eau. Les plus hardis pourront arguer que c’est un point équivoque, puisque in fine, tout ou presque est à terme biodégradable pourvu qu’on ne soit pas pressé.

La composition du Squirt est tenue secrète, mais l’on peut en apprendre davantage grâce à cette fiche de données de sécurité qui nous fournit quelques informations sur les catégories de produits utilisées. Bien que l’huile de soja ait le vent en poupe pour la composition de solutions de cires solubles à l’eau, le Squirt semble se baser sur la classique paraffine et d’autres cires à base d’hydrocarbures, toutes donc issues de dérivés du pétrole. Une émulsion de cire nécessitant l’emploi d’agents de surface (tensioactifs) pour permettre cette solubilité dans l’eau, on retrouve naturellement des émulsifiants sous une formule propriétaire qui confère au Squirt les propriétés uniques qui sont siennes et le différencient de solutions similaires.

 

Sur le terrain


L’efficacité du Squirt repose en partie sur une préparation adéquate de la chaîne avant la première application. Le but après séchage est pour le mélange de cires d’arriver à un état complètement sec, et la présence d’huile sur la chaîne est le meilleur moyen de ne jamais l’atteindre. Qu’elle soit neuve ou pas, dégraisser sa chaîne est donc un pré-requis auquel le soin apporté est déterminant pour obtenir un résultat de qualité. Comme nous le verrons par la suite, si le dégraissage est indispensable, notamment lors du premier traitement, il n’est toutefois pas requis d’avoir une chaîne immaculée pour chaque application.

“Bref c’est comme avec Axe, plus t’en mets, plus t’en as.”

L’application du Squirt en lui-même n’a rien de compliqué et se fait peu ou prou de la même manière qu’un lubrifiant classique, après avoir vigoureusement agité le flacon. Il est recommandé après la toute première application d’attendre le séchage et de procéder à une seconde. De manière générale, il ne faut pas hésiter à appliquer des doses généreuses, opération encouragée par la viscosité de l’émulsion en sortie de la bouteille. Bref c’est comme avec Axe, plus t’en mets, plus t’en as.

Le temps nécessaire à l’eau pour s’évaporer et à la cire de durcir varie selon les conditions, mais provisionner vingt-quatre heures est une bonne idée. Aller rouler quand le mélange est encore humide, soit parce que l’on n’a pas pris le temps de le laisser sécher, soit parce que la chaîne a mal été nettoyée, est contre-productif et nécessitera de renouveler l’opération, nettoyage inclus.

Chaine en condition d'utilisation

Une fois sur les singles, le Squirt brille par le fait qu’il sache se faire oublier. La transmission opère avec une facilité et un niveau sonore comparable à la plupart des autres lubrifiants, mais en accumulant la même fine couche de poussière que le reste du vélo plutôt que l’agglomérer. Ce n’est pas une solution totalement magique, on peut trouver ça et là quelques traces et résidus noirs dont il est facile de se séparer, qui sont principalement le résultat d’applications ultérieures sur une chaîne qu’on ne remet pas à neuf, mais dans l’ensemble le résultat est sur terrains secs infiniment meilleur qu’un lubrifiant à base d’huile.

Les vraies questions que posent le Squirt sont plutôt les suivantes : quel résultat en conditions humides, et quelle longévité ? En affirmant qu’il peut être utilisé dans toutes les conditions et jusqu’à 200km en VTT, le site français au ton bon enfant dédié au produit penche me semble t-il du côté marseillais de la balance.

“En conditions humides, […] la cire passe très rapidement de la chaîne au single”

Le Squirt ayant recours à l’eau comme solvant, sa tenue en condition humides est très facilement compromise. S’il peut résister à quelques flaques traversées ça et là par beau temps, les choses deviennent beaucoup plus compliquées si la chaîne est continuellement exposée à cet élément et la cire passe très rapidement de la chaîne au single. Il est donc à éviter dans ces conditions, pour lesquelles on lui préférera un lubrifiant pour conditions humides avec une base huileuse.

Sur terrain sec en revanche, la longévité pour une couche appliquée sur une chaîne en bon état est très bonne. Si elle peut varier selon la générosité de l’application et les conditions, il est tout à fait envisageable d’enchaîner deux ou trois sorties montagne à la journée sans application intermédiaire — les plus moqueurs affirmeront que porter son vélo n’use de toutes manières pas beaucoup la chaîne — ou bon nombre de virées entre midi et deux ou en after-taff.

L’avantage de la solution tient en partie dans la facilité avec laquelle on peut appliquer une nouvelle couche. Nul besoin de se torturer l’esprit en appliquant une nouvelle couche d’huile sur une chaîne à la propreté douteuse en se disant que ce sera toujours mieux que rien, ou torturer son temps libre en prenant une demi-heure pour la nettoyer à grands renforts de dégraissants et autres brosses. Un coup de chiffon pour faire partir la majorité de la poussière est suffisant pour remettre la chaîne dans de bonnes conditions pour l’application d’une nouvelle couche. Tant que la chaîne est sèche et non grasse, il n’est pas utile de se prendre la tête pour la mettre dans un état irréprochable, les impuretés restantes seront rejetées par la formation des petits agglomérats de cire solide déjà évoqués.

Application Squirt

L’un dans l’autre, la longévité, qui en théorie est inférieure à un lubrifiant à base d’huile, est quasiment tout le temps suffisante pour ne jamais se retrouver bloqué par manque de temps pour atteindre une évaporation complète du solvant. Une nuit est souvent suffisante pour un séchage en surface, et j’ai avec succès souvent procédé à une application en soirée pour un départ le lendemain matin, mais ce fut parfois insuffisant dans d’autres conditions, ce pour quoi respecter les 24h préconisées est un bon moyen de ne pas se retrouver avec du Squirt encore humide à cause d’une application surabondante ou de conditions peu propices au séchage en profondeur.

“Si l’on attend que la chaîne commence ses lamentations sonores pour agir, il est déjà trop tard.”

Pour la majorité des rideurs, le Squirt est donc une solution de lubrification ultra facile à vivre : il permet de gérer des week-ends complets sans problème, et dans une utilisation de tous les jours il suffit de donner un coup de chiffon sur sa chaîne (et éventuellement le reste de sa transmission) puis appliquer une nouvelle couche la veille d’une journée où l’on ne roulera pas, opération réglée en moins de cinq minutes. Le seul obstacle ici est de devoir être proactif dans cet entretien : si l’on attend que la chaîne commence ses lamentations sonores pour agir, il est déjà trop tard.

 

Verdict


Ce n’est pas par hasard que la solution est souvent plébiscitée par ceux qui l’utilisent. Pour ceux qui roulent quasi-exclusivement sur le sec, le Squirt est à mon sens la solution idéale, et l’essayer c’est l’adopter.

Que ce soit en termes de temps d’entretien tant que de performances sur le terrain, ou par le fait qu’elle évite d’avoir un tas de graisse solidaire de son vélo pendant les divers transports ou entretiens, l’émulsion de cire proposée par la firme sud-africaine est un incontournable de la lubrification.

Il faut noter que plusieurs produits cohabitent maintenant dans l’offre “Squirt”, dont une formule du lubrifiant Squirt spécifique aux VTTAE avec une lubricité en hausse ou une spéciale hiver pour les basses températures.

Enfin, chacune de ces formules est proposée en trois bouteilles de volumes différents : 15mL, 120mL et 500mL.

 

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Sébastien

Papa de Glisse Alpine et homme à tout faire depuis 2016. Rideur. Editeur. Photographe. Développeur. SysAdmin. Web Perf. SEO. Marketing. Café.

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9 commentaires sur “Test longue durée : lubrifiant Squirt

  • 17 mai 2021 à 8 h 56 min
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    Pour ma part je laisse le squirt sur mon vélo de route, moins soumis à l’eau/boue/gué/flaques..
    en vtt, il a parfois tendance à ne pas faire la journée d’un XCm ‘mouillé’

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  • 17 mai 2021 à 13 h 30 min
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    Merci Jean-Michel pour cette review une nouvelle fois bien détaillée.

    Je confirme la nécessité de bien nettoyer la chaine avant application. Une application à réaliser méticuleusement, maillon par maillon. J’imagine que ceci s’applique à tous les lubrifiants mais il me semble que les huiles se répartissent aussi naturellement via les routes dentées non?

    Actuellement je teste le Muc Off C3 Ceramic Dry Lube qui est peut être plus résistant à l’humidité et à priori moins exigeant en temps de “séchage”.

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    • 17 mai 2021 à 19 h 38 min
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      Salut Luc,

      Perso je n’y vais pas méticuleusement maillon par maillon mais mon processus diffère un peu des lubrifiants à base d’huile. Avec le Squirt je fais uniquement deux tours de chaîne puis je laisse reposer, alors qu’avec une huile, après application je pédale pendant quelques secondes en montant et en descendant les vitesses pour mettre la chaîne en tension latéralement et aider à la pénétration (car c’est bien connu, une bonne pénétration est toujours préférable ! 🙂 ).

      J’ai la sensation qu’en faisant de même avec le Squirt on en met partout et ça n’aide pas de manière sensible à le faire pénétrer au niveau des rouleaux. Vu qu’il est déjà peu visqueux (c’est principalement de la flotte après tout), en le laissant reposer il doit plus naturellement/rapidement trouver son chemin, ce qui est peut-être moins le cas avec une huile (et encore…).

      M’enfin c’est un constat assez empirique, je ne sais pas si une solution est réellement meilleure que l’autre, mais ça marche plutôt pas mal pour moi et c’est rapide, donc j’ai très tôt adopté cette méthode.

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  • 17 mai 2021 à 13 h 42 min
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    Je voulais dire “Merci Sébastien” bien entendu 🙂

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  • 17 mai 2021 à 17 h 23 min
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    Merci Sébastien.

    Encore un bon sujet sur ce lubrifiant que je ne connaissait pas….!

    Pourrais-tu nous faire un article sur les cintres carbones et alus 35 vs 31,8, souplesse vibrations car sur mon santa j’ai déposé le cintre 35 carbone rise 20 d’origine pour un alu même diamètre et rise de 30…. puis j’ai remis le carbone, mais depuis il me semble que le carbone me casse les avants bras et les coudes….est-ce mon ressenti ou la différence de rigidité…ou le rise….?
    Merci de nous éclairer car on ne trouve pas grand chose sur le sujet .
    Ma pratique et enduro…

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    • 17 mai 2021 à 19 h 54 min
      Permalink

      Salut Luc,

      C’est un serpent de mer ce sujet, il faudrait une vraie étude en labo pour statuer une fois pour toutes, ce qui ne sera de toutes manières jamais le cas vu que chaque cintre est différent d’un autre.

      De manière générale, mon expérience perso totalement empirique c’est que le 35mm a amené plus de rigidité (et c’était le but annoncé) mais de manière préjudiciable. Je me souviens la première fois que j’ai eu un cintre de 35mm entre les mains, j’ai pas été convaincu, mais ça peut tout aussi bien venir d’autres facteurs. De toutes manières évoquer la question est inutile, on ne reviendra pas en arrière, d’un point de vue marketing plus c’est gros, plus ça vend…

      Le débat cintres carbones vs cintres alu c’est beaucoup de théorie, et en pratique ça nécessite d’étudier les modèles cas par cas. On a beau dire que le carbone filtre mieux, ou pas, est plus rigide, ou pas, au final tout dépend de la quantité de matériau que tu mets à quel endroit et tu peux avoir deux modèles aux antipodes l’un de l’autre alors qu’ils utilisent le même.

      Après perso je trouve pas une différence fantasmagorique entre différents cintres, par contre rouler avec un rebond très rapide a solutionné pas mal de problèmes d’articulations au niveau des mains que j’avais sur les longues journées de DH. Il faudrait que j’ai l’occasion de tester des modèles comme la série vibrocore chez Spank pour voir si la différence est vraiment sensible avec un cintre qui fait de l’atténuation des vibrations son selling point…

      PS : à voir sur tes cintres la différence d’upsweep et backsweep aussi, si tu y es sensible ça peut jouer, surtout avec les cintres très larges que l’on utilise maintenant.

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  • 18 mai 2021 à 9 h 07 min
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    Merci pour ta réponse.

    Cela confirme mon ressenti général et peut-être le problème est ailleurs .
    C’est vrai que j’ai aussi incliné ma selle de quelques degrés sur l’avant ce qui ne devrait pas avoir d’incidences en descente vu la tige réglable, donc cela doit plutôt être la forme plutôt upsweep du santa d’origine…à voir en remontant l’alu si le problème persiste.
    Il est vrai aussi que j’ai pas mal freiné le rebond de ma ZEB..avec cette météo…
    J’avais toujours des Renthal alu en 20 de rise mais depuis que j’en eu une casse nette lors d’une réception appuyée j’ai un peu de crainte d’en racheter un, c possible qu’il avait été affaibli lors d’une chute..il parait que c’est rare..!
    En tout cas merci Sebastien pour ton retour, c vrai que c complexe de retrouver le meilleurs compromis pour atteindre ce confort nécessaire à tenir une journée de pilotage (sans se détruire les articulations), quand on change des composants sur un nouveau vélo…
    Luc

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  • 18 mai 2021 à 17 h 18 min
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    Merci pour l’article.

    Personnellement, j’utilise la même procédure avec de l’huile de chaine.

    Après une sortie j’huile assez abondamment la chaine pour la nettoyer, un bon coup de chiffon, redonne un 2ème coup d’huile en quantité normale pour le graissage.
    Je doute de l’utilité de dégraisser complètement une chaine, l’huile propre étant très efficace pour diluer la saleté.

    J’imagine qu’avec de l’huile, cette procédure est un peu moins espacée qu’avec de la cire.

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  • 20 mai 2021 à 12 h 09 min
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    Perso j’ai testé le Smoov basé sur la même idée mais qui est censé mieux supporter l’eau. Globalement c’est pas mal. On trouve un tuto sur le net pour fabriquer son squirt soit même pour beaucoup moins cher.

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