Test : Five Ten Impact Pro Mid
L’offre de chaussures pour pédales plates est pléthorique. Pourtant, vous l’aurez peut-être remarqué, cette offre tend comme souvent à se focaliser sur un segment du marché qui laisse sur le bord du single une frange de riders qui savent exactement ce qu’ils veulent, et dont les besoins ne s’alignent pas exactement avec ce qui est couramment proposé.
C’est notamment le cas si l’on recherche une semelle très rigide, un très bon maintien, et une chaussure montante pour protéger la malléole.
Heureusement, Five Ten est là et propose encore la descendante de la mythique Impact High, l’Impact Pro Mid. Le contrat est-il rempli ? Je vous propose aujourd’hui un test de ce modèle, du point de vue d’un rider qui roule, porte ou vole en télésiège depuis plus de 15 ans avec l’un ou l’autre des rejetons de la famille au « 5 » emblématique.
Fiche technique
L’Impact Pro Mid de Five Ten est un modèle mi-haut (merci Captain Obvious) qui reprend le nom de l’iconique chaussure de la marque, dont il conserve certains aspects et jette les autres par la fenêtre. Rien de nouveau sous le soleil, l’Impact Pro classique ayant été lancée en 2018 avec un format qui a peu ou pas évolué depuis.
Le modèle « Mid » se différencie par la couverture de la malléole via un renfort en D3O, qui, modèle en main, peine à se faire sentir. Le D3O est depuis longtemps omniprésent sur le marché des protections, nous savons tous à quoi il ressemble et son ressenti sous les doigts. Ici, je soupçonne fortement la marque d’avoir inséré une quantité microscopique du matériau pour prétendre à son utilisation, n’ayant rien senti qui s’y apparente malgré une bonne minute de tripotage de la collerette. Malgré cela, le rembourrage à lui seul est à cet endroit suffisant, voir comme nous l’aborderons, excessif, pour constituer une protection efficace.
L’impact Pro Mid est recouverte d’un matériau déperlant visant à garder les pieds au sec, et réduit ostensiblement le recours à la mousse à l’intérieur de la chaussure. La languette suit cette tendance de manière bien plus drastique et s’avère fort chétive face à une Impact historique. Les orteils comme le talon sont protégés par une coque qui a gagné en rigidité mais s’avère plus souple au niveau du gros orteil pour des raisons de confort. En revanche, ces coques sont recouvertes d’un matériau texturé qu’on peut sans trop forcer le trait comparer à du papier de verre à gros grain qui, sur le terrain, fait des merveilles dans le ponçage de bases et de haubans, tout en retenant boue et poussière comme nul autre pareil.
Mis à part quelques perforations ça et là et une fenêtre en textile sur l’extérieur du pied, nous sommes globalement en présence d’une chaussure peu respirante.
Les lacets, ou plutôt les bouts de ficelle livrés avec ce modèle sont une véritable honte, une claque au visage des riders qui supportent via leur portefeuille la marque, une économie de bouts de chandelles odieuse qui donne raison à celles et ceux qui depuis longtemps pointent du doigt la supposée qualité décroissante de Five Ten depuis son rachat. L’expérience de laçage est à peu près au niveau d’une tennis de supermarché à 20€, sauf que la chaussure étant bien plus rigide, elle est d’autant plus difficile à fermer et à serrer décemment.
Avant même de partir pour une première boucle locale de moins d’une heure sur mon temps de midi le jour de la réception de ces chaussures, j’ai pris dix minutes pour fouiller dans la boite à lacets de madame Glisse Alpine et en sortir une paire vert fluo du plus bel effet, ce qui explique pourquoi les photos de cet article exhibent une différence flagrante avec les photos officielles de l’Impact Pro Mid. Surtout, j’ai enfin pu serrer correctement cette paire une fois aux pieds, ce qui est presque mission impossible avec les lacets fournis.
Enfin, la semelle reprend l’incontournable motif à pois, associé à la gomme Stealth S1 qu’on ne présente plus. Sa rigidité est globalement élevée, mais un peu en-dessous, à nouveau, de ce que l’Impact historique proposait. Il faut toutefois noter que sur l’avant du pied, cette semelle est considérablement plus souple, ce qui aide à la marche (bien que je n’ai personnellement jamais ressenti de gêne sur mes anciennes paires), tandis que sous la pédale et le reste du pied on trouve cette rigidité plus proche des anciens modèles.
Sur le terrain
Comme je tends de plus en plus à le faire, je commencerai ici par la conclusion : les Impact Pro Mid font le job, mais ne sont définitivement pas à la hauteur de leurs ancêtres pour qui cherche une prestation du même acabit.
Je ne sais pas ce qui s’est passé chez Five Ten, peut-être est-ce l’acquisition de la marque par Adidas, qui remonte pourtant à 2011, bien qu’un virage vers un branding en faveur de cette dernière soit plus récent, mais la marque n’a pas compris, ou a oublié, ce qui a fait le succès de l’Impact en la propulsant jadis comme icône de notre sport. Je porterais bien aussi le blâme sur les journalistes obnubilés par le poids, la chaleur, la résistance à l’humidité ou le temps de séchage, qui n’ont, pour partie d’entre eux, vraisemblablement rien compris non plus à la place de l’Impact et en quoi elle comblait les attentes de ses fervents adorateurs. A vrai dire j’aurais l’impression de perdre la tête si ça et là en parcourant les commentaires de tests on ne trouvait des inconditionnels de ce modèle confrontés aux mêmes problématiques que votre honorable serviteur.
Depuis l’abandon de l’Impact originale entre le début et le milieu des années 2010, Five Ten, en quête de nouveaux marchés, n’a eu cesse de décevoir la frange de riders qui avait fait son succès sur le segment VTT. En lançant l’Impact Vxi en 2014, la marque abandonnait le form factor de l’Impact Low en annonçant réinventer le modèle pour faire mieux. J’écrivais à l’époque qu’il s’agissait d’une véritable cassure vis à vis du modèle phare de la marque qui produisait dans la Vxi quelque chose de différent, à défaut de réussir à faire mieux. Il faudra attendre 2016 pour que notre sauveur, Sam Hill, lance son troisième et dernier modèle signature de l’Impact Low, probablement le meilleur de tous.
L’impact originale n’a jamais été parfaite. Elle était même si imparfaite que de nombreuses voix se sont élevées au fil des années, déplorant les problèmes incontournables que tous ceux qui ont utilisé des Impacts connaissent, comme la semelle qui se fend à l’avant du pied, et se décolle de toutes parts. Et pourtant, malgré ces défauts qui pour d’autres seraient rédhibitoires, nous étions nombreux à continuer à acheter, année après année, le même modèle. Pourquoi ?
L’impact est la chaussure de ski, ou la boot de snowboard du VTT. C’est un parti pris unique, qui confère un ressenti tout aussi unique. L’exact opposé d’un modèle comme la Freerider. Tout commence par une semelle rigide. Très rigide. Pourquoi ? Car je veux être connecté au vélo, ne faire qu’un avec les pédales et être connecté directement au cadre. Je ne veux pas sentir les pédales, je veux sentir le terrain et les mouvements du vélo. Une semelle souple est imprécise, elle se tord, se déforme, absorbe plus qu’elle ne transmet. Elle constitue une interface optimisée pour sentir les pédales, ce qui est très utile en dirt, pas pour faire corps avec lui dans une descente aux gros appuis.
Qu’est-ce qui maintient le pied dans une botte de snowboard ou une chaussure de ski ? Le chausson. Qui dit chausson dit rembourrage, et une Impact sans rembourrage est l’équivalent d’une boot de snowboard sans chausson. En mettant les pieds dans une Impact Sam Hill, puis dans l’Impact Pro, on sent immédiatement la différence. Dans le premier cas, le pied est très maintenu, dans le second il flotte. Parler de flottement est certainement user de superlatif, mais à minima il est pourvu d’un degré de liberté malvenu.
On ne peut quoi qu’il en soit pas prendre une modèle à la semelle souple comme la Freerider, sur laquelle une simple empeigne en tissus sans rembourrage fonctionne, et penser l’appliquer à une chaussure à semelle rigide dont on attend qu’elle procure une interface solide avec les pédales.
Difficile de dire à quel point le chaussant a évolué entre les deux modèles, bien que les semelles et donc la pointure n’aient pas bougé d’un iota depuis une ou deux décennies (ce qui est un excellent point), mais l’épaisseur de la languette à elle seule apporte à l’Impact Sam Hill un avantage qui manque cruellement à l’Impact Pro Mid. Le poids gagné ici semble avoir été transféré à la partie qui remonte sur la cheville, qui si elle avait été pourvue d’une quantité plus importante de D30 n’aurait aucune raison d’être si volumineuse. Le contrat est rempli niveau protection, mais tout ce rembourrage tient chaud, très chaud, et défait ce qui était gagné par un rembourrage moins important autour du pied et la chétive languette.
Le support global offert par la chaussure passe aussi par la forme très particulière de la semelle, qui sur l’Impact originelle remonte notamment au milieu du pied pour le soutenir latéralement. Sur l’Impact Pro actuelle, ce support est inexistant. Ce travail est effectué par l’enveloppe de la chaussure, qui, même bien serrée, se déforme bien davantage, introduisant à nouveau plus de mouvement que souhaitable. Tout cela est mis en exergue par le fait que contrairement à ce que l’on pourrait penser, le format moins encombrant de l’Impact Pro offre plus de volume interne que l’Impact classique.
Five Ten n’a pas compris, ne veut pas comprendre, ou a cédé à la critique vis à vis de ces points qui constituent l’ADN de l’Impact. Les modèles actuels affublés de ce nom ne sont que de tristes descendants d’une icône déchue, portant un héritage sacrifié sur l’autel du profit. L’Impact n’a jamais été une chaussure pour tous, ni même pour le plus grand nombre, mais pour ceux qui trouvaient dans l’Impact ce qu’ils recherchaient, c’était LA chaussure. Le modèle à nul autre pareil, dont seul Five Ten avait trouvé la formule secrète. En appliquant le rasoir de Hanlon, on ne peut que se demander si les employés de la marque n’ont pas sauté leur cours sur le customer-oriented marketing.
Que reste t-il alors à l’Impact Pro Mid à faire valoir sur le terrain ?
Globalement, si l’on se rabaisse à ce que le marché nous propose de nos jours, soit des copies censées convenir à tout le monde qui ne conviennent vraiment à personne, c’est une chaussure qui fonctionne bien, sans doute l’une des moins mauvaises options pour ceux qui recherchent une semelle rigide offrant un bon support et un bon maintien, l’une des rares options pour ceux qui veulent un modèle mi-haut qui protège la malléole. En plus de l’aspect protection, ce format mi-haut offre un réel avantage en termes de maintien du talon, un point positif très appréciable.
Rien à redire non plus sur la gomme S1 que la marque continue de retenir après le succès en demi-teinte de la feu Mi6 super tacky mais à la durée de vie limitée. La Stealth S1 reste un excellent compromis à l’accroche impeccable qui permet néanmoins avec l’expérience de repositionner ses pieds sans difficulté, notamment une fois la période de rodage des premières sorties passée.
Verdict
Pour un inconditionnel historique de Five Ten, acheter une paire d’Impacts aujourd’hui c’est un peu comme acheter une voiture récente pour celui ou celle qui a n’aurait ne serait-ce qu’une once de culture automobile : dans les profondeurs d’un océan de déception, la moindre loupiote s’érige en lumière d’Eärendil, quand bien même elle ne s’avère en réalité être qu’un poisson-lanterne, une vulgaire baudroie des abysses usant d’un simple subterfuge pour nous attirer dans sa gueule de prédateur, l’un parmi tant d’autre s’échinant à survivre dans un environnement hostile.
L’impact Pro n’est pas une mauvaise chaussure, loin de là. Mais à trop vouloir plaire à tout le monde et converger vers une offre homogène, elle a oublié ce qui a fait sa renommée et laisse aujourd’hui sur le bord du single une cohorte de riders qui doivent se contenter d’options passables sans vraiment trouver chaussure à leur pied.
Pour autant, la marque se fourvoie t-elle en abandonnant ce qui a fait le succès de feu son modèle phare ? Pas si sûr. J’observais récemment en bas du télésiège d’un bikepark local, au public tout aussi local, qu’il était bien difficile de trouver une paire de pieds exhibant un autre logo que le « 5 » emblématique. Alors que les critiques sont depuis des années nombreuses vis à vis de Five Ten, que les options concurrentes régulièrement louées abondent, il semble que la marque conserve la mainmise sur au moins une part du marché, son bastion historique, preuve d’une stratégie gagnante. Dans mon entourage, l’Impact Pro ou les modèles dérivés de la Freerider sont fortement appréciés. Se pourrait-il que la frange de riders vouant un culte religieux à l’Impact ne soit, en effet, qu’une frange ?
Bref, c’est la vie ma pauvre Lucette, c’était mieux avant, mais ça, c’était avant.
Vous avez aimé ce test ou avez besoin de plus d’informations ? Vous faites partie du cercle fermé des fanatiques de l’Impact ? Faites-le savoir juste en-dessous dans les commentaires.
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