Test : Early Rider Seeker 14
Le marché du vélo pour enfant, c’est un peu la jungle. Un peu à l’image de celui pour adultes, sauf qu’après une demi-vie de pratique, on connait depuis longtemps les bonnes adresses et on sait éviter les chausses-trappes. Le problème du vélo pour enfant, c’est que nous ne disposons généralement pas de plusieurs années pour progressivement étudier le marché, tester ce qu’il propose, et nous faire une opinion.
Quand bébé souffle sa première bougie, le cerveau encore embrumé dans les nuits de cinq heures en trois parties on achète le premier porteur trouvé sur le coincoin. Puis quelques mois plus tard on ajoute une draisienne lambda. Puis on se rend compte que notre enfant casse-cou veut crapahuter sur tous les chemins à sa portée sur son bicycle d’intérieur, et là commence la recherche d’une draisienne plus adaptée. Si vous pensiez souffler un peu, ravisez-vous : moins d’un an plus tard, alors qu’on sort tout juste (à moins qu’un petit frère ou une petite sœur soit en route) d’une période ou le moindre moment de vie est dédié à bébé, il faut être devenu expert en la matière pour choisir le premier vélo à pédales de notre progéniture. Monture qui devra lui permettre de rapidement transitionner du bicycle à jambes vers le bicycle à pédales, résister à l’assaut des éléments, ou encore lui permettre de suivre papa et/ou maman partout où l’envie lui prend.
Bref, alors que depuis cinq ans de vagues questions comme l’intérêt du dérailleur électrique ou la fourche inversée peinent tout juste à titiller votre curiosité de vététiste enduriste descendeur de pistes à marmottes enracinées sur un marché en stagnation, il faut se détacher de l’annonce de roues toujours plus grandes et remettre en route ses neurones pour se plonger dans la géométrie des vélos aux cercles dignes de mobylettes, analyser ce qui se passe sur le terrain de jeu au coin de la rue, poser un regard objectif sur les péripéties à deux roues plus ou moins satisfaisantes de sa descendance et plonger dans la jungle du marché pour tenter de faire autant que possible le bon choix sans tomber dans l’une ou l’autre des chausse-trappes sus-mentionnées.
Car sur ce marché il y a de tout : du bas de gamme, du haut de gamme, du bas de gamme camouflé en haut de gamme, des vélos qui valent leur pesant de cacahuètes et des cacahuètes mélangées aux pistaches vendues pour un sac de pièces pesant bien trop lourd dans la balance. Certaines marques surfent sur leur image en pensant, majoritairement à raison, qu’un client satisfait sur le segment pour adultes portera son choix sur la marque pour sa progéniture sans être trop regardant. D’autres, résolument tournées vers les vélos pour enfants, mettent en avant une innovation à l’intérêt discutable, voir des choix qui peuvent s’avérer contre-productifs. Et comme évoqué vis à vis du segment des draisiennes, le dilemme habituel qui nous hante : l’utilisation de mon enfant nécessite t-elle que j’investisse une somme rondelette dans sa bicyclette ?
Tout cela mérite d’être développé dans un article séparé, mais toujours est-il qu’après des heures d’analyse, j’ai découvert par le plus pur des hasards et totalement hors de ces recherches la marque Early Rider. Comme toujours, j’ai filé directement sur les pages produits, dévoré les géométries, téléchargé dans un coin de cerveau l’équipement proposé, avant de comparer la philosophie prêchée par la marque avec la réalité des fiches techniques. Et pour la première fois depuis que je parcourais les sites de fabricants en quête de modèles en accord avec mes attentes et pré-conceptions, les étoiles s’alignèrent. Enfin des modèles pour enfant combinant l’important et faisant l’impasse sur les fausses bonnes idées ? Interloqué, je contactai ni une ni deux la marque britannique pour organiser le bien beau test que je vous propose aujourd’hui, en espérant transmettre par le texte et l’image les prestations offertes par un modèle qui se positionne à mon sens un cran au-dessus de la vaste majorité de sa concurrence directe ou indirecte.
Fiche technique
Court topo avant d’entrer dans les détails : le Seeker 14 d’Early Rider est un vélo destiné aux enfants de 3 à 5 ans, architecturé autour d’un cadre alu. Il est annoncé comme une machine légère pour tous les terrains, permettant aux bambins de rapidement apprendre à pédaler pour partir à l’aventure. S’il est de facto positionné sur le segment haut de gamme par son prix, il offre un package dont la valeur est bien difficile à mettre en défaut, ce que je vous propose de développer sans plus attendre.
Sur le papier, le Seeker se démarque déjà sur un point : une géométrie bien plus tournée vers nos machines de grands que ce que l’on trouve habituellement sur le marché du vélo pour enfant de cet âge. Si l’angle de direction de 67° fait davantage penser au XC qu’au DH, il s’avère très agressif sur un segment où les fourches semblent quasi verticales et où bien rares sont les marques qui osent s’aventurer sous les 70°. Les bases sont également plus longues que la moyenne, conférant à l’ensemble davantage de stabilité.
Lors du déballage, la première impression en termes de qualité perçue est absolument superbe et n’a rien à envier aux machines de grands à plusieurs milliers d’euros. Tout est correctement assemblé, serré, le cadre et les composants respirent la solidité.
J’ai longtemps cherché ce qui pouvait faire défaut à cet apparent sans faute, et j’ai finalement relevé un catadioptre baladeur car assemblé à l’envers sur une pédale, que j’ai pu réinsérer dans le bon sens en dix secondes avant la première sortie. En étant pointilleux, un marquage sur le cintre serait également un plus pour un centrage facilité lors du montage. Il s’avéra un peu plus tard que les bagues des leviers de freins étaient trop serrées, un comble puisque la marque a eu la très bonne idée de noter les couples de serrage de chaque composant dans le petit livret inclus dans le carton, accompagné de quelques clés, clips de durites et rilsans.
Globalement, les solutions techniques déployées, si elles doivent s’adapter au format poche, s’appuient sur les standards de conception du marché plutôt que des solutions propriétaires exotiques ou atypiques nécessitant un outillage peu commun dans nos caisses à outil de vététistes. On peut tout faire sur ce vélo avec quelques clés présentes dans notre quiver habituel.
Bref, il est sur ce plan très difficile de prendre ce que propose Early Rider en défaut, même en étant extrêmement pointilleux.
C’est d’ailleurs un comble, alors que les boîtiers de pédalier press-fit hantent nos nuits de vététistes depuis plus d’une décennie, on trouve sur le Seeker un boitier de pédalier vissé, un luxe qui fera bien des jaloux.
Bien qu’il soit disponible en vert kaki ou violet, opter pour ces coloris serait une erreur tant le schéma de couleur emblématique de la marque qui laisse le cadre nu en finition alu brossé est superbe. Je ne suis personnellement pas très fan sur le plan esthétique des cadres acier modernes qui ont leurs adeptes, mais je dois avouer que ce Seeker 14 qui reprend les lignes que l’on trouve sur ces vélos se distingue de manière très élégante sur un marché où les couleurs tape à l’œil et les autocollants du dernier dessin animé à la mode sont la norme. Dans le look comme dans l’équipement, on a ici un vélo de grand au format poche.
De la finition de surface aux soudures, l’impression de solidité du cadre est remarquable. Difficile de se rendre compte de l’épaisseur exacte des tubes, mais à l’oreille on est à des années lumière d’un cadre Lapierre en canette, ceux qui savent, savent. La finition en alu brossé présente l’énorme avantage par rapport à un cadre peint de masquer toutes les traces ou presque après des mois de malmenage aux mains d’un enfant de trois ans. J’ai toutefois utilisé et renouvelé un petit morceau d’équivalent helitape/clear protect au niveau de la douille de direction où l’une des durites de frein frotte constamment de manière assez prononcée, ce qui semble inévitable eu égard à la faible longueur des durites offrant une rigidité identique à celles de nos vélos de grands.
La vraie star sur ce vélo est pour moi sa paire de freins. Pour le modèle 2026, Early Rider a fait le grand écart en passant des V-brakes aux freins à disque hydrauliques, là où beaucoup de ceux qui optent pour le disque s’arrêtent à un actionnement mécanique, par câble. On peut voir le verre à moitié vide et se dire qu’un frein à disque mécanique c’est avant tout du marketing et une efficacité douteuse, ou le voir à moitié plein en imaginant qu’un enfant de trois ans ne va pas beaucoup détendre le court câble qui relie le levier à l’étrier de sa poigne de marshmallow. C’est dans tous les cas un écueil évité ici en optant pour l’hydraulique, qui a pour lui bien d’autres avantages.
La surprise est réelle en actionnant les leviers pour la première fois. L’action est franche, le point de contact précis et viril, la modulation se fait avec tact en gérant sa pression finement plutôt qu’en jaugeant l’enfoncement d’un levier mollasson. On trouve même une vis permettant de régler la garde pour les adapter aux mains des plus petits, ce qui est possible sur une assez large plage grâce à un point de contact suffisamment proche de la position au repos et l’action qualitative du levier qui laisse une large course avant d’arriver au cintre.
Bref, nous verrons en deuxième partie de cet article ce qu’il en est côté puissance, mais en termes de ressenti au levier, ces modèles enterrent certaines paires pour adultes qui valent à elles seules la moitié du prix de ce vélo, et donnent envie de les retirer du cintre pour les monter sur sa propre machine…
Ces freins aux étriers double pistons en post mount sont montés via un adaptateur IS/PM sur fixations IS et couplés à des disques de 140mm, qui sur des roues de 14″ offrent un bras de levier énorme, équivalent à d’hypothétiques disques de 290mm sur un 29″. Si l’on prend en compte le poids d’un enfant de 3 à 5 ans 5 à 6 fois moins élevé que celui d’un adulte et un bras de levier une fois et demi plus important, il suffit donc à notre bambin d’exercer sur le levier moins d’un huitième de la force que nous exerçons d’un doigt sur nos gros vélos pour obtenir un niveau de freinage similaire, en considérant un frein aux performances elles aussi similaires.
Les roues de 14″ sont lacées de 24 rayons et accueillent des pneus Kenda Booster en 2.2″, qui pour ce diamètre de roue font clairement lorgner cette monture du côté du fat bike et n’est pas pour déplaire vu les terrains ciblés, le faible diamètre des roues et l’absence de suspensions. Elles sont montées sur axes traversants, à nouveau tout comme les grands.
Côté transmission, on trouve un unique plateau narrow-wide de 26 dents et un tout aussi unique pignon qui en compte 15, reliés par une chaîne KMC X9 à maillon rapide. Early Rider prend le parti — osé ? — de s’affranchir d’un garde-chaîne sur ses vélos. Preuve s’il en fallait que le Seeker est destiné aux bambins qui n’ont pas peur de se salir, tandis que le Belter, modèle plus urbain, utilise une transmission à courroie crantée. Encore une fois, je reviendrai en deuxième partie d’article sur l’aspect sécuritaire du garde-chaîne, mais il s’agit à nouveau d’un choix qui va dans le sens tant en termes de look que d’approche d’un vrai vélo de grand au format poche. On trouve toutefois ce qu’on peut apparenter à un garde-chaîne, guide-chaîne ou bash guard (rayez les mentions inutiles) en aluminium qui fait le tour du plateau et s’intègre parfaitement à l’ensemble.
Cette transmission single-speed est bien entendu réglable pour obtenir une tension correcte de la chaîne, et de manière bien plus précise et facile que beaucoup de modèles enfants grâce à une vis permettant d’opérer un réglage fin avant de verrouiller. Le manuel assez complet décrit l’opération pour la mettre à la portée de celles et ceux peu enclins aux prouesses mécaniques.
Le poids de ce modèle est affiché un cheveu au-dessus des 6kg, bien que la fiche technique reprenne désormais un poids de 5,9kg sans pédales, ce qui constitue un tour de passe-passe un peu ridicule pour un vélo vendu avec pédales contrairement aux modèles pour adultes, et surtout totalement inutile, le Seeker affichant déjà à 6kg (5.5kg pour le Belter) un poids plume à mettre en perspective tant avec l’offre grand public que sa compétition directe. La surprise est d’ailleurs au rendez-vous quand d’autres parents voient ce vélo aux grosses roues puis le sous-pèsent en pensant lever une enclume avant de s’étonner de sa légèreté.
Les pédales montées sur manivelles de 80mm, fort sympathiques, sont dotées de picots en plastique qui ne font pas de miracles mais ont l’avantage de ne pas dévorer les tibias de notre progéniture. Ils ont toutefois, plastique oblige, la fâcheuse tendance de prendre la clé des champs sur l’extérieur de la pédale à force de malmenage par nos bambins.
La majorité des composants sont signés Crux, marque in-house d’Early Rider, qui les propose également à la vente sur son site où toutes les pièces détachées sont disponibles, de la paire de plaquettes de frein au badge de la douille de direction en passant par chaque composant de la transmission, pédales ou pneus. Il est bon de constater qu’il n’y a pas d’odieuse surcharge tarifaire pour ces pièces, une paire de plaquettes étant par exemple affichée à 12€ et un frein complet à 60€. Bref, l’optique semble bien de proposer des vélos durables sans date de péremption, ce qu’on ne peut qu’applaudir sur un marché saturé d’options premier prix (ou pas, d’ailleurs) qui ne demandent qu’à se retrouver en déchetterie pour un oui ou pour un non.
La hauteur minimum de selle est donnée à 40.5cm (48.5 cm maximum), à ne pas confondre avec la stand-over height de 37cm qui correspond à la hauteur du tube supérieur juste devant la selle. Cette selle est montée en direct sur la tige de selle (serrée sur le tube de selle via une bague QR) plutôt qu’avec une pince sur un rail. Côté cintre, les grips de faible diamètre sont dotés de rebords bienvenus. On trouve un limiteur d’angle de braquage sous le cadre, dont l’utilité à cet âge réside avant tout dans la facilité à remettre le vélo en ordre de marche après une chute.
Sur le terrain
Commençons par le commencement, la question que tout parent se pose lors de l’acquisition du premier vrai vélo à pédales pour son enfant : est-ce que ce modèle va permettre à mon bambin de réussir à pédaler dès la première tentative et le transformer en Dieu de la bicyclette dans la semaine ? Grâce à Early Rider qui a mis à ma disposition cette machine pour un test longue durée sans aucune contrainte, j’ai pu le soumettre à mon testeur en salopette au moment de la cruciale étape des premiers coups de pédale.
Sur le papier, le Seeker met toutes les chances de son côté, avec son poids rikiki, des composants de qualité, un grand empattement et un angle de direction qui procurent stabilité et mettent en confiance. Si, contrairement à d’autres, souvent d’ailleurs plus lourds, la marque semble relativement peu dans son discours marketing mettre en avant le poids plume de ce modèle, c’est pourtant un avantage de taille lors des premiers tours de pédale de nos bambins, inévitablement accompagnés de redressements de vélo à répétition. Alors que beaucoup de modèles communs sont des enclumes qui nécessitent souvent l’intervention d’un adulte pour être manipulés lors de l’apprentissage, avec le Seeker notre progéniture est indépendante dans ses pérégrinations, qu’il s’agisse de redresser l’engin après une chute, le pousser en haut d’une côte ou le faire descendre après un refus d’obstacle.
Alors que d’autres optent pour un cadre sans tube supérieur, le choix d’un « vrai » cadre en triangle ne limite en pratique pas les mouvements de l’enfant sur le vélo. D’autant plus que l’on optera lors des premiers coups de pédale pour une selle relativement basse afin de l’aider à démarrer. Il y a probablement une grande part de conditionnement dans la philosophie qui consiste à vouloir laisser à l’enfant la possibilité d’enjamber le cadre devant la selle : habitude prise sur draisienne qui se perpétue par la suite. Etant donné que pour notre part l’habitude n’a jamais été prise ni vraiment possible à prendre sur draisienne, aucun chagrin à déplorer une fois sur un vrai vélo.
Tout comme le poids plume de l’engin, ce cadre en triangle est un investissement qui paie des dividendes sur le long terme. On découvre par exemple à l’usage qu’il s’avère fort pratique pour accrocher le Seeker sur son propre cintre, au niveau des grips, lorsqu’il faut aborder une montée où tirer son chérubin avec une sangle est trop difficile et quand la fatigue l’emporte sur sa volonté de pousser son propre vélo. Avec un enfant de trois ans, les occasions de transformer une sortie idéale en impasse sont nombreuses : chute, fatigue, oubli du goûter, difficulté sur le chemin ou encore envie impromptue de rentrer plutôt que chasser les papillons à la pédale. Être en capacité d’embarquer vélo et éventuellement enfant sur son propre destrier (en gardant la selle Shotgun en backup) permet d’envisager les choses bien plus sereinement.
La hauteur minimum de cette selle est en phase avec les standards qu’on retrouve un peu partout pour un vélo 14″, et permet comme souligné de la régler de sorte que notre enfant soit à l’aise pour se lancer lors de l’apprentissage, ce qui pour un bambin qui a été à l’école de la draisienne est probablement le challenge principal pour devenir autonome à vélo, surtout s’il a en plus également fait du tricycle et se trouve à l’aise au pédalage. Après avoir observé les premiers tours de roues de pas mal d’enfants, le combo vélo trop lourd et trop grand est à mon sens le pire bâton que l’on puisse jeter dans les roues de nos bambins. Le Seeker 14 adresse ces points spécifiquement, et sans surprise le passage de la draisienne au vélo fut pour la relève de Glisse Alpine une simple formalité à trois ans et quelques semaines.
A moins d’avoir un enfant de petite taille, il y a certainement assez de marge en insertion de selle minimum pour lancer sa progéniture avant les trois ans si l’on l’en sent capable et demandeur. A l’inverse, je suis plus réservé sur la possibilité de l’utiliser jusqu’à cinq ans si l’enfant est grand : à trois ans et demi nous sommes déjà un peu au dessus des six centimètres d’insertion.
L’absence de carter de protection de la chaîne est pour moi positive. Notre chérubin est content d’avoir un vélo qui ressemble davantage à celui de papa et maman, et nous y gagnons en facilité d’entretien de la chaîne. En lui appliquant le traitement Squirt, on s’affranchit de toute problématique, imaginée ou réelle, de salissures intempestives qui semblent bien futiles pour un enfant crapahuteur sur ce vélo d’aventurier en herbe.
Bien évidemment, mon avertissement au sujet des appendices digitaux baladeurs à ne pas faire traîner dans la transmission lors de la découverte de sa nouvelle monture n’a absolument pas empêché mon petit bonhomme d’en coincer un entre le plateau et la chaîne en moins de trente minutes. Une fois larmes et pleurs passés, le sujet fut clos pour toujours, la leçon ayant été apprise bien mieux qu’avec mille mots. Plusieurs mois après, le mouvement visible de la chaîne et du pignon au rétropédalage semble toujours aussi fascinant pour qu’il passe régulièrement quelques instants à tourner les pédales dans le vide à la main en ce sens.
Dans la plus pure tradition Glisse Alpine et ma perpétuellement insatisfaite quête d’optimisation, j’ai passé beaucoup de temps à essayer plusieurs positions pour les leviers de freins, opération bien plus compliquée quand on la réalise pour un enfant de trois ans que pour soi-même.
Le cintre est suffisamment large pour disposer de deux à trois centimètres de marge pour décaler les leviers vers l’intérieur avant d’être bloqué par le coude. Au vu de la puissance disponible, on pense donc logiquement upgrader le cockpit de notre bambin pour une action à deux doigts plutôt qu’à quatre. L’opération a d’autant plus de sens que j’avais dès les premiers jours remarqué que le levier était un peu court pour quatre doigts et que mon petit bonhomme avait tendance à freiner sans l’index, qui flottait près du pivot.
Le problème, c’est que ce décalage est insuffisant et/ou le levier est trop long pour que ça fonctionne vraiment : à moins de les éloigner substantiellement du cintre, ce qui les rend difficiles à atteindre, le bout du levier vient écraser l’auriculaire de notre bambin une fois actionné. Par ailleurs, sur un frein à un doigt pour adulte, notre index forme un angle avec les autres doigts, qui permet de ramener le bout du levier vers le cintre sous celui-ci, ce qui n’est ici pas possible.
Après moult tentatives et consultations avec mon testeur en herbe, nous sommes donc revenus à la position par défaut, bague collée contre le grip. Ce n’est pas optimal, mais cela semble être la moins mauvaise option, tout du moins celle qu’il préfère, bien qu’il en résulte une préhension des leviers assez funky. Pas sûr qu’il existe d’autre solution viable à cet âge, même avec un hypothétique levier à deux doigts : il y a là une longue réflexion que j’ai partiellement menée mais qui dépasse largement le cadre de ce test déjà trop long.
Quoi qu’il en soit, même en freinant du petit doigt, la réserve de puissance est bien là, les dérapages s’enchaînent et le dialogue de sourd débute : « Module ton freinage pour éviter de déraper / Non moi j’aime déraper papa ! » J’ai compris, il va maintenant falloir constituer une réserve de pneus de petite taille.
Avec tant de puissance au bout des doigts, l’inquiétude au tout départ est de voir son chérubin se satelliser à la première pression sur le frein avant, mais il n’en est rien. Si après cinq à six mois mon petit bonhomme fait encore une utilisation très sélective du levier gauche dont il faut constamment lui rappeler qu’il est le seul à même de l’arrêter quand ça descend fort, il a rapidement cerné son potentiel et ne s’est réellement fait surprendre qu’à une seule reprise par une pression un peu optimiste dans un chemin gravillonné, bien que j’ai pu apercevoir sur les sentiers quelques figures de style inopinées rattrapées de justesse expliquant certainement son délaissement fréquent dès que l’on sort des chemins pavés.
A l’usage, le cadre en finition brut est, comme attendu, l’option parfaite pour un vélo pour enfant malmené au quotidien. Les chocs et rayures ont beau s’accumuler au fil des mois, il est quasiment impossible de distinguer la vaste majorité d’entre eux à plus d’un mètre, si ce n’est en scrutant méticuleusement le moindre centimètre carré de l’engin.
Avec 2.2″ de section pour un enfant autour des 15kg, on fait tourner les pneus à des pressions qui se rapprochent du fat bike et entrent dans la zone où beaucoup de jauges traditionnelles deviennent imprécises, ce qui rend la répétabilité d’un réglage en pression un peu aléatoire. Il ne faut pourtant pas hésiter, malgré le marquage du pneu qui comme toujours incite à utiliser des pressions élevées pour éviter tout risque de déjantage, à descendre largement sous le bar pour offrir un peu de souplesse à cette machine non suspendue et aider notre progéniture dans ses premiers franchissements. J’ai pour indication eu utilisé entre 0.4 et 0.6 bar affichés sur ma jauge, mais palpage et repères visuels font tout aussi bien, voir mieux, le travail dans ce contexte.
Le dessin des pneus est un bon compromis, suffisamment roulant pour ne pas trop pénaliser les premiers tours de roue tout en offrant un bon grip tant au freinage qu’en virage sur les sentiers approchables par nos mini-aventuriers.
Depuis décembre, notre Seeker a affronté les températures largement négatives de cet hiver et roulé sur l’herbe givrée qui craque sous les pneus. Il a subit l’eau et la boue des sorties sous la pluie, les chutes au skatepark et les chutes sur les chemins, les longues montées au bout d’une sangle dont un test sera prochainement publié et les descentes en forêt encadrées par les sommets enneigés. Depuis le début de l’été il a aussi pris l’habitude de voyager en télécabine pour poncer Easy Rider, Marmotland et autres pistes vertes de l’Alpe d’Huez dans les volutes de poussière. Il a vibré sous les éclats de rire et probablement essuyé quelques larmes avant de reprendre chaque jour sa place près de la porte d’entrée dans l’attente de nouvelles aventures.
Malgré les chutes et les très relatives précautions mises en oeuvre par un enfant de trois ans, après près de six mois d’utilisation, rien n’a bougé et tout tourne aussi bien qu’au premier jour. Les roues sont toujours aussi droites, les freins offrent des performances top-notch malgré des leviers exhibant moult blessures de guerre, la transmission ne souffre d’aucun défaut malgré les nombreuses caresses entre manivelles et cailloux, la roue libre chante toujours aussi librement son chant de la liberté.
Verdict
Il est bien difficile de trouver le moindre défaut au Seeker 14. Tous les composants sont qualitatifs et adaptés, l’ensemble est léger, la géométrie est excellente, le look ravageur. La marque dote ce modèle de tout ce qui est réellement important en laissant de côté le superflu. Tout est réuni pour réussir les premiers tours de roue sur les sentiers, et bien plus si affinité.
Face à une prestation si qualitative, le point d’achoppement est, comme souvent, le prix. S’il faut en effet dépenser une somme rondelette pour acquérir ce Seeker, proposé au prix public de 600€, la prestation offerte semble à mon sens très largement les justifier, tant sur le plan qualitatif de la machine que les conditions dans lesquelles elle place notre progéniture pour nous suivre ou nous devancer sur les singles.
Comme je l’avais fait précédemment lors de mon test de la draisienne Gibus, je mettrai ici l’accent sur le calcul à moyen terme qui relativise le ticket d’entrée élevé de ce modèle. Si le but est effectivement d’emmener son bambin à l’aventure chaque semaine, pendant deux ans, avec une machine fiable, facile à entretenir et offrant toutes les pièces détachées nécessaires, qui de surcroît conserve très bien sa valeur au moment de la revente, le coût global de l’opération est finalement bien faible.
Bref, comme vous pouvez vous en douter, je recommande les yeux fermés.
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