Test : Casque ABUS YouDrop FF

En 2014, Bell lançait avec son Super 2R le premier casque intégral léger convertible moderne pour adultes. En seulement quelques années, la popularité du format explosa, jusqu’à devenir la norme plus que l’exception pour les pratiques engagées, avec d’un côté les casques intégraux légers, et de l’autre ceux permettant en sus de retirer la mandibule.

Aujourd’hui, ABUS décline ce format sur le segment des casques pour enfants. Réelle utilité, pure opération marketing pour vendre du casque comme papa et maman ou nouvelle preuve d’une sur-protection de nos enfants ? C’est ce que je vous propose de découvrir dans ce test.

 

Fiche technique


ABUS YouDrop FF

Le YouDrop FF est donc un casque hybride convertible à l’image de ceux qui ont conquis le marché pour adultes depuis dix ans maintenant. Il se présente sous le format intégral léger avec une mandibule détachable grâce à deux boutons pression de part et d’autre de celle-ci, l’ensemble étant bien plus léger et ventilé qu’un vrai casque intégral.

Les mousses au niveau des joues sont équipées de velcro et donc détachables pour être lavées. Les ouvertures au dessus du front sont équipées de filets pour éviter l’intrusion inopinée d’insects. Le système qui verrouille la mandibule est assez basique, et bien qu’il soit rapide, il donne davantage l’impression d’être conçu pour un usage occasionnel que répété.

ABUS YouDrop FF - Mandibule

Le coloriste de chez Abus ne peut être qu’un ancien de l’industrie automobile tant les couleurs proposées sont fades et alignées sur les standards tristounets des boites à roues. Au milieu des gris revente et bleu marine (pardon, Ti silver et Midnight blue), la seule option fun est le sage green, un vert qui tire ostensiblement vers le bleu une fois à l’ombre et s’avère bien plus joli produit en main que ce que les photos de la marque ne laissent penser.

Un point important à noter est la large plage que la taille unique couvre, puisque ABUS donne ce modèle pour des périmètres crâniens allant de 48 à 55cm. Sur le papier, cela couvre en moyenne des enfants dont l’âge est compris entre un an et demi et huit à dix ans. A cet effet, on trouve une molette situé à l’arrière qui permet de serrer le casque de façon assez standard, si ce n’est la très large plage qu’elle couvre, rendue possible notamment par un ajustement vertical gargantuesque.

ABUS YouDrop FF - Arrière

En pratique, je suis un peu dubitatif sur cette taille minimum de 48cm, puisque carnet de santé à l’appui et après plusieurs mesures effectuées avec le plus grand soin j’avais avant l’achat obtenu un périmètre crânien de 48.5cm, qui s’avéra un peu faible pour que le casque tienne correctement une fois serré au maximum. Reçu en février, j’ai alors remédié au problème par l’ajout d’un bonnet, bienvenu en hiver.

La visière est maintenue par des velcros plutôt que des vis, ce qui lui permet de facilement se détacher lors d’une chute sans casser, ni produire de force excessive sur le cou de l’enfant. Abus inclus par ailleurs dans la boite des velcros de rechange. Logiquement, on ne peut ainsi pas régler l’orientation de cette visière.

ABUS YouDrop FF - Dessus

La sangle, très légère, est équipée d’un clip basique. L’ensemble détonne par rapport à ce que l’on trouve habituellement sur les modèles adultes comparables et s’avère même en-deçà de bols classiques d’entrée de gamme pour enfants. Cela rejoint l’impression globale d’un prix élevé par rapport à la qualité perçue du produit que l’on a entre les mains, mais ce constat est globalement partagé avec les modèles proposés sur le segment adultes. Les prix étant ce qu’ils sont sur ce segment malgré une concurrence bien installée, force est de constater qu’il est peut-être moins simple que perceptible de produire ces modèles.

Le YouDrop FF est proposé au prix public de 130€, mais il est facilement trouvable sous la barre des 100€, ce qui rend finalement ce constat plus acceptable.

 

Sur le terrain


ABUS YouDrop FF - 4S

 

Je vais ici effectuer rapidement un très classique retour sur les prestations de ce casque sur le terrain avant d’enchaîner sur un sujet à mon sens plus important : une réflexion sur l’utilité de ce type de protection et la contribution effective du dispositif à la sécurité de mon testeur en herbe de trois ans en six mois d’utilisation.

Guère plus lourd qu’un casque bol classique mais offrant un niveau de protection se rapprochant d’un intégral, le YouDrop FF permet le meilleur des deux mondes, voir même un peu plus. Un casque intégral classique propose des prestations, souvent accompagnées des certifications idoines, qui en font certainement un meilleur choix en terme de protection à l’impact, mais c’est oublier un facteur de taille, le poids. Un casque intégral pour enfant en taille 48-50 tourne généralement autour des 900g, soit le double du YouDrop FF qui affiche officiellement 430g. C’est à mettre en perspective avec le poids d’un casque intégral pour adulte qui se situe entre 1 et 1.3kg et peut déjà, selon les individus, entraîner une gêne. Tant par l’accélération lors d’une chute que la fatigue accumulée au fil du temps, on place rapidement avec un casque de près d’1kg une contrainte importante sur le cou d’un enfant en bas âge.

Il y a donc un réel avantage pour ce type de solution sur le papier, qui se concrétise sur le terrain : que ce soit pour des sorties à la pédale jusqu’à deux heures ou des journées alternant télécabine et descentes en park, jamais le YouDrop FF n’a semblé représenter une gêne à cause de son poids.

ABUS YouDrop FF - AH

Les aérations font également le travail de manière appréciable, puisque malgré les fortes chaleurs de cet été (certes partiellement évitées en prenant de l’altitude ou en choisissant une heure appropriée) mon petit bonhomme n’a pas plus surchauffé qu’avec son modèle bol.

La souplesse de la visière et le jeu conféré par les velcros sont un autre point positif sur lequel on pourrait faire l’impasse au premier abord. Malgré bon nombre de chutes, celle de notre exemplaire est toujours en un seul morceau, et le jeu inhérent au dispositif permet également de la préserver des pitreries d’un enfant en bas âge, comme coller sa tête, et donc la visière, contre la paroi d’une télécabine ou la vitre d’une salle hors-sac.

Possédant déjà un casque bol, nous n’avons pas utilisé le YouDrop FF sans la mandibule, et j’ai la sensation que ce sera le cas pour le plus grand nombre, au moins jusqu’à un certain âge. Je reviens sur ce point plus loin, mais la mandibule amovible est ici principalement intéressante pour adapter le niveau de protection entre sorties aventureuses et simples balades rapides. Le cas d’usage nécessitant de l’enlever et la remettre au cours d’une sortie pour un enfant en bas âge me semble assez rare.

 

Utilité réelle ou sur-protection surfant sur un effet de mode ?


ABUS YouDrop FF - CH

Au fil des mois, mon enfant casse-cou a du haut de ses trois ans essuyé quelques chutes marquantes qui, outre valider le choix de ce type de casque, m’ont fait repenser son utilité réelle.

Au début de l’hiver, j’avais initialement prévu d’acquérir à vil prix un casque intégral classique pour emmener cet été mon chérubin sur les pistes quand je tombai en l’emmenant à l’école nez à nez avec ce qui semblait être un intégral hybride trônant sur la tête d’un enfant en draisienne. Casque fort mal ajusté comme souvent, mais c’est une autre histoire. C’est ainsi que je découvrit le YouDrop FF, et que l’idée d’en équiper mon fils pour d’autres sorties que celles propulsées par remontée mécanique s’imposa.

Voyez-vous, au moment de la première balade sur les sentiers ainsi équipé, affublé qui plus est de son masque de ski dont la couleur bleu pastel s’accordait fort bien avec ledit couvre-chef, j’avais un peu l’impression d’être devenu un parent déguisant son enfant en enduro-bro haut comme trois pommes, prêt à poster sur insta son amour pour le #mtbforever #ridelife #rideordie, tout ça, tout ça. Et avant que vous ne le pointiez du doigt, il y avait une raison parfaitement valide à l’ajout du masque : les lunettes de soleil ne tenaient déjà avec son bol jamais en place et obligeaient à s’arrêter tous les cinquante mètres dans les descentes.

D’un côté, cela semblait too much, d’un autre le casque était en notre possession et un ancien copain de la crèche venait de s’ouvrir le menton en essayant de descendre un escalier, donc s’économiser une potentielle visite aux urgences pour ce type d’incident mineur que nous avons tous ou presque connus justifiait pleinement ce look ostentatoire.

Quelques sorties plus tard, au tout début du printemps, alors que nous achevions une longue balade familiale empruntant une descente totalement inappropriée que mon casse-cou de service avait absolument voulu emprunter, nous fîmes une pause pour le goûter tandis que le soleil poursuivait son déclin. Puisque nous étions entrés en sous-bois, le masque fut retiré pour que petit cœur y voit un peu plus clair. Puis nous repartîmes pour achever ladite descente.

Quelques minutes plus tard, le drame en mode loi de Murphy : alors que je manque momentanément d’attention, la crapule prend de la vitesse, traverse un champ de feuilles mortes et chute sur le seul caillou à cent mètres à la ronde. Les pleurs alternent avec les « j’ai mal à l’œil ». Alors que je me maudis d’avoir enlevé le masque, il s’avère après consultation avec madame Glisse Alpine qu’il est tombé sur le gros caillou qui a probablement à peine effleuré son œil, merci le casque intégral. Bref, au final rien de grave mais une validation surprise de l’utilité du masque malgré le look enduro-bro.

Fast forward à cet été. Descente sur route à la fin d’une balade. Alors qu’il s’entraîne à lever les fesses sans que ralentir d’un iota ne lui traverse l’esprit, il manque d’équilibre et va faire un rouler-bouler dans l’herbe sur le bas côté. Quelques larmes mais rien de grave, on repart vite, malheureusement sans avoir retenu qu’il fallait modérer sa vitesse pour apprendre progressivement à rouler pieds sur les pédales plutôt que fesses sur la selle, et en gardant à la place en tête qu’il était bien plus sécuritaire de garder les fesses sur la selle en roulant à tombeau ouvert, ce qui est par ailleurs bien plus rigolo.

Alpe d’Huez, bas de Va Rouler l’Agneau. Petit cœur fatigué effectue un magistral face-plant dans les règles de l’art. Rien de grave, et deux minutes plus tard, c’est reparti. Merci le casque intégral.

Quelques semaines plus tard, toujours à l’Alpe, il se fait dans un élan d’optimisme éjecter dans un virage relevé sur Marmotland. Pleurs, beaucoup de pleurs, mais rien de grave, si ce n’est un impact clairement visible sur le casque près de l’oreille. Pendant le câlin de réconfort il repère les tunnels d’à côté, et c’est reparti.

ABUS YouDrop FF - 4S

Bref, outre le fait qu’être parent d’un enfant casse-cou n’est pas de tout repos, j’ai surtout au fil des mois appris qu’équiper son enfant d’un tel casque n’a rien de déraisonnable. Aujourd’hui nous utilisons le YouDrop FF pour les « vraies » sorties VTT et son casque bol pour les usages « transport » où le vélo est utilisé pour se déplacer sur route ou petits chemins sans difficulté technique.

J’ai finalement un peu le même sentiment que sur le segment adulte. Comme je l’écrivais il y a six ans dans un article sur les casques hybrides, j’étais comme beaucoup un peu dubitatif lors de l’introduction de ces modèles, jusqu’à voir un ami accrocher de la pédale une vulgaire racine en bord de single, partir comme un missile la tête la première avant d’atterrir en face-plant, heureusement équipé d’un Bell Super 2R fraîchement reçu.

Certains blâmeront sur le segment adultes la prise de risque excessive, les capacités des vélos modernes et une myriade d’autres facteurs menant aux chutes contre lesquelles ces modèles visent à mieux nous protéger. Après avoir observé deux ans en draisienne et huit mois sur un vélo mon petit bonhomme faire du flipper entre inconscience du danger et réalisation de ses conséquences, alors qu’il est de surcroît encore trop petit pour savoir chuter correctement, l’idée de davantage de protection à certains moments m’apparaît désormais comme une évidence.

 

Verdict


ABUS YouDrop FF

Ce casque va faire, et fait déjà j’en suis sûr, un tabac. J’ai déjà repéré un nouvel exemplaire sur un enfant de notre petite école de village, et j’en ai entendu à plusieurs reprises dans ou autour des télécabines cet été mentionner qu’un de leurs camarades avait ce casque.

Que l’on tende à tort ou à raison vers la volonté de mieux protéger notre progéniture, le YouDrop FF a tellement de sens qu’on se demande pourquoi personne n’y a pensé plus tôt, et que d’autres suivront certainement. Si un bol est certainement suffisant dans bien des cas, davantage de protection prend tout son sens quand l’aventure sur deux roues sort des sentiers battus.

En attendant je ne peux que recommander ce produit, qui nous a probablement déjà évité un lot significatif de déboires.

 

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Sébastien

Papa de Glisse Alpine et homme à tout faire depuis 2016. Rideur. Editeur. Photographe. Développeur. SysAdmin. Web Perf. SEO. Marketing. Café.

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