Sac airbag : tout ce qu’il faut savoir sur cet équipement de sécurité

Aujourd’hui nous nous intéressons aux sacs airbag. S’ils sont de plus en plus visibles sur les bords de piste et largement plébiscités par les afficionados du ski de rando, ils restent toutefois largement méconnus par le grand public et les skieurs hors-piste occasionnels. De surcroît, leur coût élevé, même s’il achève une tendance à la baisse, en fait un produit dont le freerideur occasionnel ne sait trop si s’en équiper en vaut vraiment la peine.

C’est donc l’occasion de faire le point sur cet équipement de sécurité, les différents systèmes proposés par chaque marque et s’intéresser à ce que disent les chiffres dont on dispose vis à vis de l’efficacité réelle des sacs airbag et leur impact sur la mortalité des victimes d’avalanche.

 

Sac airbag : genèse et développement


Comme beaucoup de grandes innovations, l’airbag anti-avalanche est né d’une découverte plutôt impromptue.

Au début des années 70, Josef Honester, un garde forestier et chasseur descendant chamois sur le dos, attaché à son sac, déclenche une coulée. Emporté, il reste à sa grande surprise en surface de la coulée, aidé par le volume supplémentaire conféré par le chamois.

Joseph Hoenester
Joseph Hoenester et l’un des premiers prototypes d’airbag.

Intrigué par le phénomène, le garde forestier allemand va mener de multiples expériences avant de breveter le premier prototype d’airbag avalanche, appuyé par la Fraunhofer-Gesellschaft, l’institut allemand spécialisé dans la recherche en sciences appliquées.

Au début des années 80, la Fraunhofer-Gesellschaft met en vente le brevet. Peter Aschauer le rachète en 1980, après avoir été témoin d’une avalanche au Canada. Il crée la société ABS Peter Aschauer, basée en Allemagne, et commence à travailler sur un produit à vocation commerciale.

Cinq ans plus tard, ABS (acronyme pour Avalanche Balloon Securesystem) présente son premier produit à l’ISPO. Malheureusement, l’accueil du public est plutôt glacial, et il ne convainc pas. L’équipe de Aschauer se remet au travail et porte ses efforts principalement sur les sacs, lourds et inconfortables dans leurs premières versions.

Leurs efforts sont couronnés de succès, et au début des années 90 le sac airbag est plébiscité par les organisateurs d’évènements freeride et les guides de montagne. En 1995, la SLF (l’institut suisse d’étude sur la neige et les avalanches) mène des tests complets et valide définitivement l’efficacité du système.

Le début des années 2000 marque alors la réelle entrée sur le marché en masse du sac airbag et l’arrivée de plusieurs marques concurrentes sur le secteur.

 

Sac airbag : comment ça marche ?


L’efficacité de l’airbag repose sur le phénomène de ségrégation inverse, qui répartit les particules d’une avalanche en mouvement selon leur taille : les plus grosses restent en surface tandis que les plus petites sont entrainées vers le fond.

L’airbag, une fois gonflé, confère un volume important et augmente la taille de la particule que représente un rideur pris dans une coulée. Celui-ci a donc beaucoup plus de chances de rester naturellement en surface.

Nous verrons par la suite les différents systèmes de gonflage et formes d’airbags proposés par les fabricants, mais le principe du sac airbag reste le même pour tous les modèles. Le gilet ou sac contient un airbag replié, un système de gonflage rapide et un système d’activation. Lorsqu’il déclenche une plaque, le rideur tire sur le poignée, et le ou les airbags sont gonflés en quelques secondes.

 

Les différents systèmes proposés par chaque marque


 

ABS

Sac airbag ABSComme vu précédemment, ABS est la firme pionnière en matière de sac airbag. Le système de la marque utilise actuellement deux airbags de 85L et une bouteille de gaz comprimé (nitrogen, argon). Le déclenchement se fait à l’aide d’une poignée qui contient une balle à blanc. Son activation provoque une surpression dans le système, et une aiguille vient perforer la bouteille de gaz comprimé. La capacité de la bouteille n’est pas suffisante pour gonfler entièrement les airbags, et le système fait appel à l’effet Venturi pour compléter le remplissage via l’air ambiant.

L’avantage d’avoir ces deux airbags en forme d’ailes de part et d’autre du sac, c’est que si l’un deux est perforé, on bénéficie toujours du volume du second. C’est aussi le système le moins gênant pour rider ou s’extirper de la plaque, ce qui peut s’avérer salvateur si l’on réussi à reprendre pied dans la coulée après l’avoir activée. Enfin, contrairement à la plupart des autres marques qui privilégient un format proche de la tête pour la maintenir en surface et la protéger, ABS affirme que sa solution réduit le risque de traumatisme en maintenant la victime en position horizontale près de la surface plutôt qu’en position verticale où la partie inférieure du corps est plus exposée. L’inconvénient par rapport à la plupart des systèmes à un seul airbag, c’est que le cas échéant l’on est moins bien protégé des impacts, qui constituent un danger de premier plan lorsque l’on se trouve emporté.

Le système ABS est notamment utilisé par The North Face, Dakine, Ortovox ou encore Burton.

 

Snowpulse/Mammut

Sac airbag Snowpulse/Mammut LifebagCe système diffère de celui d’ABS sur plusieurs plans. Il a recourt à un unique airbag, qui diffère selon deux modèles : RAS et Lifebag. Le premier forme une sorte de gros oreiller derrière la tête, le second un U en trois dimensions qui débute derrière la tête et viens encadrer les épaules et les bras. Contrairement au système ABS, il est bien compliqué de faire quoi que ce soit une fois gonflé. Ce format d’airbag diffère également du premier dans la position qu’il confère à la victime, plus verticale, la tête en haut, à l’image d’un gilet de sauvetage. L’idée est de maintenir cette dernière hors de la neige autant que faire se peut, ou faciliter et réduire le temps nécessaire au dégagement.

L’airbag se déclenche via une poignée reliée à un câble. Il existe deux types de cartouches, l’une remplie à l’azote, l’autre à l’air comprimé. Le premier modèle fait économiser un peu moins de 200g mais nécessite d’être remplie par un professionnel après activation, alors que le second peut être rempli par un particulier. Le système Snowpulse dans son ensemble est réactivable après déclenchement sans passer par la case emprunt à la banque, l’absence de système pyrotechnique comme utilisée par ABS ne nécessitant pas non plus de changer la poignée.

 

BCA

Sac airbag BCALa marque nord-américaine propose une solution semblable à celle employée par Snowpulse, avec un unique airbag de 150L au format “oreiller” et un système d’activation mécanique (par câble comme chez Snowpulse par exemple). La cartouche est remplie d’air comprimé, ce qui permet comme pour le système précédent de la recharger soi-même.

Petit apparté, Backcountry Access propose pas mal de ressources en ligne au sujet des avalanches et leur prévention avec notamment des témoignages et podcasts sur la préparation à tenir pour mettre toutes les chances de son côté.

Les sacs de la marque sont en moyenne plus abordables que ses concurrents, et BCA met l’accent sur leur légèreté.

On retrouve le système BCA sur les sacs airbag de la marque mais aussi les sacs K2, cette dernière possédant maintenant la première.

 

Jetforce

Sac airbag Jetforce/PiepsDéveloppé par Pieps en coopération avec Black Diamond, le système Jetforce est plutôt novateur. Plutôt qu’utiliser une bouteille d’air comprimé qui pose notamment problème lors des transits aériens, il utilise un ventilateur électrique pour remplir l’airbag en quelques secondes. Le système est donc très versatile, et trois minutes après son activation, l’airbag se vide, fournissant à la victime une poche d’air qui lui permettra de respirer en attendant son dégagement si elle a été ensevelie. Vous l’aurez compris, l’autre avantage du système est que la question du rechargement de la cartouche ne se pose plus. La forme de l’airbag de 200L est quant à elle à mi-chemin entre RAS et Lifebag.

Ce type de fonctionnement est particulièrement intéressant quand on considère la facilité avec laquelle il permet de s’entrainer et effectuer des déclenchements de test : comme nous le verrons dans la suite de l’article, le nombre de victimes d’avalanches équipées d’un sac airbag mais retrouvées avec ce dernier non gonflé est significatif.

Là où le bât blesse en revanche, c’est au niveau du prix : presque 4 chiffres pour les modèles équipés de ce système.

 

Efficacité réelle des airbags et influence sur la mortalité


En préparant cet article, je suis tombé sur une ressource qui m’a réellement facilité le travail. Il s’agit de la référence française sur la neige est les avalanches, que j’ai déjà cité à plusieurs reprises, l’Anena. Je vous conseille fortemment de lire l’étude consacrée à l’efficacité des airbags avalanche que l’organisme publie si vous voulez des informations très détaillées.

L’étude qui est constamment citée par les marques qui concoivent et mettent sur le marché les sacs airbags est celle de Brugger et al. (2007). La statistique mise en avant est la suivante : 97% des personnes emportées par une avalanche qui portent un sac airbag (et le déclenchent avec succès) survivent. On n’entend en revanche pas une autre statistique : 81% des personnes emportées par une avalanche sans sac airbag survivent également. L’utilisation d’un airbag n’augmente donc ses chances de survie que de 16 points.

Quoi qu’il en soit, le ratio de mortalité entre une victime équipée d’un airbag et une autre qui n’en porte pas est néanmoins impressionnant : sur 100 personnes emportées par une avalanche, non équipées, qui décèdent, 85 pourraient être sauvées par l’utilisation d’un airbag.

 

Sac airbag - ratio mortalité

 

Afin d’obtenir une mesure plus fiable, l’Anena s’est basée sur un jeu de données plus significatif pour mener son étude, en ne conservant que les rapports d’avalanche de taille suffisante pour ensevelir une victime, soit celles de classe 2 ou plus. L’échantillon a ensuite été réduit aux accidents impliquant simultanément des personnes équipées d’airbag, ou pas, afin d’éliminer le biais du plus grand nombre de rapports concernant les personnes équipées, qui s’explique par le travail actif des fabricants d’airbags pour qu’ils soient déclarés.

Le résultat, que l’on retrouve dans d’autres études, est que le taux de décès des victimes non équipées est de 22%, tandis que celui de victimes portant un airbag est de 11% (9% si l’on exclut les airbags non gonflés). On se retrouve alors avec un taux de mortalité de 11% à mettre en perspective avec les 3% rapportés par l’étude de Brugger et al, et un ratio de mortalité de 50%, à comparer avec les 85% de cette même étude.

Autre problème majeur affectant la mortalité parmi les porteurs d’airbags, les problèmes de déclenchement. 20% des victimes portant un sac airbag rencontrent un incident de cet ordre et ne parviennent pas à le gonfler. Dans 60% des cas, ce non-gonflage est dû à un échec de déclenchement par l’utilisateur, le reste étant la conséquence d’un problème de maintenance, une panne ou la destruction de l’airbag après gonflage. Le taux d’échec lors du déploiement est trois fois plus important chez les pratiquants amateurs que chez les professionnels de la montagne, ce qui met en lumière l’importance de l’entrainement à l’utilisation de ce type d’équipement.

 

Sac airbag - mortalité en avalanche

 

Troisième point à garder en tête, la compensation du risque, c’est à dire la propension pour un pratiquant à s’exposer davatange parce qu’ils se sent rassuré par la présence de son sac airbag. S’il est difficile de trouver une estimation de la compensation du risque, l’Anena pointe du doigt le fait que la réduction du risque liée à l’utilisation d’un sac airbag est à peu près équivalente à l’augmentation du risque d’être impliqué dans une avalanche de classe directement supérieure. En clair, cela veut dire que les bénéfices des airbags est annulé si vous décidez de vous engager sur un secteur où des avalanches de classe supérieure sont probables.

Enfin, il faut garder en tête que le type de terrain sur lequel vous vous engagez peut avoir une grande influence sur l’efficacité relative d’un airbag. Pascal Haegeli pointe notamment du doigt la différence de mortalité par traumatisme entre les cas étudiés en Europe et en Amérique du Nord, due à une sur-représentation des runs en forêt au Canada ou aux Etats-Unis. Fort logiquement, le sac airbag n’est pas d’une grande utilité si une avalanche vous entraine contre un arbre ou vous fait sauter une barre rocheuse.

Dernier élément qui n’est pas ou peu évalué dans les études, l’effet ancre des skis/snowboard. Ne pas parvenir à déchausser ou avoir le malheur d’être snowboardeur vient à l’encontre de l’effort fourni par l’airbag pour maintenir la victime près de la surface en l’entrainant au fond.

Bref, même si certains chiffres mis en lumière ne sont pas très représentatifs de l’efficacité réelle des airbags (elle-même difficile à déterminer précisément), ce type d’équipement reste très utile et est réellement capable de faire la différence tant que le pratiquant ne prend pas plus de risques en sa présence.

 

Le mot de la fin


 

Comme nous l’avons vu tout au long de cet article, le système airbag n’est en rien une garantie : il ne remplace absolument pas l’utilisation du triptique de sécurité traditionnel, ni la préparation consciencieuse d’une sortie et l’évalutation du terrain à tout moment de ladite sortie. Il représente cependant une chance supplémentaire de s’en sortir en cas de déclenchement, ce qui est toujours bon à prendre quand on sait l’omniprésence du danger en montagne et la difficulté de prédire avec précision la stabilité du manteau neigeux.

Les différents systèmes, s’ils reposent plus ou moins sur le même principe, ont chacun leurs avantages et inconvients, que ce soit au niveau de l’airbag ou du système de déclenchement. La solution proposée par Jetpack semble cependant sortir du lot en permettant un entrainement régulier à l’utilisation du système.

J’espère que cet article vous aidé à y voir plus clair. N’hésitez pas à me poser vos questions dans les commentaires si un point vous semble encore peu clair ou que vous voulez plus de précisions. Vous pouvez également suivre les publications à venir avec un like sur la page Facebook de Glisse Alpine.

Stay safe et bon ride !

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Sébastien

Papa de Glisse Alpine et homme à tout faire depuis 2016. Rideur. Editeur. Photographe. Développeur. SysAdmin. Web Perf. SEO. Marketing. Café.

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