Roues VTT : les jantes asymétriques expliquées en 5 minutes

Suite à mon article sur les roues Race Face qui ont recours à des jantes asymétriques, j’ai décidé de vous expliquer brièvement et de manière simple ce type de solution finalement peu courante et méconnue. La jante asymétrique n’a rien de nouveau, on en entend parler depuis des décennies, et malgré certains avantages, elle n’a jamais vraiment réussi à percer pour s’imposer faute de vrai bouleversement.

Je vous explique donc dans ce rapide article et grâce à un de mes superbes schémas sur tableau blanc le problème que les jantes asymétriques tentent de résoudre, et si le résultat final vaut la peine de passer sur ce type de profil.

 

Géométrie d’une roue et contraintes techniques


Dans un monde parfait, que nous appellerons Bisounoursland (je sais, vous êtes en extase devant tant de créativité), où il est possible d’avancer et ralentir par la seule force de la pensée (toute ressemblance avec une fiction déjà existante étant purement fortuite), une roue parfaite ressemblerait à celle à l’avant d’un vélo de route à freinage sur jante. Les flasques (là où sont montés les rayons) sont centrées sur le moyeu, ce qui permet à la jante, toujours centrée par rapport au vélo et donc sur le moyeu, de l’être également par rapport aux flasques. Ainsi, les rayons forment un angle identique de part et d’autre de la jante, point sur lequel nous reviendrons et qui constitue une configuration idéale.

Jantes symétriques et asymétriques

Dans la vraie vie, c’est plus compliqué. Sur le moyeu d’une roue arrière, une place importante du côté transmission est prise par le corps de roue libre, représenté par le bloc hachuré sur mon schéma. Il faut aussi prévoir un peu de place de l’autre côté pour le disque de frein, besoin que l’on retrouve logiquement sur la roue avant, tant en VTT que sur un nombre grandissant de vélos de route qui sont passé du côté hydraulique de la force. La jante devant rester centrée sur le moyeu mais les flasques étant décalées à cause de la place prise par ces différents éléments, on se retrouve donc avec des rayons qui forment un angle différent de part et d’autres de celle-ci.

Je vois déjà certains d’entre vous lever la main pour me poser une question simple : pourquoi ne pas alors décaler la flasque côté disque pour la rapprocher du centre du moyeu et ainsi conserver cette égalité républicaine entre l’angle formé par les rayons de chaque côté ? La réponse est simple : plus les flasques sont écartées, plus la tension latérale des rayons est élevée, et plus la roue est rigide. Plus on les rapproche, plus cette tension latérale diminue, et donc plus on se retrouve avec des roues spaghetti. C’est une des raisons mises en avant lors de l’introduction du standard Boost : les moyeux plus larges permettent d’écarter les flasques et entraînent ainsi un gain de rigidité.

 

Angle et tension des rayons


La jante asymétrique a pour but de minimiser cette différence d’angle en décalant les rayons pour les recentrer entre les flasques. Le pneu devant toujours rester centré, c’est donc la partie de la jante côté moyeu qui est réellement asymétrique, ce qui comme nous le verrons plus loin introduit d’autres problèmes.

Sur une jante classique, la différence d’angle formée par les rayons côté transmission et côté disque oblige à adapter leur tension afin que la jante reste centrée. On se retrouve ainsi avec une tension plus forte côté transmission, puisque l’angle est plus faible.

En réduisant cet écart d’angle, la jante asymétrique vise donc à réduire la différence de tension des rayons de part et d’autre de la jante.

Pour illustrer tout cela, j’ai fait appel à l’excellent calculateur de kstoerz.com, en comparant une jante asymétrique Race Face ARC avec un déport de 4.5mm et une jante symétrique DT Swiss 532, le tout en 29″ et 30mm de largeur interne. Le moyeu utilisé est un DT Swiss 240s en 148mm. Sur la capture ci-dessous, la jante asymétrique est à gauche et ses données en haut, tandis que la jante classique est à droite et ses données en bas.

Comparaison jante asymétrique et symétrique

Logiquement, sur la la jante asymétrique, on réduit l’écart entre l’insertion des rayons et l’alignement du vélo de la valeur du déport, pour arriver à 2.3mm au lieu de 6.8mm. La tension des rayons passe de 62%-100% à 86%-100% sur la jante asymétrique. Enfin, l’angle que forment les rayons au niveau de la jante passe de 7.4° et 4.6° sur la jante classique à 6.5° et 5.6° sur la jante asymétrique.

Vous remarquerez que si ces angles se rapprochent l’un de l’autre sur la jante asymétrique, le gain obtenu d’un côté est perdu de l’autre. C’est pourquoi on entend souvent qu’une jante asymétrique n’améliore pas vraiment la rigidité d’une roue. Plus l’angle formé par les rayons par rapport à la jante est important, plus la rigidité augmente, car le rayon offre une meilleure tension latérale, comme expliqué précédemment. Dans le cas de la jante asymétrique, on gagne côté transmission ce que l’on perd côté disque, et son intérêt est à chercher ailleurs.

 

Tenue dans le temps, rigidité et robustesse


L’attrait principal de la jante asymétrique n’est donc pas vraiment une plus grande rigidité ou résistance face aux appuis latéraux. L’avantage de cet équilibrage de la tension des rayons est la tenue dans le temps d’une roue dont les rayons garderont plus facilement leur tension d’origine plus celle-ci sera proche côté transmission et côté disque.

L’argument en défaveur des jantes asymétriques est celui de la solidité de cette dernière face aux chocs. Le profil de la jante introduit un côté “fort”, celui où les rayons sont déportés, et un côté “faible” qui fragilise la jante par rapport à une construction symétrique.

Malheureusement, comme je vous l’explique en conclusion de cet article, la bonne tenue dans le temps du rayonnage ne dépend pas uniquement de cette balance gauche/droite, ce qui fait de l’avantage conféré par la jante asymétrique un point fort à tempérer.

 

Le mot de la fin


Les jantes asymétriques existent depuis bien longtemps, sans être réellement parvenues à se faire une place solide sur le marché. Si sur le papier les avantages semblent intéressants, d’autant plus avec l’augmentation des largeurs de jantes qui permettent un déport plus important, ils ne semblent pas dans la pratique constituer un gain très palpable, souvent annulé par leurs défauts.

Les jantes asymétriques n’étaient autrefois utilisées que sur les roues haut de gamme, et si elles sont plus abordables aujourd’hui, il n’en reste pas moins qu’un montage fait main en jantes classiques permet souvent d’aller bien plus loin en termes de qualité globale que ce que peut offrir un montage machine même avec une jante asymétrique.

La problématique de l’inégalité des tensions entre rayons va plus loin que la différence entre côté droit et gauche. C’est souvent entre rayons adjacents qu’elle pose problème, et c’est ce problème que les montages main tentent de résoudre en prenant le temps d’ajuster aussi finement que possible ces tensions, ce qui reste un challenge majeur pour les roues industrielles montées par machine.

La jante asymétrique n’est donc pas une solution miracle, ce qui explique sa timide adoption, et même si le concept n’est pas dénué d’intérêt, il tente de combattre un problème que beaucoup de ceux qui ont choisi d’investir dans un montage qualitatif auront déjà majoritairement résolu.

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Sébastien

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7 commentaires sur “Roues VTT : les jantes asymétriques expliquées en 5 minutes

  • 22 février 2021 à 15 h 16 min
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    Il existe une solution ‘Bisousnours’ mais avec des vitesses : un moyeu à vitesses, comme le Rohloff 😉

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    • 22 février 2021 à 20 h 56 min
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      Salut Carbone,

      Oui c’est vrai, ou la boite à pignons… Mais il faut quand même la place pour le disque et un pignon pour entraîner la courroie ! Même si l’on vient à bout du décentrage des flasques à l’arrière (à l’avant on a toujours le problème du disque seul) on doit les rapprocher un petit peu pour caser ça, du coup ce n’est pas totalement Bisounoursland encore. Peut-être le monde des Teletubbies ?

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  • 24 février 2021 à 8 h 40 min
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    Merci pour ce nouvel article
    Connais tu le site : wheelproject.com
    Ils proposent un choix et des tarifs pour des roues assez etonnant

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    • 24 février 2021 à 20 h 40 min
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      Salut Philippe,

      Perso j’ai jamais eu recours à eux mais il me semble qu’ils ont dans l’ensemble plutôt bonne réputation même si le résultat n’est pas toujours parfait. C’est un peu l’entrée de gamme du montage non-industriel, certains te diront qu’il vaut mieux payer deux fois plus cher chez le monteur artisanal français du coin qui va passer deux fois plus de temps sur ta roue et assurer un SAV personnalisé derrière, et d’autres qu’ils sont bluffés par le résultat vu le prix payé.

      Comme toujours ça dépend de ton niveau d’attente, mais quand tu considères que le prix d’une roue montée revient chez eux souvent moins cher que si tu achetais toi-même jante, moyeu et rayons, il est difficile d’être très critique à moins qu’ils montent ça comme des cochons, ce qui ne semble pas être le cas globalement.

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  • 18 juin 2021 à 17 h 03 min
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    Super explication ! Merci 🙂 Moi qui pensait que les jantes asymétriques étaient une nouvelle technologie mise en avant par les fameuses Duke Lucky Jack ! …..comme quoi le marketing ! 😉

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  • 10 août 2021 à 16 h 11 min
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    Salut j’ai des moyeux hope pro 4 et des jantes stans no tube flow MK4 comment faire pour trouver la longueur de rayons à prendre ?

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    • 14 août 2021 à 10 h 44 min
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      Salut Noé,

      Il existe plein de calculateurs en ligne qui te permettent de la trouver grâce à la ref exacte de ton moyeu et de ta jante (marque et modèle mais aussi boost/non boost, diamètre de la jante, etc…)

      C’est plus compliqué pour des roues OEM mais vu ta configuration tu devrais facilement trouver avec ces éléments en main.

      Répondre

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