Entretenir sa fourche VTT : vidange des fourreaux, version SRAM/Rockshox

Aujourd’hui je met enfin la main à la pâte pour écrire un article que je repousse quasiment depuis la naissance du site, que ce soit par manque de temps pour faire des photos, parce que je me demande sous quel angle prendre le sujet pour qu’il soit le plus utile, ou tout simplement parce qu’une idée plus sexy occupe mon esprit.

Alors que je prépare ma Boxxer pour son prochain voyage vers de nouveaux horizons, je vous propose quelques lignes pour parler d’une opération de maintenance courante que vous pouvez très facilement réaliser vous-même : le fameux lower leg service, qui consiste principalement à changer l’huile des fourreaux.

 

Préambule : l’entretien d’une fourche en quelques mots


Beaucoup n’osent pas s’attaquer à l’entretien d’un amortisseur ou d’une fourche par peur de faire pire que mieux. Il est vrai que le matériel VTT, et plus encore les suspensions, doit constamment allier résistance et légèreté, ce qui donne lieu à l’emploi d’aluminium un peu partout, de carbone parfois, et de manière générale de pièces sommes toutes assez fragiles qu’on ne peut se permettre de maltraiter à coups de marteau quand ça coince.

Pourtant, les opérations les plus courantes sont extrêmement simples à réaliser. SRAM recommande un entretien des fourreaux (lower leg service) toutes les 50 heures et un entretien de la cartouche (damper service) toutes les 200 heures pour une Pike, Lyrik, Yari ou encore Reba. Si l’entretien de la cartouche demande un peu plus de temps, celui des fourreaux est très basique et ne demande aucun matériel spécifique. Le prendre en charge vous-même est l’assurance de le faire régulièrement plutôt qu’attendre 200h et tout faire faire par votre bouclard ou un spécialiste de la marque.

 

Intervalles de maintenance SRAM / Rockshox

 

C’est notamment utile si vous roulez dans un milieu très poussiéreux, la poussière ayant tendance à migrer sous les joints racleurs et former une pâte extrêmement abrasive pour les plongeurs. La qualité et l’efficacité des joints racleurs étant parfois variable, il peut dans ce cas être utile de faire un petit nettoyage bien plus régulièrement que les 50h prescrites sous peine de retrouver l’anodisation de ses plongeurs au fond des fourreaux. Toute ressemblance avec un expérience personnelle serait bien entendu purement fortuite…

Bref, la vidange des fourreaux se fait plus ou moins de la même manière chez toutes les marques : on dévisse le nécessaire, on les sort en laissant s’écouler l’huile usagée, puis après avoir contrôlé, nettoyé et éventuellement changé les joints racleurs et leurs anneaux en mousse on met de l’huile neuve avant de tout remonter. Facile, non ? Bref, fin des généralités, voyons ce qu’il faut faire étape par étape.

 

Démontage


Fourche sur pied d'atelier

J’utilise pour l’exemple une Boxxer, mais l’opération est identique pour une Pike par exemple. En cas de doute, vous pouvez vous référer aux manuels SRAM mis à disposition sur le site de la marque, ils sont exhaustifs et très bien conçus. Il faudra cependant vous armer d’un peu de patience pour parcourir leurs dizaines de pages et retrouver les sections qui vous intéressent.

Si vous travaillez sur une fourche à air, bien qu’on ne touche pas à cette partie directement, une bonne pratique est de vider la chambre avant d’aller plus loin, parce que safety first. Notez aussi votre réglage de rebond, qui va potentiellement être modifié.

Si dans l’absolu vous pouvez réaliser l’opération sans retirer la fourche du cadre, c’est quand même beaucoup plus simple de le faire et vous servir d’un pied d’atelier pour la manipuler facilement, car il va falloir la suspendre pour laisser s’écouler l’huile usagée. On peut laisser le vélo sur le pied et faire tourner l’ensemble quand désiré, mais à titre personnel je trouve que c’est beaucoup d’effort quand on peut juste la retirer et en profiter pour vérifier l’état des roulements de direction et re-graisser l’ensemble.

Au niveau matériel, rien de spécifique n’est nécessaire pour le désassemblage.

Pour compléter l’opération, vous aurez besoin à minima des éléments suivants :

  • Votre set de clés allen préféré
  • Un maillet en plastique ou un marteau
  • Un bac de vidange pour les plus équipés, mais un seau ou une gamelle sacrificielle font l’affaire tant qu’ils sont suffisamment larges
  • De l’huile 0w30 Rockshox et du SRAM butter (également disponible en petite seringue)
  • Une seringue d’une contenance de 20 à 60mL
  • De l’alcool isopropylique pour tout nettoyer comme un pro
Vis de maintien des fourreaux
Une fois les tiges repoussées elles ne sont plus visibles.

En option, il vous faudra également un kit de joints racleurs qui correspond à votre modèle si vous décidez de les changer. Les kits les plus simples contiennent une paire de joints et d’anneaux en mousse (comme ici par exemple pour le kit Pike), d’autres proposent la totale avec les joints destinés à la cartouche.

Une fois votre fourche extraite du vélo, vous pouvez donc la fixer au pied par le pivot. Ici j’utilise un chiffon non pas parce que le pivot est en cristal, mais parce que le diamètre minimum de la pince n’est pas assez faible pour faire tenir le pivot. Avant de l’ouvrir, assurez-vous qu’elle soit un minimum propre, inutile de rajouter de la poussière à l’intérieur au moment de travailler dessus.

Faites pivoter la fourche pour dévoiler les fixations en dessous des fourreaux. Côté cartouche (là où vous avez le réglage de la compression) on trouve la molette de rebond. Côté ressort (que ce soit un ressort à air comme sur la Pike ou un ressort hélicoïdal sur la Boxxer Team) on trouve juste une vis.

Dévissez cette dernière sur quelques tours afin de laisser un jour de quelques millimètres entre le fourreau et la tête de la vis. Côté cartouche, retirez la molette de rebond après avoir dévissé la petite vis de maintien sur le côté. Cette molette dévoile une autre vis à 6 pans, qu’il va également vous falloir dévisser sur quelques tours.

Une fois que c’est fait, on va se servir de ces vis pour déloger les tiges des fourreaux. Avec un mallet en plastique, voir en caoutchouc (et surtout pas un marteau qui endommagerait les vis en alu), tapez quelques coups sec sur chacune des vis pour faire reculer les tiges. Chaque vis doit se retrouver au contact de son fourreau. Si ça ne vous semble vraiment pas venir, utilisez une clé à 6 pans (remarquez l’effort consenti dans cet article pour cesser d’écrire “clé allen”), insérez-la dans l’empreinte et frappez la clé avec un marteau. L’énergie est mieux transmise qu’avec un mallet en plastique plus élastique et permet souvent de déloger les tiges capricieuses.

Drainage de l'huile

Vous pouvez ensuite retirer complètement chacune des deux vis, les nettoyer et les mettre de côté. Attention à ne pas perdre les rondelles qui les accompagnent. Tirez ensuite sur les fourreaux pour vous assurer que les tiges sont bien dégagées. S’ils ne viennent pas, vérifiez chaque côté à l’endroit où vous avez retiré les vis : si le pas de vis de la tige est toujours au contact du fourreau, réinsérez la vis et répétez l’opération avec le maillet ou la clé et le marteau pour la dégager.

Attention quand vous allez tirer sur les fourreaux, si la fourche n’est pas au dessus de l’horizontal, l’huile va se mettre à couler là où l’on a retiré les deux vis. Je vous conseille donc de commencer à les retirer avec le bas de la fourche qui pointe vers le haut, puis faites pivoter votre pied pour la remettre en position verticale en accompagnant sa descente avec votre gamelle qui doit recueillir l’huile usagée.

Vous pouvez laisser l’huile se drainer jusqu’à ce que la majeure partie se soit écoulée. Si votre bac est assez grand, vous pouvez totalement retirer les fourreaux à cette étape pour gagner un peu de temps de drainage, sinon vous pouvez les laisser sur les plongeurs tant que les tiges ne sont pas en contact avec le bas des fourreaux. Sur la photo d’accompagnement je fais un mix des deux car mon seau me permet de maintenir les fourreaux à une hauteur suffisante pour qu’ils n’atteignent pas l’huile pendant le drainage.

 

Inspection, changement d’huile et remontage


Une fois que l’huile a fini de couler, sortez complètement les fourreaux si ce n’est déjà fait. Passez un coup de chiffon sur les plongeurs, à grand renforts d’alcool isopropylique si le cœur vous en dit (oui, ce machin qu’on trouve dans tous les manuels mais qu’on utilise finalement peu au jour le jour).

On va maintenant se concentrer sur les fourreaux. Commencez par évaluer l’était des joints racleurs : est-ce qu’ils sont propres ou y a t-il de la poussière agglomérée partout ? Le caoutchouc est-il tout sec ? Si vous faites des vidanges régulières, par exemple en suivant l’intervalle de 50h, inutile de changer les joints racleurs à chaque fois. En revanche, s’ils sont vieux et/ou qu’ils commencent à laisser entrer beaucoup de poussière, ce sera l’occasion de les remplacer. Je ne couvrirai pas cette partie dans cet article afin d’éviter encore une fois l’article fleuve et me concentrer sur le sujet principal.

Si vous conservez vos joints actuels, commencez donc par sortir délicatement les anneaux en mousse de leur encoche. Vous pouvez utiliser une tige fine comme une petite clé allen ou un tournevis plat pour vous y aider. Attention à ne pas endommager les bagues de guidage juste en-dessous. Évacuez rapidement l’huile qu’ils contiennent et nettoyez les avec, vous l’aurez deviné, de l’alcool isopropylique. Alternativement, vous pouvez les placer dans une coupelle avec un peu d’huile de fourche et la faire circuler et pressant dessus délicatement, ce qui devrait vous débarrasser de 90% des impuretés.

 

Vidange fourche - joints et mousses
Attention lorsque vous retirez les mousses à ne pas endommager les bagues de guidage.

 

Nettoyez ensuite les joints toujours en place au sommet des fourreaux (avec , vous l’aurez deviné, de l’alcool iso… bref). Profitez-en si vous le pouvez pour enrouler un chiffon autour d’un bâton et donner un coup de plumeau à l’intérieur des fourreaux. Attention cependant à ne pas utiliser de matériau qui pourrait endommager les fourreaux en question.

Une fois que c’est tout propre, faites tremper les anneaux en mousse dans de l’huile neuve (la 0w30 de Rockshox en l’occurrence) puis insérez-les dans leur encoche en faisant attention à ne pas les vriller. Déposez ensuite un peu du fameux SRAM butter sur la partie médiane des joints-racleurs. Évitez d’en mettre tout en haut, car elle se retrouve ensuite à l’extérieur et emmagasine la poussière très rapidement une fois sur le terrain.

On va enfin pouvoir procéder au remontage ! Assurez vous que les fourreaux sont propres à l’extérieur, surtout au niveau des orifices du bas où l’huile à tendance à couler. Insérez les tiges en faisant attention aux rondelles positionnées au fond de chaque fourreau car elles ont parfois tendance à s’en décoller et à se mettre de travers. Insérez les plongeurs en étant attentifs aux joints-racleurs pour ne pas les pincer.

 

Ajout de l'huile à la seringue
La seringue est le meilleur moyen pour remettre de l’huile facilement et dans la bonne quantité.

 

Une fois que les plongeurs sont insérés aussi loin que possible, on peut attaquer la dernière étape : ajouter de l’huile (toujours la 0w30) toute propre. Tirez un peu sur les fourreaux pour ne plus voir les tiges, puis armez vous d’une seringue, voir d’une seringue et d’un flexible si l’embout est un peu gros pour passer dans le trou. La seringue va vous permettre de mesurer la quantité d’huile injectée, que vous pouvez trouver pour votre modèle sur le site de SRAM ou ce document pour les modèles 2019. Pour un même modèle, ce volume peut varier selon le débattement et entre chaque fourreau. Pour une Pike par exemple c’est 10mL de chaque côté pour tous les modèles, pour une Boxxer aussi sauf les anciennes comme la mienne où l’on a 10mL côté transmission et 20mL de l’autre.

Une fois que vous avez ajouté la bonne quantité d’huile dans chaque fourreau, il ne reste plus qu’à faire l’inverse du démontage. Alignez les tiges avec les orifices des fourreaux, insérez vos vis et serrez le tout sans forcer davantage que raison, la préco Rockshox étant de 7Nm. SRAM recommande de changer les rondelles, mais je ne l’ai personnellement jamais fait sans que ça ne pose problème. Les kits complets avec joints racleurs et joints de cartouche contiennent souvent aussi des rondelles neuves. Finissez par installer votre molette de rebond.

Félicitations, vous avez complété votre vidange de fourche avec succès ! Il ne vous reste plus qu’à remettre la bonne pression dans la partie air si vous l’aviez dégonflée, et vous voilà repartis pour 50h.

 

Le mot de la fin


Comme vous avez pu le lire, réaliser cet entretien de base de sa fourche est vraiment simple et je vous recommande vivement d’apprendre à le faire vous-même ! Comme mentionné plus tôt, l’opération est basique et très similaire entre modèles et marques, seuls les quantités d’huile et le type de lubrifiant changent.

 

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Sébastien

Papa de Glisse Alpine et homme à tout faire depuis 2016. Rideur. Editeur. Photographe. Développeur. SysAdmin. Web Perf. SEO. Marketing. Café.

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2 commentaires sur “Entretenir sa fourche VTT : vidange des fourreaux, version SRAM/Rockshox

  • 29 mars 2022 à 22 h 19 min
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    Très bon tuto, clair et bien expliqué.
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