Apprendre le snowboard : réussir ses premiers virages

Dans ce second article de la série Apprendre le snowboard, on met le pied à l’étrier (ou plutôt dans les fix) pour enfin sortir sur les pistes. Nous allons donc voir comment parvenir à faire ses premiers virages en passant par plusieurs étapes qui vous permettrons de vous familiariser avec votre planche et la sensation de glisse. Au programme :

  • Se familiariser avec la planche et avancer sur le plat
  • Adapter la bonne posture
  • Remonter une pente
  • Se relever
  • Descendre en feuille morte sur pente faible
  • Prendre les remontées mécaniques
  • Faire une traversée
  • La traversée en guirlande
  • Les virages basiques
  • Améliorer ses virages
  • Super bonus – co-rotation, pré-rotation, contre-rotation et cross-over vs cross-under : cinq techniques de virage et cinq styles à maitriser pour les utiliser à bon escient

 

Pour rappel, vous pouvez retrouver les autres articles de cette série grâce aux liens suivants :

 

Public visé : niveau débutant    Snowboard - débutant

 

 

Se familiariser avec la planche et avancer sur le plat


La première étape dans votre apprentissage du snowbard va être de vous habituer à la sensation de glisse sur une planche. Si vous avez déjà fait du skate ou du surf, félicitations, vous allez rapidemment progresser et cette première étape va passer à vitesse grand V.

Pour débuter, une grande zone plate suffit, comme on en trouve sur les fronts de neige. Chaussez uniquement le pied avant (vous pouvez vous référer à mon article sur le réglage de fixations si besoin) en gardant le pied arrière libre.

Pour prendre de la vitesse sur le plat, il va falloir pousser avec votre jambe, comme sur une planche de skate. C’est pourquoi on parle parfois de skating. Mettez votre poids sur votre pied avant, ramenez la jambe arrière près de votre fixation arrière, poussez dessus, puis répétez l’opération.

Si vous vous êtes fait une image mentale de la chose, vous aurez remarqué qu’il reste une inconnue : de quel côté de la planche mettre son pied arrière ? Les deux sont possibles et dépendent de deux facteurs : votre préférence et l’inclinaison de la pente.

Sur le plat, utilisez le côté avec lequel vous êtes le plus à l’aise. Personnellement, je préfère avoir mon pied libre du côté de ma carre backside, mais certains préfère l’avoir côté frontside. Savoir avancer des deux manières est cependant utile, car quand vous allez devoir utiliser le skating sur une légère pente, par exemple pour accéder aux remontées qui ne sont pas toujours parfaitement plates, il sera plus aisé de mettre votre pied côté amont pour prendre appui sur votre carre. Cela veut dire qu’en tournant le dos à la montagne vous serez sur votre carre backside avec le pied côté backside, et en lui faisant face vous serez sur votre carre frontside avec le pied côté frontside.

 

 

Au début, vous allez avoir du mal à enchainer les petites poussées. Ce n’est pas bien grave, poussez une fois et ramenez votre pied arrière juste devant votre fixation arrière. Puis laissez vous glisser jusqu’à l’arrêt de la planche, en adoptant une position aussi neutre que possible : autant de pression sur chaque pied, les jambes légèrement fléchies, bras le long du corps.

Répétez le mouvement, puis petit à petit vous allez commencer à prendre de l’assurance et parvenir à enchainer les poussées sur votre pied arrière pour prendre plus de vitesse. Vous pouvez vous promener un moment comme cela pour sentir la glisse à basse vitesse et vous y habituer. Prenez un peu de vitesse, puis ramenez votre pied arrière sur la planche jusqu’à suffisament ralentir ou vous arrêter, puis recommencez.

 

Adapter la bonne posture


Durant tout votre apprentissage, il est important de maintenir une posture équilibrée, neutre et “athlétique” sur la planche. Elle consiste à être bien centré sur votre board, les bras le long du corps, genoux légèrement fléchis. Gardez le buste droit, les épaules perpendiculaires à la planche. Des angles de fixations plus tournés vers l’avant changent légèrement la donne et vont vous placer un peu plus face à la pente, tout comme la technique de la contre-rotation que nous aborderons à la fin de cet article, mais il est important d’apprendre à tourner en gardant une position neutre dans un premier temps.

Votre corps doit également être perpendiculaire à la pente. Si vous vous penchez en arrière quand la pente augmente, ce qui est un réflexe naturel, vous n’êtes plus centré sur votre planche et vous allez avoir beaucoup de difficultés à la faire pivoter.

 

Remonter une pente


Mais euh, il y a les remontées mécaniques pour ça, non ?

Bien sûr, mais il est aussi utile de savoir comment remonter quelques mètres à pied : c’est une compétence qui va souvent vous être utile, et qui va vous faire mettre le pied à l’étrier avec votre premier appui sur la carre de votre snowboard. Pour cela, trouvez une faible pente, le bas d’une piste en zone débutant suffit.

Vous voilà donc toujours avec votre pied avant dans sa fixation et le pied arrière libre. Commencez par faire face à la pente que vous souhaitez remonter, votre planche perpendiculaire à celle-ci. Votre pied arrière se trouve entre vos fixations, en amont de la planche. Le but est de prendre appui sur la planche avec votre pied avant pour effectuer un pas en avant avec votre pied arrière, puis de ramener la planche vers vous en prenant appui sur votre pied arrière.

 

 

Pour votre premier pas, il faut faire prendre un peu d’angle à votre planche, selon l’inclinaison de la pente. Si elle reste à plat sur la neige, elle va glisser dessus, et vous ne pourrez pas vous en servir comme appui. Votre pied avant doit donc être légèrement incliné vers l’avant, comme si vous vouliez attaquer la pente avec l’avant du pied sans poser le talon. Grâce à cet appui, transférez votre poids sur votre jambe avant puis faites un pas en avant avec votre pied arrière. Transférez le poids de votre corps dessus, comme si vous montiez un escalier, puis soulevez votre planche en faisant un pas en avant avec votre pied avant.

 

Se relever


Avant de continuer, un point rapide sur ce qui peut paraitre basique mais ne l’est pas forcément. Se relever n’a rien de bien sorcier, mais quelques astuces peuvent vous simplifier la vie. Tout d’abord, vous pouvez vous relever de deux côtés différents.

Le premier, c’est quand vous êtes sur vos fesses. C’est la position que vous adopterez par défaut après avoir mis les pieds dans vos fix, mais c’est aussi la moins confortable pour se remettre debout. Deux variations : amenez vos fesses près de votre planche, puis poussez avec vos bras derrière vous pour vous relever, ou décalez vous sur un côté (l’avant de la planche en général) et poussez avec votre bras en décalage latéral pour vous relever.

L’autre côté, c’est en partant à genoux. C’est la position dans laquelle il est le plus facile de se relever. Placez vos mains près de vos genoux et poussez dessus en pliant complètement ces derniers. Vous allez vous retrouver accroupi, planche à plat : il ne reste plus qu’à vous lever.

Il est paradoxalement bien plus facile de se relever quand la pente est importante que sur le plat, car vous vous retrouvez avec un avantage positionnel : vous êtes déjà partiellement relevé. Aussi, vous vous rendrez compte par la suite que certaines conditions nécessitent une technique plutôt qu’une autre, c’est notamment le cas quand vous êtes en poudreuse profonde.

Dans tous les cas, gardez la planche perpendiculaire à la pente et une pression égale sur chaque pied pour éviter de faire partir la planche dans un sens ou dans l’autre.

 

Descendre en feuille morte


Cet exercice peut facilement se faire (tout du moins au départ) en conjonction avec celui pour remonter une pente. Il va vous apprendre comment contrôler votre vitesse et vous arrêter de manière basique, ainsi que vous initier au changement de direction en jouant avec la pression exercée par chacun de vos pieds.

Commencez sur une pente douce en zone débutant, face à l’aval (le sens de la descente). Chaussez les deux pieds. Relevez-vous sur vos fesses, planche perpendiculaire à la pente. Le but du jeu est de descendre la pente sans changer de carre, uniquement en modulant la pression exercée sur vos talons pour contrôler votre vitesse. Plus l’angle entre la planche et la pente sera faible, plus vous prendrez de vitesse. Plus vous faites prendre d’angle à la planche, plus vous allez ralentir.

Puis vous allez pouvoir expérimenter un peu en modulant la pression sur chaque pied, ce qui va faire partir la planche dans un sens ou dans l’autre. Si vous exercez moins de pression sur votre talon avant, la planche va glisser davantage de ce côté et pivoter dans cette direction.

Quoi qu’il arrive, ne laissez jamais la planche revenir complètement à plat sur la neige, sinon votre carre front va venir mordre la pente et vous jeter en avant.

 

 

Une fois que vous parvenez à descendre en feuille morte sur votre carre back, vous pouvez faire la même chose mais sur votre carre front. Relevez-vous sur vos genoux, dos à la pente. Il va cette fois falloir gérer la pression sur vos orteils pour contrôler votre trajectoire et l’angle de la planche par rapport à la piste mais le principe reste le même. Le contrôle sur la carre front est plus facile car plus d’articulations entrent en jeu, en revanche vous êtes dos à la pente et il est donc plus difficile de voir où vous allez.

C’est l’occasion pour moi de glisser un premier élément technique important concernant l’appui talon/orteils. Vos fixations, à travers le spoiler, et votre boot à travers sa rigidité sont deux alliés de taille pour gérer ces appuis. L’appui orteils ne doit pas se faire en décollant le talon, mais plutôt en fléchissant les genoux pour faire appui sur la languette de la boot. Idem pour l’appui talon : gardez les genoux raisonnablement fléchis et faites pression sur l’arrière de la boot (et à travers elle sur le spoiler) pour moduler l’appui sur la carre back.

 

Prendre les remontées mécaniques


Maintenant que vous savez descendre en feuille morte, vous êtes un peu plus autonomes et capables de descendre une pente autrement que sur les fesses. Le moment est donc bien choisi pour apprendre à emprunter les remontées, qui vont vous permettre de vous entrainer sans revenir en haut d’une pente à pied.

Les remontées mécaniques ont été créées pour les skieurs, et ça se ressent quand on navigue sur une seule latte. Il est donc bien plus difficile de les emprunter quand on est snowboardeur débutant que quand on se met au ski. Le moindre tire-fesse en zone débutant peut s’avérer un challenge quand on débute : comment bloquer la perche ? Un pied ou deux dans les fix ? Comment trouver une position relâchée une fois en route ?

Le sujet est assez vaste et pour répondre à toutes vos questions je vous renvoie à l’article complet que j’ai écrit l’an dernier sur le sujet : Comment prendre les remontées mécaniques en snowboard – guide de survie du débutant.

 

Faire une traversée


Jusqu’à maintenant, vous avez appris à glisser de deux manières différentes : sur la semelle de la planche en zone plate, et sur une carre en étant perpendiculaire à la piste. Il est temps de passer à l’étape suivante et avancer avec le nez de la planche pointé dans la direction où vous souhaitez aller. Pour faire une traversée, on va reprendre les bases apprises précédemment pour gérer la pression sur une carre et ralentir ou s’arrêter.

L’exercice est relativement simple et nécessite une faible pente assez large. Positionnez-vous sur un bord de la piste, sur votre carre backside. Le but est de traverser la piste en diagonale dans sa largeur pour rallier le bord opposé. Gardez une position centrée sur la planche et évitez les mouvements de bras. Concentrez-vous sur la pression sur vos talons, comme lors de la descente en feuille morte. La grosse différence par rapport à l’exercice précédent, c’est que le nez de la planche est davantage pointé vers le bas, et que vous allez chercher à empêcher la board de déraper en prenant suffisament d’angle. Ainsi vous allez avancer en ligne droite plutôt qu’en dérapant de manière perpendiculaire à la pente. Pour vous arrêter, relâchez un peu de pression sur votre talon arrière pour que la planche revienne perpendiculaire à la pente.

Une fois sur l’autre bord, arrêtez vous, relevez-vous sur votre carre front, puis faites la même chose sur cette nouvelle carre pour atteindre le bord de piste opposé.

Le but de cet exercice est que vous soyez à l’aise avec le fait d’avancer en ligne droite sur une faible pente et vous arrêter.

 

La traversée en guirlande


Une fois le petit exercice précédent acquis, on ajoute une variation avec la traversée en guirlande. Cette fois, plutôt qu’avancer en ligne droite, vous allez amorcer une courbe tout en restant dans la même direction. Il est très important, encore une fois, que vous gardiez une posture correcte et les bras le long du corps pour éviter de “tourner avec les bras” et vous concentrer sur le maniement de la planche avec vos jambes.

Comme pour la traversée classique, élancez-vous d’un bord, sur votre carre back. Lâchez un peu d’appui sur votre pied avant pour que la planche se positionne davantage face à la pente, puis exercez plus de pression sur votre carre pour la faire doucement pivoter et revenir plus perpendiculaire à la pente. Faites de même sur la traversée sur votre carre front. Votre trajectoire doit ressembler à une guirlande sur un sapin.

Deuxième élément technique que je viens glisser dans cet article, la torsion de la planche. Une planche de snowboard est conçue pour être flexible de manière longitudinale, mais aussi de manière latérale. Cela veut dire que vous pouvez la tordre avec vos pieds et exercer davantage de pression sur une carre sur un pied et beaucoup moins sur l’autre. C’est le principe qui va vous permettre de faire pivoter la planche pendant un virage glissé, et vous l’avez déjà utilisé en apprenant la feuille morte : en mettant moins de pression sur l’un de vos pieds, la planche glisse davantage sur la neige tandis qu’elle est retenue par votre autre pied. La planche pivote donc du côté du premier pied. Lors d’un virage glissé, on cherche à garder une pression plus importante à l’avant de la planche, pour que l’arrière se décale et que la planche pivote.

L’autre manière de faire tourner une planche, c’est en utilisant son sidecut, point sur lequel nous reviendrons en détails dans l’article sur le carving.

 

Les virages basiques


Trève de plaisanteries, maintenant on attaque les virages complets. On va réutiliser tous les principes vu jusqu’à maintenant pour enfin réaliser un virage qui va nous faire passer d’une carre à l’autre. Le meilleure moyen de vous entrainer est de commencer sur une piste avec peu de pente, assez large, et déclencher votre virage à partir d’une traversée, ce que l’on a vu précédemment.

 

Le virage en carre frontside

Le virage frontside est souvent un peu plus facile à maitriser pour deux raisons : on voit facilement où l’on va et la pression sur la carre front est plus facile à moduler que celle sur la carre back.

Pour déclencher le virage, commencez par mettre un peu de pression sur les orteils de votre pied avant, puis votre pied arrière. Vous pouvez vous aider de votre genoux avant et le faire rentrer légèrement à l’intérieur de vos jambes pour compléter le virage.

 

Le virage en carre backside

Le virage backside c’est la même chose que le frontside, mais de l’autre côté !

Pour déclencher le virage, mettez un peu de pression sur votre talon avant, puis votre talon arrière. Pensez au phénomène de torsion que j’ai décrit plus haut, on cherche pour le virage sur la carre back à tordre la planche pour avoir plus de pression au niveau du pied avant. Vous pouvez décaler votre genoux avant légèrement vers l’extérieur pour finaliser le virage.

 

 

 

Problèmes courants et pièges à éviter


Un des problèmes le plus souvent rencontré est l’impossibilité de terminer le virage et la chute en arrière de la planche. Cette difficulté tire sa source d’une mauvaise posture sur la board. Souvent, la prise de vitesse au milieu du virage, quand la planche a le nez pointé vers le bas, fait peur, et nous pousse à nous pencher vers l’arrière. Le problème c’est qu’en agissant ainsi, on porte beaucoup plus de poids sur le pied arrière, alors que comme on l’a vu, c’est principalement sur la jambe avant qu’il faut exercer une pression, pour laisser l’arrière de la planche déraper davantage et la faire pivoter. En se décalant vers l’arrière, on limite fortement sa capacité à tourner, la planche reste pointée vers la pente, on prend davantage de vitesse : c’est un cercle vicieux qui se termine par la chute. N’hésitez donc pas à charger fortemment l’avant de la planche, même si la sensation peut paraitre étrange au départ.

Le piège principal à éviter, c’est de tourner à grand coup d’épaule et en envoyant les bras dans tous les sens. Oui, dans un premier temps, c’est une manière facile de tourner. Le problème c’est que vous n’avez aucun contrôle précis de votre planche, et votre progression va s’arrêter là.

 

Améliorer ses virages


Une fois que vous maitrisez les virages basiques, le meilleur moyen de progresser est d’enchainer les heures sur les pistes ! Voici néanmoins quelques astuces pour progresser rapidemment et efficacement.

Le premier point est de rapidemment apprendre à enchainer les virages. A vos débuts, vous allez partir à faible vitesse, tourner, presque vous arrêter, puis tenter le virage suivant. Entrainez vous par la suite à faire des virages moins prononcés, c’est à dire à passer plus rapidemment d’une carre à l’autre entre chaque virage pour rester davantage dans la pente.

Une fois que vous enchainez confortablement vos virages et que vous prenez de la vitesse, vous pouvez vous aider davantage de vos genoux pour modifier le comportement de la planche. En écartant les genoux ou au contraire en les rapporchant, vous influencez le flex longitudinal de la planche. Avec les genoux proches l’un de l’autre, vous l’encouragez à se tordre et les virages sont plus faciles. A l’inverse, en les écartant, vous l’empêchez de le faire et gagnez en stabilité et en accroche. Ce point est particulièrement intéressant au carving, que l’on verra dans un prochain article, mais peut néanmoins s’avèrer utile dans le reste de votre ride.

Quoi qu’il en soit, si vous en êtes là, vous êtes désormais assez autonome sur la montagne. Dans le prochain article, on s’intéressera aux pentes raides et aux techniques et principes qui prévalent dans ces conditions, afin que vous puissiez attaquer les pistes noires en toute sérénité. Mais d’ici là, j’ai un chapitre bonus à vous offrir pour développer des techniques de virage avancées.

Avec l’expérience, vous allez vouloir sans cesse améliorer vos virages. Des grandes courbes rapides aux changements de direction très soudains, plusieurs techniques voir plusieurs styles cohabitent et se prêtent plus ou moins bien à chaque type d’exercice. Certains sont controversés, d’autres s’acquièrent sans trop s’en rendre compte. Bref, il est à mon sens important de les connaitre, qu’on les utilise ou non. Dans le chapitre suivant, je vous parle de pré-rotation, co-rotation, contre-rotation et cross-over vs cross-under.

 

Co-rotation, pré-rotation, contre-rotation et cross-over vs cross-under : cinq techniques de virage et cinq styles à maitriser pour les utiliser à bon escient


Euh, c’est quoi ces termes barbares ?

La pré-rotation, co-rotation et contre-rotation sont trois philosophies différentes qui définissent l’attitude du rideur sur sa planche et la façon de tourner en snowboard. Elles sont à la base reliées à des manières différentes d’apprendre le snowboard. On considère que la technique de la pré-rotation est celle de l’école suisse, alors que celle de la contre-rotation est l’école française. Pré-rotation et co-rotation sont assez semblables tandis que la contre-rotation est radicalement différente. Voyons cela en détails.

 

Co-rotation

La technique de la co-rotation est celle que j’ai décris principalement dans cet article, car c’est celle qui confère la position la plus neutre et qui a mon sens donne les bases les plus solides pour apprendre le snowboard. A partir d’elle, il est facile ensuite de se diversifier et essayer les autres techniques.

La co-rotation reprend donc les principes énumérés, notamment celui de conserver les épaules alignées avec la planche. C’est pourquoi on l’utilise principalement avec un stance duck, qui permet une position neutre de base. On utilise au maximum les pieds pour effectuer ses virages, le haut du corps n’est pas impliqué dans le changement de direction et le transfert de masse entre avant et arrière réduit au minimum.

C’est la technique la plus “moderne” du snowboard et elle permet de conserver un très bon équilibre sur la planche. Mais si elle permet d’acquérir une technique saine et une bonne maitrise de la planche, elle n’est à mon sens pas suffisante pour attaquer les pentes vraiment difficiles et exploiter pleinement les capacités d’une planche. La technique de la co-rotation souffre dans le serré et ne permet pas la même réactivité que celle de la contre-rotation ou l’amplitude de la pré-rotation.

 

Pré-rotation

La pré-rotation (école suisse) est très semblable à la co-rotation, à tel point que l’on utilise souvent le terme co-rotation pour parler de pré-rotation. La différence majeure entre les deux vient d’une utilisation plus importante du haut du corps pour la pré-rotation. Le virage est déclenché en faisant pivoter l’épaule avant dans la direction où l’on souhaite aller. Elle s’apprend souvent en plaçant ses bras à 90° de son corps, en forme de T, afin de pointer de la main la direction souhaitée.

C’est sans doute le style le plus “surfy” de snowboard et une bonne base pour pas mal de figures freestyle. Un peu plus dynamique que la co-rotation pure, cette technique implique néanmoins beaucoup le haut du corps et souffre en partie des mêmes défauts que la co-rotation dans le serré.

 

Contre-rotation

Attention attention, opinion controversée en perspective. Vous avez déjà peut-être réalisé par le biais d’autres articles que je suis assez fan de la technique de contre-rotation. Ce n’est cependant pas une opinion des plus populaires dans le milieu du snowboard, et les arguments soulevés par ses opposants sont, pour être honnête, souvent tout à fait justifiés. Je vais donc vous expliquer comment tirer le meilleur de ce style.

Commençons par le principe de la contre-rotation ou école française (même si plus grand monde en France ne l’enseigne au grand public). Cette technique est très différente des deux autres évoquées précédemment, parce que l’on cherche à rester le plus possible avec le buste dans l’axe de la pente. Le déclenchement du virage repose entièrement sur le travail des pieds, des hanches et des genoux, et tout le bas du corp est indépendant du haut du corps. C’est une technique qui s’utilise exclusiment avec un forward stance qui permet de débloquer le bassin pour le faire pivoter facilement vers l’avant. On met également beaucoup d’appui sur le pied avant pour laisser l’arrière libre de pivoter et jouer à l’essuie-glace.

C’est une technique très utilisée en slalom, car elle permet un déclenchement ultra-rapide des virages. Elle s’avère donc très efficace là où la co-rotation et la pré-rotation manquent à l’appel : dans le serré. Le style est beaucoup moins glissé, beaucoup plus brutal, bien moins esthétique diront certains, mais il s’avère diablement efficace sur les pentes difficiles.

Et pourtant, une fois n’est pas coutume, ce style souffre de défauts, et pas des moindres. Le reproche principal qui lui est porté est la torsion importante entre haut et bas du corps. Les jambes se vissent et se dévissent par rapport au buste, ce qui met le rider dans une position de déséquilibre quasi permanente. Une fois complètement vissé dans un sens, on ne peux pas aller plus loin, il faut se dévisser dans l’autre sens. Ce dernier argument me semble cependant assez fragile quand on considère qu’une fois totalement vissé dans un sens, la planche se retrouve perpendiculaire à la piste.

Une assimilation erronée est souvent faite concernant la contre-rotation pour la critiquer : celle que l’on visse le haut du corps pour faire suivre la planche. Cette technique s’appelle simplement débuter en faisant n’importe quoi, elle n’a rien à voir avec la contre-rotation. L’idée est bien que le bas du corps soit indépendant du haut, et pas que le haut du corps entraine le bas.

Bref, la contre-rotation s’avère très utile pour tourner très court ou quand on veut naviguer dans un couloir très étroit. Mais elle ne doit pas constituer à elle-seule votre base technique. A vrai dire, pour être vraiment complet, maitriser les trois styles évoqués est d’une très grande aide. La co-rotation et la pré-rotation sont des techniques qui permettent de rider de manière relaxée et d’être très équilibré si vous voulez partir sur une pratique freestyle.

 

Cross-over vs cross-under

Dernières techniques, le cross-over et cross-under ! Rassurez-vous, on en a terminé du débat entre rotations. Ici on parle de techniques qui permettent de passer plus ou moins rapidement d’une carre à l’autre en relative ligne droite.

Le cross-over est relativement simple à comprendre : c’est un mouvement de balancier où l’on va déplacer le haut du corps au-delà d’une carre, puis de l’autre, en profitant de l’appui conféré par chaque changement de carre. C’est une technique assez logique et naturelle, utilisée la plus couramment.

Le cross-under est son opposé, et on va s’attarder dessus un peu plus longuement. Le cross-under impose de garder le haut du corps stable, et c’est la planche qui va très rapidemment passer de carre à carre et s’animer sous son corps. Pour ce faire, on utilise la flexion rapide des chevilles et des genoux, on rebondit avec l’appui dans chaque virage avant d’alléger la planche au changement de carre. Vous devez donc avoir les jambes suffisament fléchies et assez de vitesse.

Le cross-under est extrêmement fun et efficace, je vous encourage fortemment à vous y essayer !

 

Le mot de la fin


Grâce à cet article fleuve, vous avez normalement les clés pour enchainer vos premiers virages avec succès ! Il est normal que vous n’y arriviez pas du premier coup, comme pour toute activité la persévérance est de rigueur pour progresser. J’insiste encore sur ce point, privilégiez une technique propre dès le départ plutôt qu’une progression brouillon qui vous limitera par la suite.

Pour le prochain article de cette série nous continuerons cette progression en abordant les pentes plus raides. Il s’agit en effet d’un moment charnière lorsqu’on débute le snowboard, puisque savoir descendre une piste noire en étant parfaitement relâché est un élément clé pour vraiment être autonome et passer partout. C’est aussi souvent un point de blocage, ces pentes pouvant paraitre intimidantes et demandant un minimum d’engagement. Enfin, elles font souvent la part belles à des conditions difficiles : bosses ou neige très dure voir verglacée.

Bref, je vous donne donc rendez-vous dans le prochain article de la série “Apprendre le snowboard” pour tout découvrir à ce sujet : progresser et attaquer la pente en toute confiance.

En attendant, vous pouvez retrouver Glisse Alpine via sa page Facebook, me dire ce que vous avez pensé de cet article un peu plus bas dans les commentaires ou me poser vos questions au même endroit.

 


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Sébastien

Papa de Glisse Alpine et homme à tout faire depuis 2016. Rideur. Editeur. Photographe. Développeur. SysAdmin. Web Perf. SEO. Marketing. Café.

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9 réflexions sur “Apprendre le snowboard : réussir ses premiers virages

  • 13 février 2019 à 19 h 02 min
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    Un grand merci pour tes conseils que je vais essayer de mettre en pratique dès la semaine prochaine.
    Pas évident à 50 ans et quelques gamelles assurément, surtout après 45 années de ski et 30 de mono ski, mais c’est maintenant ou jamais.
    Cordialement
    Gilles

    Répondre
    • 14 février 2019 à 19 h 09 min
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      Salut Gilles,

      Merci pour ton commentaire.

      Je ne me fais pas de soucis pour toi, les sensations de glisse qu’on acquiert en ski aident bien à embrayer sur le snow !

      Répondre
  • 24 février 2021 à 9 h 40 min
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    Hello! En direct de Vallandry, en periode Covid, a defaut de skis (impossible de trouver 4 paires dispo ds la station!) j ai loué des snow pour initier mes 2 ados. Problème: ts les monos sont pris d assaut! Donc je m y colle. Mais si je sais plutot bien surfer, je ne suis pas prof! Et j ai appris en 1996 sur un alpin, a l ancienne, avec 30degres a chaque pied. Inutile de te dire que toute la suite n a été que feeling et adaptation, pour des sensations de folie. Alors si je dois transmettre il me fallait un peu de background theorique. Tes pages m ont bien aidé! Donc mes gars vont apprendre la french way, en canard, en demarrant avec la corotation, et maintenant je sais pourquoi 😉 un grand merci

    Répondre
    • 24 février 2021 à 20 h 46 min
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      Salut Olivier,

      Oui, et même si l’on a appris dans les règles de l’art, après des années de pratique tout est devenu instinctif et il est bien compliqué de se rappeler pourquoi on fait quoi ! Du coup c’est vrai qu’apprendre aux autres peut vite se transformer en “Regarde, il suffit de tourner, hop, c’est facile, non ?” 😀

      Répondre
  • 9 janvier 2022 à 8 h 34 min
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    Ces explications sont géniales ! Merci ! Pourriez-vous juste insister un peu sur les virages et développer …. Je débute et, malheureusement, je reste toujours un peu trop sur la défensive … Est-ce parce que j’ai chuté il y a deux ans sur du verglas et me suis fracturé le sacrum ?! Peut-être !!!
    On me dit de mettre mes deux mains sur le genou avant, ou de balancer mon bras là où je veux aller…. Qu’en pensez-vous ?!
    En attendant, encore merci ! Il y a des petits trucs qui se débloquent quand je vous lis !!!

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    • 10 janvier 2022 à 11 h 34 min
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      Salut Bénédicte,

      Balancer le bras non, surtout pas, par contre pointer du doigt là où tu veux aller oui, c’est une méthode utilisée couramment pour apprendre à tourner et à laquelle je fais référence dans la partie “pré-rotation”.

      Répondre
      • 10 janvier 2022 à 21 h 39 min
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        Merci beaucoup ! Je vais mettre ça en pratique dès demain !
        En attendant, c’est vraiment top d’avoir des explications et des conseils, comme ça, sans contrepartie ! Vraiment vraiment chouette ! Je vais de ce pas en parler sur nos pages Facebook : Windsurf filles et Bic Sport Fan !
        A bientôt

        Répondre
  • 20 mars 2022 à 9 h 41 min
    Permalien

    Bonjour les riders !
    En effet, pour avoir fait ma 5 ou 6eme session de snow et après avoir commencé tout juste cette même année (2022), je trouve les explications très clair et surtout très juste !

    Même pour un débutant, cela me semble très clair à comprendre (car je suis moi même encore un débutant).

    Et j’insiste sur le fait de SE PENCHER EN AVANT car se pencher en arrière c’est pour moi LE gros problème en snow !
    On n’arrivera jamais à rien si on se penche en arrière et c’est un train gros frein à l’apprentissage.

    Merci pour les explications, je vais maintenant suivre tes prochaines techniques pour apprendre davantage.
    Comme pour les co-rotation etc.
    Des termes que je ne connais et ne maîtrise absolument pas.

    Bonne glisse à tous les riders !

    Répondre
    • 20 mars 2022 à 23 h 29 min
      Permalien

      Salut FloSnow,

      Tout à fait, je pense que je le mentionne régulièrement dans plusieurs des articles de cette série, se pencher en arrière en même temps que l’on essaye de tourner est probablement le plus gros point de blocage tant chez les grands débutants qui essayent de boucler leur premier virage que ceux qui s’attaquent à des pentes plus importantes !

      Répondre

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