VTT semi rigide ou tout suspendu

VTT semi-rigide ou tout-suspendu, comment choisir le meilleur ?

Si vous lisez ces lignes, il est probable que vous soyez en quête de votre première machine pour affronter les singles. Une question se pose alors, choisir un VTT semi-rigide ou un tout-suspendu ? Tout d’abord, revenons rapidemment sur ces termes.

Un semi-rigide, ou hardtail, est un VTT dont le cadre est concu en une seule partie. Une fourche suspendue à l’avant constitue le seul élément de suspension, l’arrière étant totalement rigide. Quelques rares modèles sont des soft-tails : un certain degré de souplesse est laissé au triangle arrière pour améliorer le confort, voir lui donner jusqu’à l’équivalent de 15 à 20mm de débattement. C’est le cas du BMC Teamelite qui possède à la jonction entre les haubans et le tube de selle un élément en élastomère, ou le Trek ProCaliber dont le tube de selle est découplé du reste du cadre.

Un tout-suspendu possède quant à lui, en plus d’une fourche suspendue, un amortisseur sur lequel s’appuie un cadre en plusieurs parties : le triangle arrière est dissocié du triangle avant et pivote par rapport à celui-ci pour permettre à la roue arrière de monter et descendre au gré des obstacles présents sur le terrain.

 

VTT tout-suspendu

Un cadre tout-suspendu qui illustre le mouvement du triangle arrière lorsque la suspension travaille.

 

Une histoire de rendement en montée

Si les avantages apportés par la supension arrière en termes de facilité de franchissement ou de confort sont facilement identifiables, un problème a longtemps mis en échec les tout-suspendus. Sous l’effet des forces exercées au pédalage, celle-ci a naturellement tendance à s’enfoncer avant de revenir en position. En effet, chaque coup de pédale accélère le vélo, entrainant un déplacement des masses vers l’arrière. On perd ainsi une part de l’énergie dépensée pour avancer, ce qui nuit au rendement.

Pour y remédier, les tout-suspendus sont équipés d’un système appelé « anti-squat ». La cinématique de la suspension arrière est conçue de telle manière à ce que la tension exercée à travers la chaine par chaque coup de pédale limite ce phénomène. Bien que des petites disparités existent encore entre les différentes marques et modèles, notamment à cause des compromis nécessaires pour allier performances en montée et en descente, on peut de manière globale affirmer que depuis quelques années ce fléau affectant les tout-suspendus a été très majoritairement éradiqué.

« Une suspension arrière bloquée n’est pas toujours la meilleure solution, même en montée. »

Les tout-suspendus modernes peuvent donc être de très bons pédaleurs, modulo la philosophie qui les anime. Les plus orientés « gravity » seront forcément moins bons dans ce domaine que ceux destinés au cross-country.

L’autre système qui permet aux tout-suspendus de performer dans ce secteur, c’est le bloquage de l’amortisseur. On bascule un levier, et paf, ça fait des chocapics la suspension arrière devient rigide.

Mais alors pourquoi s’embêter avec l’anti-squat si l’on peut simplement bloquer l’amortisseur ? Parce qu’avoir une suspension arrière bloquée n’est pas toujours la meilleure solution, même en montée. Dans les passages techniques, une suspension ouverte va permettre à la roue arrière de rester collée au terrain et conserver une très bonne traction tout en gommant chaque obstacle qui aurait tendance à stopper le vélo. Cela permet de continuer à avancer dans des situations difficiles et de s’économiser.

Malgré ces avancées technologiques, il sera pour un tout-suspendu toujours plus difficile d’être bon grimpeur qu’un semi-rigide en terrain peu ou pas accidenté. Pourquoi ? Principalement parce que cette suspension alourdit le vélo, et, bien souvent, rend l’arrière un peu moins rigide, même une fois la suspension bloquée. On perd donc un petit peu de rendement face à un semi-rigide. La question à se poser est alors : est-ce que cette différence efface pour moi les multiples avantages qu’apportent un tout-suspendu ?

 

Le cross-country, dernier refuge du semi-rigide ?

La conclusion de la partie précédente semble donc être la suivante : à moins de vouloir à tout prix chercher le chrono en montée, le tout-suspendu s’impose naturellement, non ?

Chercher le chrono en montée, ou tout simplement sur un circuit où les dénivelés positifs et négatifs s’annulent, c’est le domaine du cross-country, aussi abrégé XC. A haut niveau, il consiste à compléter plus vite que ses concurrents plusieurs boucles sur un circuit fermé.

Pendant longtemps, le XC a été un peu snobbé par pas mal de pratiquants plus intéressés par une pratique descendante, car les circuits étaient peu techniques et on ne pouvait s’empêcher d’être circonspect en voyant les athlètes tourner sur un chemin en terre qui aurait pu être emprunté par des cyclo-crosseux. Mais ces dernières années, force est de constater que les parcours sont devenus de plus en plus techniques, avec de réels challenges en descente, qui ne sont pas, certes, des spéciales d’enduro, mais ne laissent pas de marbre quand on connait les machines utilisées et la position des coureurs qui s’y engouffrent selle haute. Des riders comme Nino Schurter montrent qu’en plus d’être physiquement au top, pas mal d’entre eux sont aussi très bons techniquement.

Alors pourquoi est-ce que je vous raconte tout ça ? Simplement parce qu’aujourd’hui, même au sein des coureurs en lycra qui vont chercher le moindre gramme sur leur vélo, le tout-suspendu est devenu la norme. Il suffit pour s’en convaincre de regarder les vélos utilisés aux championnats du monde 2016. Prenons le top 3 :

  • Nino Schurter : Scott Spark
  • Jaroslav Kulhavy : Specialized S-Works Epic WC 29
  • Julien Absalon : BMC Fourstroke

 

BMC-Fourstroke

Le BMC Fourstroke en configuration « publique ».

 

Leur point commun ? Tous utilisent un tout-suspendu.

Quand on sait la difficulté à rattraper en descente le moindre retard engendré en montée, l’utilisation de ce type de vélo en dit long sur le chemin parcouru par les tout-suspendus pour se hisser au plus haut niveau de performance dans cette discipline.

Le semi-rigide semble donc mort, relégué aux bas étages du marché premier prix. A moins que…

 

L’endurigide, ou le retour du semi-rigide là où on ne l’attendait pas

Ah, l’endurigide ! Ce vélo que j’aime tant détester ! Et pourtant, je suis bien obligé d’en parler, tant ceux qui l’aiment n’ont de superlatif assez fort pour décrire leur amour de leur monture.

L’endurigide, c’est une philosophie qui fait le grand écart entre deux extrêmes du VTT, une vision moderne du retour aux sources. Le principe, c’est de transporter la simplicité d’un semi-rigide en terrain difficile pour le transformer en machine qui envoie en descente. Pour ce faire, on crée un cadre qui accepte des fourches destinées aux all-mountains voir aux enduros, donc 150 à 160mm, et on adapte la géométrie dans le même sens : angle de chasse réduit pour faciliter le pilotage dans la pente forte, boitier de pédalier relativement bas, empattement plutôt conséquent pour assurer une bonne stabilité à haute vitesse mais bases réduites pour aider la manoeuvrabilité. Bref, vous l’aurez compris, l’endurigide, c’est un enduro sans suspension arrière.

Les raisons de son succès ? Un prix défiant toute concurrence pour un vélo qui passe partout avec une relative facilité. Et un peu de hype. Parce que l’endurigide reste un peu confidentiel, n’espérez pas en trouver un prêt à rouler chez une grande marque. Il vous faudra plutôt vous tourner chez les petits fabricants, quitte à acheter un cadre seul, comme par exemple le Shan de… Production Privée.

 

Production Privée Shan GT

La géométrie des endurigides est aux antipodes du classique semi-rigide de XC, comme ici avec le Shan GT de Production Privée.

 

Une question reste sans réponse, pourquoi ai-je alors un grief contre ces vélos ? En réalité je trouve le concept plutôt bon dans le sens où il permet de se faire un semi-rigide qui assure dans le technique à moindres frais, alors qu’auparavant semi-rigide rimait obligatoirement avec géométrie destinée au cross-country.

Le problème c’est le hype autour du concept « Less is more ». A entendre pas mal d’enduridigistes (!), leur vélo monte aux arbres comme un XC et descend aussi vite qu’un enduro. En réalité, un endurigide reste un semi-rigide et passera bien moins rapidement en terrain difficile qu’un tout-suspendu équivalent, tout en fatiguant plus le pilote. En revanche, le gain en termes de franchissement n’est pas à sous-estimer : c’est un vélo qui met en confiance et permet de passer à peu près partout avec une relative facilité, mais pas à la même vitesse qu’un tout-suspendu destiné aux mêmes types de terrains.

 

Le tout-suspendu est donc incontournable ? Reste t-il des avantages au semi-rigide ?

Tout est question du type de pratique visée, comme je l’expliquais déjà dans mon article sur les différents types de VTT. Pour une pratique récréative sur des chemins typés XC, un semi-rigide fait tout à fait l’affaire. Si vous souhaitez un vélo simple et abordable qui passe facilement dans le technique et le pentu, l’endurigide peut se révéler une bonne option, à condition de connaitre ses points faibles. Pour tout le reste, il y a le tout-suspendu, qui se décline en moultes variations selon vos objectifs. Encore une fois, je vous conseille de lire mon article sur le choix d’un VTT pour y voir plus clair quant aux différentes catégories de machines, leurs points forts et leurs points faibles.

« D’autres critères que la performance pure peuvent vous faire préférer un semi-rigide. »

Mais d’autres critères que la performance pure peuvent vous faire préférer un semi-rigide. C’est notamment le cas si votre budget est limité, comme j’y faisais allusion précédemment. Que l’on parle de petit XC d’entrée de gamme ou d’endurigide, ces vélos se révèlent bien moins onéreux que leurs équivalents tout-suspendus.

Cet argument tarifaire se retrouve aussi au niveau de l’entretien. Pas de roulements à changer sur le cadre, pas de révision d’amortisseur à faire ni de changement de bagues à ce niveau. Le coût de cet entretien supplémentaire peut sembler trivial quand on considère celui des autres consommables, mais si vous ne faites rien vous-même et préferez confier votre vélo à un bouclard, ils ne sont pas anodins pour un petit budget.

 

Conclusion

En 2017, si le budget est là, et à moins d’être un compétiteur acharné en lycra, il n’y a plus vraiment de raison de ne pas passer au tout-suspendu, tout du moins en VTT principal.

Plus confortable, moins fatiguant en terrain difficile et dans les descentes où il est aussi bien plus rapide, le tout-suspendu est maintenant un excellent premier choix, quelle que soit la discipline. Avec un tout petit peu d’expérience, on obtient aussi d’un tout-suspendu un flow bien différent d’un semi-rigide, ce qui rend chaque descente largement plus agréable.

Il reste cependant un point auquel le débutant doit prêter attention : le semi-rigide est une excellente école qui vous permettra de vous forger une bonne base technique, là où faire ses premiers tours de roue sur un tout-suspendu peut entraver cette progression en offrant trop de facilité.

Avec tous ces éléments en main, vous devez normalement avoir bien avancé dans votre choix. Vous êtes plutôt partant pour un semi-rigide ou vous avez succombé aux charmes du tout-suspendu ? Dites-le moi dans les commentaires et n’hésitez pas à me poser vos questions pour éclaircir les dernières zones d’ombre !

 

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