Test Salomon Malamute

Snowboard – Test des boots Salomon Malamute

L’hiver 2015/2016 a eu raison de mes Nitro Anthem, qui se sont bien trop ramollies à mon goût. Elles restent utilisables, mais entre le manque de rigidité et le tassement du chausson, j’ai fini la saison avec les chevilles un peu en vrac et la tâche ardue de leur trouver des remplaçantes pour la saison suivante.

Tâche difficile, car ces boots, je les aimais. Nitro est reconnu pour faire des chaussons ultra confortables, et ma paire n’y faisait pas défaut. Mais après un peu moins d’une centaine de grosses journées, j’ai du me rendre à l’évidence : entre nous, plus rien n’était comme au premier jour.

Plutôt partant pour une boot très rigide qui me permettrait de carver en laissant des tranchées sur la piste, c’est finalement avec des Malamutes que j’ai entamé la saison 2017 (inutile de mentionner la fin 2016 vu les conditions d’enneigement que nous connaissons tous). Je vous propose dans cet article de découvrir cette boot et ce que j’en pense après quelques journées de ride.

 

Fiche technique

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Salomon utilise sa technologie Contagrip pour assurer l’accroche de la semelle extérieure.

Avec ce modèle dont le nom s’inspire du chien de traineau du grand nord, Salomon propose une boot pour le freeride musclé avec une rigidité qui se situe tout là-haut, et une étiquette affichant un prix qui le reflète. C’est tout simplement, à ma connaissance, le modèle le plus dispendieux de la gamme, et il est avant tout destiné aux rideurs avancés à experts.

Au niveau des technologies employées on trouve un système de barres en plastique (les « Energizer Bars ») qui permettent de customiser la boot au niveau de deux paramètres : la rigidité latérale et la rétention du talon. Très faciles à insérer ou retirer, elles se révèlent plutôt efficaces, notamment en ce qui concerne celles destinées au chausson pour la rétention du talon.

On retrouve aussi un vrai chausson thermoformable (c’est à dire qu’on peut le passer au four en plus qu’il se fasse naturellement au pied grâce à la chaleur dégagée par celui-ci en ridant) Platinum 4D ainsi qu’un strap pour maintenir le talon en place, et un revêtement spécifique autour de ce dernier pour « agripper la chaussette » (selon les paroles mêmes de Salomon).

Le système de laçage est plutôt complexe quand on le compare à du BOA (présent par ailleurs sur le petit frère de la Malamute, la Synapse) ou TLS, mais permet, selon la marque, un serrage très précis. Baptisé « Power Lock », nous verrons dans la suite de cet article que son côté pratique, mis en avant sur la page de présentation du produit s’avère quand même un tantinet surfait.

L’adhérance au sol est assurée par une semelle extérieure Contagrip, la techno Salomon.

 

Ressenti chaussures aux pieds

J’ai passé en tout plus de deux heures avec ces boots aux pieds avant de les acheter, autant dire que j’ai eu le temps de jouer avec et me concentrer sur le ressenti avant même d’attaquer les pistes !

Commençons par l’aspect extérieur : la boot respire la qualité, c’est plutôt rassurant quand on dépasse les 300€ en prix public. Le système de serrage donne en revanche le tournis au premier coup d’oeil.

Au moment de mettre le pied dedans, déception : on est loin du confort immédiat d’un chausson Nitro, ce que j’ai pu confirmer en essayant ensuite une paire de Nitro Team. Il est beaucoup plus ferme, on a plus l’impression d’être enfermé dans une chaussure de ski que de flotter dans du coton.

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Gros plan sur le système de serrage extérieur diabolique.

Quand le laçage commence, c’est le début d’une grande aventure. Tout d’abord, on peut commencer par serrer le chausson, qui possède un système relativement standart et un taquet « Sure Lock » qu’on peut bloquer en relevant un petit levier. Sans être révolutionnaire, c’est plutôt bien vu comparé à d’autres systèmes qui nécessitent de serrer un peu plus fort à cause du relâchement lors du bloquage.

On peut ensuite utiliser la fameuse sangle qui maintient la cheville en place. Equipée d’un velcro qui vient s’accrocher en diagonale sur la partie supérieure du chausson, elle semble un peu longue pour la morphologie de mon pied : je parviens à serrer comme je veux, mais je n’ai pas une grosse marge sur la longueur de velcro accrochée. Un point qui mérite donc d’être suivi pour s’assurrer que cela ne pénalise pas sa qualité dans le temps.

Enfin, le laçage de la boot en elle-même. Quand on vient d’un système TLS il n’y a qu’un seul mot pour le décrire : laborieux. On est en présence d’un unique lacet, qu’on vient bloquer dans un premier taquet après avoir serré la partie basse. Jusque là, tout va bien. En revanche, il ne faut pas être pressé pour s’occuper de la partie haute. On doit croiser à deux reprises comme sur une chaussure de rando, sauf qu’avec notre unique lacet, on fait des boucles, on s’y perd, bref, un fois arrivé au dernier taquet on est bien content d’en avoir terminé. Ce dernier taquet est bien conçu pour bloquer le lacet, mais il faudra encore passer dans un ultime appendice, le « criss-cross », pour réellement verouiller notre réglage. Tout ça pour dire qu’un jour de peuf, il vous faudra soit embarquer une autre paire de boots, soit vous lever très tôt !

Est-ce un deal breaker ? Certainement pas, après tout on serre ses boots une fois le matin et il est rare de revenir dessus en cours de journée. Mais est-ce que ce système complexe était vraiment utile ? En ce qui concerne le chausson et le maintien de la cheville, aucun regret, comme on va le voir dans le test sur le terrain, c’est réellement efficace. En revanche, sur la partie haute, on peut se poser des questions. Est-ce une volonté de la part de Salomon d’offrir plus de souplesse pour une utilisation raquette/splitboard ? Un système de type TLS est en tous cas bien plus facile à utiliser sans enlever les gants une fois en haut tout en laissant une bonne liberté de mouvement. Si sur le principe l’idée est bonne (le réglage est potentiellement très précis), dans la pratique il est impossible de serrer suffisament fort chaque étage à mains nues, et on finit par tirer la poignée une fois le lacet passé dans tous les crochets, ce qui revient au même qu’en TLS.

Bref, une fois le laçage terminé, on peut enfin découvrir le résultat. Et là, on se rend compte de la rigidité et du flex réels de la botte : il faut vraiment se laisser tomber pour les plier, et on revient en position avec très peu d’effort. C’est assez déconcertant au début, et je dois avouer que je me suis pour la première fois posé la question : « est-ce que ce n’est pas trop rigide ? ».

Quant au confort dans le chausson, bien que très dubitatif au début, les longs moments passés en leur compagnie m’ont fait les apprécier plus que je ne l’aurais cru. Ils se révèlent plus confortables une fois les pieds aux chaud qu’au premier abord. La petite douleur sur l’extérieur du pied que j’ai ressenti au début s’est estompée au fur et à mesure que le chausson commençait à s’adapter à mon pied.

Le maintien du talon est excellent, point important pour moi vu que les miens sont assez étroits alors que j’ai l’avant du pied plutôt large. Les J-bar en plastique apportent encore un meilleur maintien. La différence est subtile mais bien présente quand on essaye une botte avec et l’autre sans. J’ai cependant décidé de ne pas les utiliser jusqu’à maintenant : le maintien est suffisant sans, et elles pourraient éventuellement m’être utiles quand ma paire sera en fin de vie et que le chausson seul ne suffira plus à bien maintenir mon talon.

Salomon Malamute - chausson

Le chausson Platinum 4D et les fameuses Energizer Bars qui s’y glissent pour améliorer le maintien du talon.

Au niveau pointure, la première paire essayée en 45 2/3 fut la bonne, très proche du 45 1/3 de mes Anthem. Au niveau footprint reduction, ou longueur de la boot par rapport à sa pointure, elle est virtuellement identique à mon ancienne paire.

Fait intéressant, j’ai pu tripoter pas mal de boots pendant mes essais, et les indices de rigidité ont semble t-il pas mal évolué chez Nitro : j’ai clairement eu l’impression que la Team, qui est censé être plus rigide que l’Anthem, l’était moins que mes anciennes. Difficile de vérifier l’information via le site de Nitro, dont la philosophie est radicalement différente de Salomon à mon sens : quand le premier propose une vaste gamme de boots bonnes à tout faire, le second segmente assez précisément son offre en proposant des modèles à la personnalité distincte.

 

Test sur le terrain

Premier point positif par rapport à mon ancienne paire en sortant du télésiège : enfin une semelle extérieure à la largeur correcte ! Elle était ridiculement étroite (et donc instable) sur les Anthem 2013, ce qui m’a toujours donné l’impression de rider à un pied comme un débutant pendant sa première après-midi de snowboard. Sur les Malamutes, on est bien planté sur la board, et la semelle accroche fort : pour l’instant tout va bien.

Une fois les deux pieds dans les fixs, passer d’une boot à la rigidité moyenne et passe-partout à un modèle aussi rigide que la Malamute est tout simplement une révélation. Si j’en attendais principalement un meilleur support et plus de puissance en frontside, je me suis vite rendu compte que la boot haut de gamme du fabricant français offrait une expérience bien différente de ce que j’avais pu vivre jusqu’à présent.

Pendant les premiers virages, c’est très surprenant, principalement au niveau du pied arrière : l’appui en frontside est tout simplement énorme, et il faut enchainer quelques descentes pour être vraiment à l’aise et faire pivoter la planche aussi facilement qu’avant. Loin, très loin de la mouvance « no-highbacks », on est avec ces bottes littéralement enracinés sur la planche, pour le meilleur, ou pour le pire.

Salomon Malamute - laçage chausson et sure lock

Le système de verouillage Sure Lock fonctionne bien ; dommage cependant que les vis de montage du criss-cross viennent appuyer dessus…

Au carving, cet appui supplémentaire sur le pied arrière est démentiel. Autant en backside la différence est moins marquée (ce qui est logique, vu qu’on est déjà bien aidé des spoilers pour faire passer la planche sur la tranche), autant en frontside c’est le jour et la nuit. En plus d’être très rigides, ces boots possèdent un forward lean naturel peu prononcé, entrainant une posture plus droite que d’autres modèles qui placent les tibias dans une position plus aggressive. De ce fait, plier un peu les genoux suffit à déclencher le virage à la vitesse de l’éclair.

Bien sûr, il est toujours possible d’adapter le serrage de la partie haute pour s’accorder un peu plus de souplesse, mais choisir de le faire serait passer à côté du potentiel de ces bottes.

Après plusieurs journées, les boots se détendent un peu, ce qui est normal, et on prend petit à petit leur mesure en s’adaptant au surcroit de rigidité.  Si l’on parvient à retrouver un peu plus de mobilité que pendant les premiers virages, ne vous y trompez pas : c’est dans le gros et rapide que les Malamutes prennent vie.

D’une manière générale, au carving, j’ai un peu l’impression d’avoir mis les pieds (!) dans un nouveau monde depuis que j’utilise ces boots. Alors que je pensais être limité par les capacités de ma Highlife dans la neige dure, c’est comme si un nouvel univers s’ouvrait à moi et que je retrouvais une marge de progression sans limite. Là où il était avant difficile de tenir la carre même avec un fort appui vertical, j’ai pu facilement pousser sur les appuis sans que ça décroche. A ma grande surprise, lors de ma dernière session, j’ai pu sur une même piste resserrer les virages passage après passage, jusqu’à finir par me demander pourquoi il me fallait utiliser toute la largeur de la piste quelques heures auparavant !

Dans le bosselé, on bénéficie du soutien important que confère la rigidité de la botte. Si c’est un point positif indéniable dans les pentes modérées et rapides, on perd la sensation un peu « surfy » des boots plus souples qui permettent de naviguer les bosses plus en souplesse qu’en puissance. Si les Malamutes permettent de tordre n’importe quelle planche, c’est votre capacité à tordre les boots qui va limiter vos mouvements pour naviguer dans le serré. Cette boot demande à être brusquée, pas à faire dans la dentelle.

Vu les conditions d’enneigement actuelles, je n’ai malheuresement pas eu l’occasion de rider assez en poudreuse pour me faire un avis tranché. Si à la fin de ma première journée je m’interrogeais sur le choix d’une boot si rigide dans la peuf et les sapins (on en revient à la souplesse nécessaire pour rider dans ces conditions et un « touché de neige » moins bon), après plus de temps passé en leur compagnie et une période d’adaptation bienvenue je les vois sans problème cocher la case du hors-piste, avec les avantages que confère leur rigidité quand les conditions sont difficiles (neige croûté, très traffolée, etc…). Seul le temps (et les prochaines chutes de neige) permettront de valider ou non cette hypothèse.

Salomon Malamute - sangle talon et ernergizer bars

On retrouve une paire d’Energizer Bars dans chaque chaussure pour améliorer la rigidité latérale, et la sangle de maintien du talon très efficace.

Au niveau confort, les craintes que j’avais concernant l’appui tibia et les frottements associés que j’avais pu légèrement sentir à l’essai se sont dissipées. Si ça frotte en effet un peu plus qu’avec les Nitro, j’ai pu enchainer deux journées de suite sans problème. L’emploi par Salomon d’une mousse assez dense sur ce modèle rigide est compréhensible quand on se rend compte de la force exercée sur la languette de la boot et de la transmission de puissance à travers elle.

Si les chaussons Nitro restent dans l’absolu plus confortables, je dois avouer qu’après les quelques désagréments usuels lors des premières descentes, je suis très à l’aise dans celui de Salomon. La petite douleur sur le côté du pied, principalement à gauche, est revenue par intermitence, mais uniquement côté droit, pendant les deux premières journées. Ensuite, le chausson commençant à prendre forme, plus aucune problème.

Un point intéressant concernant la rigidité de la botte est qu’on peut serrer ses fixations sans crainte de trop serrer à travers la boot, comme ça peut être le cas sur des modèles plus souples.

Au niveau chaleur et étanchéité, rien à signaler, mes pieds sont restés parfaitement secs et chauds.

 

Conclusion

Les Malamutes sont-elles les meilleures boots rigides du marché ? Aucune idée, pour l’affirmer il me faudrait tester toutes ses concurrentes, et vous l’aurez compris, il y a peu de chances que ça arrive.

La question est donc : est-ce que la Malamute est une bonne boot, et est-elle celle qu’il me (vous) faut ? Si vous aurez deviné la réponse à la première partie de cette question en lisant cet article, il est intéressant de développer la seconde.

En ce qui concerne la rigidité, je pense avoir atteint le point où je peux dire qu’il est possible de tomber dans l’excès et avoir du matos trop rigide. Et c’est particulièrement intéressant : atteindre la limite, puis revenir en arrière pour affiner ses préférences est une expérience que la plupart des riders qui s’intéressent au matériel devraient faire. Malheureusement, nos budgets n’étant pas illimités, il est difficile de toucher du doigt les limites de ce que le marché et la technologie proposent, et donc de se situer précisément sur ce point.

La Malamute est-elle une boot pour tout le monde ? Certainement pas. Même avec un très bon niveau, j’imagine sans problème beaucoup faire l’impasse sur ce type de modèle pour quelque chose de plus souple. Les sensations sont indubitablement différentes, ce qui se ressent dans la façon de rider. Les petits gabarits peuvent aussi être pénalisés par ce type de boot. Les Malamutes demandent qu’on leur rentre dedans pour s’exprimer, et n’imaginez pas les utiliser avec une planche et des fixations souples. Si elles soutiennent tellement la cheville que vos mollets vous en remercieront dans un premier temps, ne vous y trompez pas : elles permettent un tel transfert de puissance que c’est tout votre corps qui va devoir suivre pour les accompagner dans des courbes plus serrées qu’avant, pomper plus fort en virage pour sortir encore plus vite, et d’une manière générale envoyer plus gros qu’avant.

Elles demandent aussi beaucoup de précision dans les appuis et ne sont donc absolument pas adaptées aux débutants. Pour une utilisation polyvalente plus relaxée qui comprend des passages réguliers au snowpark en plus d’un bon quota de piste et hors-piste, d’autres modèles se révèleront plus confortables sur une large plage d’utilisation. En revanche, pour un adepte du carving qui veut progresser dans ce domaine et creuser des tranchées en neige dure sans passer sur du matos alpin, elles sont tout simplement géniales.

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2 Comments

  1. Bonjour,

    Merci pour cet article, et pour ce test rondement bien mené.

    En 2002 je m’offrais ma 3ème paire de boots, je suis tombé par hasard sur … des Salomons.
    Une révélation à l’époque, où pour la première fois j’avais le sentiment que l’ensemble de mon pied était maintenu à 100%. 15 ans après elle m’accompagne encore, et je viens de terminer ma semaine sans me plaindre. Oui elles sont fatiguées, le laçage est laborieux et le design un peu désuet mais quel bonheur d’investir dans un si bon produit ! Il est temps pour moi de passer à un nouveau modèle et j’espère qu’une nouvelle paire Malamute me fera ressentir ce plaisir encore dans 10 ans !

    • Salut Rems,

      Merci pour ton commentaire !

      En effet le fit d’une boot varie selon les marques et dépend vraiment du pied de chacun. Quand on se sent bien dans une chaussure il est en général assez facile de trouver son bonheur dans les autres modèles de la marque, les volumes étant la plupart du temps similaires.

      La tenue dans le temps dépend de pas mal de choses, mais je ne me fais pas trop de soucis pour ce modèle. Les retours sont très positifs au niveau de la longévité des millésimes précédents, notamment de la part des spliteux qui l’utilisent comme boot de rando.

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