snowboard sidecut

Snowboard – Tout ce qu’il faut savoir sur le sidecut

Aujourd’hui, petit point technique sur une partie de nos planches qui ne suscite que rarement l’intérêt qu’on devrait pourtant lui porter : le sidecut.

 

Le sidecut, késako ?

Le sidecut est la partie qui se situe entre vos spatules, de chaque côté de la planche. C’est cette découpe qui permet à la planche de prendre des courbes serrées à faible vitesse ou de se montrer très stable dans les courbes rapides à Mach 10. Il se situe entre les points de contact A et B sur mon superbe schéma que vous pouvez trouver un peu plus loin, points qui délimitent la longueur de carre effective.

Lorsque vous inclinez la planche sur une piste, c’est grâce à cette découpe à la forme particulière que la planche va tourner. Si elle était droite, vous iriez… tout droit.

Mis à part les brèves transitions sur la semelle, la géométrie du sidecut influe donc la trajectoire de votre planche à tout moment, ce qui en fait un élément qui concerne aussi bien freeriders qu’amateurs de park. Cet article va toutefois particulièrement vous intéresser si, comme moi, chaque seconde passée sur une piste damée à la perfection est une invitation à creuser de profonds sillons. Parce que oui, le carving, c’est la vie. Ou presque.

 

snowboard carving

Impossible de faire l’impasse sur un sidecut adapté si l’on carve à tout bout de champs.

 

Le sidecut radius, rayon de carre ou rayon de courbure

Vous l’aurez remarqué sans mon aide, le sidecut de votre planche décrit un arc de cercle. C’est en mesurant le rayon de ce cerle imaginaire que l’on obtient le sidecut radius ou rayon de courbure. Quand on parle de sidecut sans plus d’information, on parle en général de ce paramètre.

Plus cette valeur est importante, plus le sidecut est ouvert. Pour une inclinaison donnée, la planche va donc décrire une courbe plus large, tandis qu’un rayon plus réduit permet à la planche de virer plus serré.

Les planches destinées à carver sur piste sont celles dont le rayon de courbure est le plus important. En poussant l’exemple à l’extrême, on retrouve les planches alpines, allant jusqu’à 15 mètres pour celles utilisées en slalom.

Mais euh, ce n’est pas contre-intuitif d’avoir une planche qui tourne large en slalom ?

Dans l’absolu, oui. Mais malgré la prouesse technique (faire pivoter un bout de bois sur de la neige) qu’ils réalisent, ce qui devrait les élever au statut de Dieux vivants (non ?), même les snowboardeurs (et les snowboardeuses, ne soyons pas sectaires) ne sont pas insensibles aux lois de la physique (je sais, c’est bien dommage, mais c’est la vie).

Si un rayon faible permet bien de décrire des courbes serrées à basse vitesse, à haute vitesse il est impossible de tenir la carre avec un sidecut trop fermé. Dès que l’on incline un peu la planche, elle va essayer de suivre la courbe imposée par ce rayon de courbure serré sans y parvenir, les forces induites par cette vitesse élevée étant trop importantes par rapport à l’accroche de la planche. Avec un rayon plus important, on part sur des courbes plus larges, plus en phase avec les capacités de la planche à rester sur un rail, quitte à donner plus d’angle pour fermer un peu le virage si les conditions le permettent.

Une planche avec un sidecut moins prononcé bénéficie ainsi aussi d’une meilleure stabilité à haute vitesse. C’est pour ces raisons que l’on va trouver des rayons de courbure autour de 10 mètres sur les planches orientées freeride.

Les planches d’Extreme Carving, à classer dans la catégorie des planches alpines, ont, contrairement à ce qu’on pourrait penser, un sidecut radius assez faible par rapport à leurs cousines destinées à la course, souvent autour de 10 à 11 mètres. La raison en est simple : bien que l’on recherche une excellente accroche avec un angle très important, les vitesses observées dans cette discipline restent contenues, l’intérêt résidant ailleurs (j’ai bien dit l’intérêt, pas la vérité, ne nous emballons pas).

 

Snowboard sidecut

Cette fois, j’ai sublimé mes talents artistiques pour vous offrir un schéma custom-maison.

 

Sur une planche de freestyle, on va en revanche trouver un rayon plus faible, souvent autour de 7 à 8 mètres. Il permet de facilement manoeuvrer et mettre la planche en virage. En effet, plus le sidecut est ouvert, moins on peut tourner serré à basse vitesse. Vous pouvez notamment vous en rendre compte en carvouillant (belle invention que ce mot qui devrait être sans délai ajouté au Larousse) à basse vitesse dans le traffic sur les portions relativement plates en sortie de remontée. Vous avez beau mettre une planche avec un rayon important sur la tranche, il ne se passe pas grand chose, alors qu’avec une petite planche de freestyle vous pouvez enchainer les appuis très rapidement.

Bien sûr, le flex de la planche entre aussi en jeu et il est plus facile d’appuyer ses virages à basse vitesse avec une latte spaghetti qu’avec une arme de destruction massive qui laboure la piste une fois lancée.

 

Le sidecut à rayons multiples et le sidecut progressif

Un rayon faible et un rayon important ayant chacun des avantages et des inconvénients, il semble tout à fait normal de chercher à les combiner pour obtenir le meilleur des deux mondes. C’est ce que proposent certains modèles en combinant trois rayons différents à l’avant, l’arrière, et au centre de la planche (m1, m2, m3 sur mon oeuvre d’art). Ils diffèrent donc du premier type de sidecut que nous avons vu plus haut, le radial sidecut, aussi appelé carre circulaire.

La combinaison la plus populaire est le progressive sidecut. On trouve le rayon le plus large à l’avant, puis il se ferme progressivement vers l’arrière de la planche, comme si le sidecut suivait la forme d’un oeuf plutôt qu’un cercle. Cette progressivité permet une solide entrée en virage tandis qu’on peut facilement et rapidement fermer en sortie avec des appuis un peu plus reculés, afin de mieux se positionner dans le virage suivant (un article sur la technique du carving avec le transfert de poids avant/arrière, les appuis, le travail genoux/hanches viendra un jour… peut-être).

Le sidecut progressif est cependant plus difficile à rider switch, situation dans laquelle il apporte une certaine instabilité. Avec des angles positifs, c’est la combinaison idéale pour compléter la sensation de faire de la marche arrière. On ne le retrouve donc que sur des planches directionnelles.

On trouve aussi souvent un rayon plus petit au centre de la planche qu’aux extremités, ce qui permet de déclencher le virage plus rapidement.

 

Le sidecut asymétrique

Contrairement aux skieurs, qui profitent de la symétrie latérale du corps humain, nous snowboardeurs (aucun rapport avec le « Moi Président ») sommes quelques peu handicapés sur ce plan, puisque nos virages frontside et backside s’effectuent en suivant des biomécaniques totalement différentes. En frontside, on profite de la flexion des chevilles, des genoux et des hanches pour facilement faire prendre de l’angle à la planche tout en restant équilibré, tandis qu’en backside notre anatomie nous laisse bien peu d’options. C’est pourquoi on est beaucoup plus stable en frontside qu’en backside : le poids du rider est centré sur la planche et de multiples articulations permettent de réagir aux aléas du terrain.

Bref, tout ça pour dire qu’il est plus facile de mettre une planche sur la tranche en frontside qu’en backside, comme il est plus facile de se tenir debout sur la pointe des pieds que sur les talons avec les orteils en l’air.

Pour un freerider, il est possible de remédier en partie au problème avec un réglage aggressif des spoilers (si vous ne savez pas comment régler vos spoilers, vous pouvez consulter mon article qui explique comment régler le spoiler sur une fix Burton, ou celui plus général sur le réglage de vos fixations). Avec un forward lean important, on fait prendre plus facilement de l’angle à la planche. Mais ce n’est pas un luxe que peuvent se permettre la plupart des freestylers qui rident rails et modules. Une inclinaison prononcée du spoiler a aussi ses limites, et entraine une fatigue plus importante sur le long terme.

Certains fabricants (GNU, Yes, …) se sont donc attaqués au problème en utilisant sur certains de leurs modèles un sidecut différent de chaque côté de la planche, avec un rayon plus reserré en backside. Ceci permet de tracer une courbe identique au frontside en faisant prendre moins d’angle à la planche. On se retrouve avec une planche au ressenti plus équilibré. Attention cependant si vous achetez une planche asymétrique : il vous faut un modèle différent selon que vous soyez regular ou goofy.

 

Magne-Traction

Enfin, il serait dommage de parler de sidecut sans évoquer une technologie qui vient aider le snowboarder face à un ennemi redoutable : la glace.

 

Snowboard Magne-Traction

Le profile Magne-Traction, pas très sexy, mais efficace.

 

Créé par Lib Tech, la Magne-Traction consiste à modifier le sidecut traditionnel comme on le connait en introduisant des ondulations le long de la carre. Alors que sur la glace seuls deux points au niveau des spatules sont réellement en contact avec la piste, le procédé permet d’augmenter considérablement le nombre de points de contact le long de la planche, ce qui assure un contrôle beaucoup plus important, aussi bien sur la glace que la neige très dure.

Plusieurs marques utilisent maintenant cette technologie (Rossignol, GNU, Roxy, …) avec plus ou moins de points de contact. Grip Tech en est par exemple une variante avec seulement deux points de contact supplémentaires au niveau des fixations (là où la pression est la plus importante), alors que Magne-Traction en ajoute 7 par carre.

 

Le mot de la fin

Le sidecut est-il un paramètre supplémentaire à prendre en compte lors de l’achat de matos ? Oui et non. Si vous avez un niveau débutant à intermédiare, vous en apprendrez bien plus en vous renseignant sur les qualités ressenties d’une planche à travers les différents tests que vous pourrez trouver. En revanche, si vous avez un niveau plus avancé, vous avez certainement une bonne idée de ce que vous voulez, et connaitre le sidecut d’une planche (qui figure en général sur la fiche technique) peut vous être utile, notamment pour la comparer à ce que vous avez déjà ridé.

Dans l’absolu, le sidecut d’une planche est adapté à son programme, et, encore une fois, ressortira dans les (bons) tests à travers son comportement. Il y a donc peu de chance d’avoir une vraie surprise lors de votre achat, à quelques subtilités près. Un élément est cependant important. Si vous ridez régulièrement dans des conditions qui font la part belle à une neige verglacée, opter pour une planche en Magne-Traction peut vous changer la vie.

J’espère que ce post vous a aidé à y voir plus clair dans les éléments qui régissent le comportement d’une planche de snowboard. N’hésitez pas à me laisser en commentaire vos questions si vous en avez, vos encouragements si la dissection des propriétés d’une latte de bois vous enthousiasme, vos craintes si vous cauchemardez d’une attaque du Yéti tard dans la nuit, ou encore votre indignation si j’ai oublié l’une des dix-neuf traductions françaises d’un terme anglais.

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Posted in Matériel, Snowboard.

4 Comments

  1. Un gros merci pour cet article trés clair qui à éclairé ma lanterne sur cette notion qui était floue pour moi!!

    Le lire et le comparer à ce que j’ai vecu sur ma board me permet de lever le voile sur de nombreuses choses!!!!

    Je n’ ai pas l habitude de laisser des commentaires mais la je suis obligé! Super article!

    Merci et vive le carving!

    • Salut Brice,

      Merci pour ton commentaire, ça fait plaisir de voir que ce genre d’article plus technique trouve son public, notammant lorsqu’il touche principalement au parent pauvre du snowboard qu’est le carving :).

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