Snowboard - rider en poudreuse

Snowboard – Rider en poudreuse : le guide pour réussir vos premières traces

Avec une entrée en matière spectaculaire, l’hiver 2017/2018 s’annonce sous les meilleurs auspices. Des températures négatives, des précipitations en quantité, la machine à neige s’est mise en route de manière fracassante fin novembre pour notre plus grand bonheur. Adieu les pistes, bonjour la peuf !

Je vous propose aujourd’hui de faire le point sur tout ce qu’il faut savoir pour rider en poudreuse comme un pro (ou presque).

Public visé : niveau débutant à intermédiaire     Snowboard - débutant à intermédiaire

 

Poudreuse : ce qui change par rapport à la piste


Rider dans la peuf en soulevant de grosses gerbes d’or blanc à trois mètres de haut est un peu le graal du snowboarder. C’est aussi hautement addictif.

Et pour cause, les sensation sont très différentes de la piste ou des autres types de neige qu’on peut retrouver en hors-piste. On ne ride plus vraiment sur, mais dans la neige. L’appui de la planche se fait de manière dynamique sur toute la surface de la semelle, et plus seulement sur une carre. La sensation qui s’en dégage est unique : on a l’impression de surfer sur un nuage, de manière fluide et légère.

Rider en poudreuse nécessite donc plus de finesse que les gros appuis posés sur piste. On prend bien plus son pied dans un champ de peuf en trouvant son rythme pour enchainer les virages coulés qu’en sortant les aérofreins après des grosses lignes droites.

« La sensation qui s’en dégage est unique : on a l’impression de surfer sur un nuage, de manière fluide et légère. »

Je ne vous apprendrai rien en disant qu’en poudreuse, on s’enfonce. Il faut donc constamment gérer l’assiette de la board pour éviter le faceplant, ce qui vous obligera, selon votre matos, à rider avec plus de poids sur la jambe arrière. Les planches qui permettent de rider « pied dedans » avec beaucoup d’appui sur l’avant dans la poudre sont rares, on a plutôt tendance à rester plus en retrait, ce qui change pas mal de choses par rapport à la piste. Je reviendrai plus en détails sur cet aspect par la suite.

Corrolaire du point précédent, dans la peuf, on avance pas des masses. Il faut un minimum de pente pour prendre de la vitesse et garder un oeil sur les replats est toujours une bonne idée, sous peine de se retrouver bloqué sur une transition dans laquelle on va dépenser énormément d’énergie pour se sortir.

Enfin, il faut garder en tête qu’à moins d’évoluer sur piste non damée, la grande majorité des runs en poudreuse s’effectue en hors-piste. Nous parlerons avalanche à la fin de cet article, mais ce n’est pas le seul risque. Les obstacles sont nombreux en hors-piste, et d’autant plus traitres qu’ils sont enfouis sous une épaise couche de neige. Il n’est pas rare, surtout en début de saison quand la sous-couche est inexistante, de toucher le fond et les obstacles qui s’y trouvent comme les fameux requins, ces rochers enfouis ou qui dépassent à peine de la neige.

C’est sans parler des barres rocheuses et autres cassures de terrain : la double trace que vous suivez peut très bien avoir été faite par un ski-parapente, le couloir dans lequel vous vous engagez en suivant des traces peut nécessiter de poser un rappel pour en sortir… Bref, l’idée n’est pas de vous faire peur, mais il faut garder en tête qu’une fois que vous quittez la piste, vous quittez également le cocon sécurisé que les pisteurs et tout le personnel de la station mettent en oeuvre à travers leur travail.

 

Quel niveau pour attaquer la fraiche ?


Contrairement à ce qu’on pourrait penser, nul besoin d’être un rideur avancé pour faire ses premiers virages dans la poudre. A condition, bien sûr, de choisir son terrain de jeu de manière intelligente et raisonnée. Beaucoup de gens se mettent en difficulté inutilement en cherchant des itinéraires tarabiscotés et au-dessus de leur niveau, alors que des champs de peuf s’offrent à eux à quelques encablures de leur position. Les observations depuis les remontées peuvent être trompeuses : la distorsion entre relief perçu et réel varie beaucoup selon le point d’observation.

Si vous êtes débutant mais suffisament à l’aise pour faire vos virages sans appréhension, n’hésitez pas à vous lancer ! Après de bonnes chutes de neige, les stations laissent souvent une partie des pistes ouvertes du domaine non damées. C’est une excellente opportunité pour découvrir de nouvelles sensations tout en restant dans un environnement sécurisé. Et levez-vous tôt : faire sa trace est bien plus facile que skier dans la trafolle, là où d’autres sont déjà passés.

« Si vous êtes débutant mais suffisament à l’aise pour faire vos virages sans appréhension, n’hésitez pas à vous lancer ! »

Un peu comme sur piste, skier en poudreuse demande un niveau plus ou moins élevé selon la pente à laquelle on veut s’attaquer. A la différence près que, je radote, un fois qu’on part sur du hors-piste, on quitte un environnement sécurisé, et les conséquences sont donc plus importantes. Les sapins se jettent sur votre chemin, les requins rodent, et la neige a parfois tendance à vouloir quitter les sommets et se rapprocher du niveau de la mer.

Pour attaquer les pentes les plus alléchantes, un bon bagage technique est un allié de taille. Comme énoncé précédemment, pour prendre de la vitesse en poudreuse, il faut viser des pentes relativement raides. Ne pas avoir d’appréhension face à des pentes importantes et savoir tourner court sont très utiles, et un virage sauté permet de facilement remettre le nez de la planche dans la bonne direction sur certains passages délicats.

Mais même si slalomer entre les arbres sur une pente à 40° avec une moitié de planche hors de la neige produit son effet en vidéo, les sensations procurées par quelques virages réguliers dans une pente vierge à l’inclinaison modeste sont bien suffisantes pour réussir votre journée.

 

La peuf sous toutes ses formes


Un flocon de neige se décline en de nombreuses variations, du flocon parfait en étoile aux dendrites conséquentes au gobelet transformé qui forme des couches instables, lie de tout rideur, qu’il soit sur une ou deux lattes. La température de l’air, l’humidité et le vent sont autant de facteurs qui vont influencer la qualité de la neige et les sensations une fois dessus.

Certains endroits du globe où l’humidité est importante favorisent la formation de couches denses et lourdes où l’on s’enfonce raisonnablement peu, tandis qu’un temps plus sec, très froid et l’action du vent favorisent la formation de neige fine et légère dans laquelle on s’enfonce beaucoup. Cette densité peut varier considérablement, elle se situe pour de la neige fraiche entre 3 et 20% (rapport kg/m^3). Une fois au sol, cette neige va se densifier, d’autant plus que la température est élevée.

 

Types de flocons de neige

 

Laquelle est la meilleure ? Un juste milieu sans doute ! Une poudreuse plus fine renforce la sensation de légèreté sous les pieds, mais peut s’avérer difficile à skier dans les cas extrêmes. Les meilleures conditions se produisent lors d’un épisode de chutes important durant lequel la température baisse progressivement. On obtient alors une couche plus dense au fond (températures plus élevées lors du début des chutes de neige) et plus légère au-dessus (températures plus froides lors de la fin de l’épisode).

Enfin, quand les températures remontent fortement dans le positif et que la poudreuse commence à se transformer rapidemment, on peut se retrouver avec de la neige très mouillée et collante. C’est assez horrible, vous pouvez en arriver à difficilement avancer dans 30° de pente.

 

Reculer ses fixations : vraie fausse bonne idée ?


Pour conserver le nez hors de la poudre, il vous faudra, à moins d’avoir une planche dédiée à ces conditions, porter davantage de poids sur l’arrière de la board. L’assiette de la planche se redresse, et la vitesse vient créer une force croissante sur la semelle, un cercle virtueux s’opère. Sauf que la virtuosité a un coût, celui de vos quadriceps qui crient au viol à chaque descente.

Les planches à peuf (remarquez l’allitération placée avec expertise par votre honorable serviteur) ont, quel que soit leur format (fish, swallow, surf moderne, …) un point commun : le nose est bien plus long que le tail, car les inserts pour les fixations sont fortemment reculés. On a donc naturellement plus de poids sur l’arrière de la planche et cette dernière déjeauge bien plus facilement, sans devoir martyriser ses cuisses (modulo vos capacités physiques).

Partant de ce constat, pourquoi de pas reculer au maximum ses fixations sur sa planche habituelle ?

C’est une stratégie courante qui ne m’a jamais vraiment convaincue. Avant d’expliquer pourquoi, je vous encourage bien entendu à la tester vous-même. Enfin, un jour de peuf durant lequel vous aurez du temps libre pour faire des tests. Un jour. Peut-être.

« Les planches conçues pour la poudreuse […] seraient des roquettes qui ne marchent qu’en ligne droite ? »

Bref, commençons par le feeling sur la planche avec les fixs en arrière toute. Le grief que je porte à ce setup est que la planche tourne plus difficilement. Une des bases pour faire pivoter sa board, c’est d’avoir assez de poids sur l’avant pour soulager l’arrière. En reculant les fixations, la planche se retrouve amputée d’une marge d’agilité considérable. En échange d’un gain tous comptes faits assez faible, puisque vous allez gagner 4cm à tout casser. En pente vierge avec beaucoup de vitesse, pourquoi pas, dans les sapins, non merci.

Mais, allez-vous me dire, les planches conçues pour la poudreuse, avec leur tail minimaliste et leur grand nose, seraient des roquettes qui ne marchent qu’en ligne droite ?

Absolument pas, et l’explication est assez simple. Il faut pour cela revenir sur un détail qui n’est pas toujours clair : le sidecut d’une planche n’est pas forcément centré sur la longueur de cette dernière (si vous voulez tout savoir sur le sidecut, lisez mon article sur le sujet). C’est un détail plutôt important que les planches twin nous ont peut-être fait oublier. Sur une planche de freestyle conçue pour être ridée dans les deux sens, le sidecut est centré : dans un sens ou dans l’autre, la planche ride de la même façon. Sur un swallow ou un fish, le sidecut est très reculé. Sur piste, l’énorme nez vit sa vie dans les airs, et ne sert absolument à rien, mis à part jouer un concert de claquettes.

« Euh, je ne vois pas du tout où tu veux en venir… »

« Le setback sur les planches à poudreuse est même parfois nul. »

Oui, oui, j’y arrive ! Parlons maintenant de setback des inserts ou fixations. Sur notre twin de freestyle, on est encore une fois parfaitement centré, le setback est donc de 0cm. Ainsi on peut rider la planche dans un sens ou dans l’autre en gardant exactement le même feeling et les mêmes performances. Sur une planche de freeride, on a un peu plus de setback, en général autour de 20mm.

« Ah mais oui, les inserts sont reculés pour flotter un peu mieux dans la poudreuse ! »

Oui et non. Si l’on gagne un chouilla de ce côté, ces quelques millimètres de setback sont surtout bien venus pour carver sur piste, permettre de mettre un peu plus de poids sur l’avant, et gagner en stabilité à haute vitesse.

Si l’on revient à nos comparaisons et que l’on s’intéresse au setback sur les planches à poudreuse, il est très rarement supérieur à ces 20-25mm. Il est même parfois nul, comme sur la Mind Expander de Jones que je suis actuellement en train de tester, ou sur le nouveau swallow de la marque, la Lone Wolf et ses 5mm de setback.

Tout ça pour en venir à mon explication : en reculant ses fixations, on se décale par rapport au centre du sidecut, alors qu’une planche conçue pour la poudreuse centre le rideur sur le sidecut mais recule ce dernier sur la planche. Dans le premier cas, on souffre des effets pervers de ce recul par rapport au sidecut, dans le second on conserve toute l’agilité de la position centrée tout en laissant le tail s’enfoncer et le grand nose survoler la neige.

Encore une fois, je vous encourage à tester pléthore de réglages sur votre matos une fois que vous le connaissez un minimum. En revanche, commencez par un réglage le plus proche possible du setup standard de la marque, issu de la phase de conception du produit, plutôt que vous mettre en difficulté inutilement avec un recul extrême.

 

Quel matos pour prendre son pied en poudreuse


Fiouu, vaste sujet pour un article qui prend déjà une ampleur considérable ! Je vais aller à l’essentiel, tout en gardant sous le coude un prochain article à paraitre sur le choix de sa planche freeride. En attendant, vous pouvez d’ores et déjà consulter mon article sur le choix de sa planche de snowboard, qui est un très bon point de départ.

Pour du matos performant en poudreuse, deux choix s’offrent à vous. Trois en fait, mais nous allons mettre de côté tout ce qui est backcountry freestyle pour le moment.

« La planche à peuf, la vraie, [c’est] celle qui dit fuck aux autres types de neige et n’a qu’une mission : vous faire rêver dans la profonde. »

Le premier, c’est une planche de freeride polyvalente, qui permet de se faire plaisir sur piste en carvant, tout en tirant son épingle du jeu en hors-piste. On trouve souvent sur ces modèles une rigidité moyenne à élevée, tout comme le rayon de courbe, un nose et un tail relativement similaires pour pouvoir également rider switch sans trop de problèmes, et un peu de setback. On retrouve surtout très souvent le fameux powder camber : du cambre à l’arrière pour tenir la planche au carving, mais un rocker à l’avant pour déjeauger plus facilement.

Ce genre de matériel reste un compromis. En hors-piste, il va potentiellement mieux s’en sortir qu’une planche à peuf sur neige difficile, et il vous sera plus facile de rentrer un virage sauté qu’avec un swallow au nose digne de Cyrano de Bergerac. Mais il reste loin des sensations et de la facilité procurés par une planche conçue pour la poudreuse.

Notre deuxième option, c’est donc la planche à peuf, la vraie, celle qui dit fuck aux autres types de neige et n’a qu’une mission : vous faire rêver dans la profonde. Malgré les dires de certains fabricants, la polyvalence a ses limites, et pas mal de compromis doivent être abandonnés lors de la conception d’une planche faite pour vous emmener dans un mètre de poudre.

Plusieurs options là encore. Il y a le gros swallow : long et facilement reconnaissable à sa queue d’hirondelle, il est à son aise en ligne droite quand le terrain est dégagé. Il permet de rider pied dedans (certains modèles dépassent les deux mètres de longueur), et peut même parfois s’avérer fun sur piste un moment, quand le tail est assez rigide pour supporter les appuis au carving.

 

Swallow Bohème

Le swallow, arme de destruction massive aux sensations incomparables.

 

Il y a aussi le fish : moins long, davantage destiné aux évolutions à des vitesses plus mesurées. Avec un talon rikiki et un format compact, il permet de tourner très court et faire sortir le nez de la neige par l’absence de portance à l’arrière. Contrairement au swallow qui survole facilement la neige, le fish a tendance à avoir une assiette plus relevée et moins bien conserver la vitesse.

Et puis il y a tous les autres, parce que la frontière n’est pas si distincte qu’elle n’en a l’air. Depuis un an ou deux, il semble y avoir une résurgence des modèles freeride qui font la part belle à la peuf et des shapes qui tournent autour du fish. Quand l’on pensait avoir tout vu en termes de cambers hybrides avec des planches au shape torturé, Jones s’inspire du surf pour proposer un rocker continu diablement efficace. Plusieurs fabricants dont Yes avec le renouveau de l’Optimistic proposent un form factor d’abord pensé pour la poudreuse avant d’y ajouter de quoi ne pas s’ennuyer sur piste : un gros nose, un peu de camber, mais un sidecut radius contenu.

Bref, chaque modèle a ses propres qualités, mais dans l’ensemble quelques principes de base restent vrais. Plus une planche a de surface en contact avec la neige, et donc plus elle est longue, moins elle s’enfonce. Plus le nose est imposant et le tail petit, plus elle va tendance à s’asseoir dans la pente et facilement flotter avec de la vitesse. Plus le cambre tire vers le rocker, mieux elle déjeaugera.

Quoi qu’il en soit, investir dans du matériel aussi spécialisé reste risqué : selon votre situation et les conditions météo, enchainer les années où votre planche ne verra qu’un ou deux jours d’utilisation est bien possible.

 

Repartir dans la profonde


Une toute petite partie maintenant mais que j’inclue dans cet article parce que je suspecte qu’elle puisse s’avérer bien utile à ceux d’entre vous qui découvrent les joies de la profonde (bon, dit comme ça, ça fait bizarre, on va proscrire ce mot à l’avenir).

Vous avez spotté un champ de poudreuse sur votre droite. Vous vous y engouffrez, il y a de la pente, c’est magique… et puis c’est la chute. Vous atterissez dans un véritable cocon, vous vous retrouvez sur les fesses, et après une bonne rigolade vous vous préparez à repartir. Un bras dans la neige. Deux bras. Rien à faire, impossible de vous relever…

« Positionnez vous toujours face à la pente pour être en appui sur votre carre frontside. »

Si vous êtes sur un replat, point de salut : il va falloir déchausser et progresser comme vous le pouvez. Avec un minimum de pente, il y a cependant une astuce toute simple pour repartir facilement : positionnez vous toujours face à la pente pour être en appui sur votre carre frontside (côté orteils). Vous pouvez ainsi utiliser le poids de votre corps en pliant les genoux pour vous relever.

Et euh, comment je passe de backside à frontside une fois que j’ai les fesses dans la neige ?

Rien de plus facile, une roulade sur la droite ou sur la gauche selon que vous soyez regular ou goofy vous permet de pivoter autour de l’arrière de votre board (le moins encombrant) et changer de carre.

 

Gérer l’assiette de la planche selon le terrain


Rider en poudreuse, c’est aussi découvrir une nouvelle dimension. C’est passer d’une surface régulière et dure à un environnement dans lequel on peut s’enfoncer plus ou moins profondément selon ses désirs, ses envies, et ses besoins. Les planches comme les fish avec un talon court sont d’ailleurs très intéressantes sur ce point, car on possède une grande marge de manoeuvre pour facilement influencer cette assiette en gardant un bon contrôle. On peut les rider tout à l’arrière dans le raide ou les faire adopter une attitude plus classique.

« Il faut trouver le bon équilibre. »

Je pourrais là encore écrire un article complet sur le sujet, d’autant plus que le matos va déterminer l’attitude à adopter, mais les points essentiels me semblent être les suivants. Tout d’abord, comme je le disais en début d’article, il va falloir pas mal de pression sur votre jambe arrière par garder le nez pointé vers le haut. Sinon, c’est le roulé-boulé vers l’avant assuré. N’ayez donc pas peur de la fléchir exagérément par rapport à ce dont vous avez l’habitude. Idem quand vous abordez la trafolle, n’hésitez pas à vous mettre davantage sur l’arrière pour mieux absorber la neige irrégulière.

Cependant, cette répartition avant/arrière reste un équilibre qu’il va falloir constamment gérer. Mis à part avec un fish surfy au talon court et étroit qu’on peut facilement faire pivoter avec beaucoup de poids sur l’arrière, avec du matos plus classique il va souvent falloir charger un peu plus l’avant de temps à autre pour se se sortir des situations plus compliquées. D’autant plus qu’avec des spatules similaires en taille, le contrôle du tail est moins facile, et la chute en arrière moins gérable.

Pour négocier un virage serré à basse vitesse entre les arbres lors d’une progression lente, il faut trouver le bon équilibre : ne pas hésiter à engager vers l’avant pour faire tourner la planche, tout en évitant le catapultage.

 

Le risque d’avalanche


On termine cet article par le pendant le moins glop du batifolage dans les champs de poudreuse : l’omniprésent risque d’avalanche. Le but n’est pas ici de traiter le sujet en détail,- il faudrait pour cela bien plus que quelques lignes – mais plutôt marquer le coup et rappeler quelques conseils qui je l’espère éviterons certains comportements plus que borderline régulièrement observés.

Car, malheureusement, beaucoup se sentent invulnérables en station, misant sur la proximité des pistes pour garantir une paix intellectuelle qui n’a pas lieu d’être. Tous les ans, plusieurs accidents viennent nous le rappeller. Pour autant, la montagne reste imprévisible, et même avec la meilleure volonté du monde et une analyse poussée du risque, même les professionnels se font régulièrement piéger.

« Le premier réflexe […], c’est de consulter le BRA « 

A vrai dire, s’intéresser aux avalanches et leurs causes, c’est un peu comme ouvrir la boite de Pandore sous son nez. Une fois plongé dedans, on voit le risque partout. Le manteau neigeux devient cette chausse-trape géante qui n’a pour seul dessin qu’engloutir votre âme à tout jamais en cédant sous votre poids à la faveur d’une couche instable, on cauchemarde de gobelets la nuit, et le moindre amas de neige soufflée se métamorphose en plaque à vent machiavélique. Et pourtant on continue à y revenir, parce que la peuf quoi.

Alors comment s’informer ?

Le premier réflexe pour évaluer l’état du manteau neigeux de manière générale, c’est de consulter le BRA ou BERA (Bulletin d’Estimation des Risques d’Avalanche) pour le massif pratiqué. Il donne une idée globale des conditions d’enneigement et du risque selon les versants et l’altitude, mettant en avant les phénomènes à surveiller. Il est très utile de le consulter la veille d’une sortie pour planifier, sa raviser le cas échéant, et avoir une idée des conditions avant d’arriver sur le terrain. Edité à 16h et valable pour le lendemain, vous pouvez consulter le BRA correspondant au massif qui vous intéresse sur le site de Météo France.

 

Pictogrammes niveau de risque avalanche

Les pictogrammes européens sur le risque d’avalanche sont entrés en vigueur en France l’an dernier.

 

Pour commencer à vous informer sur les facteurs d’instabilité du manteau neigeux, je vous renvoie vers deux présentations d’Alain Duclos, une référence en matière de nivologie. La première concerne la part prévisible tandis que la seconde concerne la part imprévisible.

Vous l’aurez compris en lisant les deux documents vers lesquels je renvoie, ou simplement en regardant les statistiques annuelles de victimologie, même les professionels les plus aguerris se font régulièrement emporter.  Je vous épargne les scénarios catastrophe à base de membres arrachés, en cas de coulée, tout n’est pas perdu si l’on a les copains pour nous sortir de ce mauvais pas. Mais encore faut-il être équipé.

On en vient donc au triptique de sécurité indispensable : DVA ou ARVA, sonde et pelle.

Avoir le matériel c’est bien, savoir s’en servir, c’est mieux. Pour ce faire, l’ANENA (Association Nationale pour l’Etude de la Neige et des Avalanches) organise des formations sauvetage avalanche. Certaines stations mettent aussi en place des journées sur ce thème et des DVA Parks permettent à qui le souhaite de venir s’entrainer à l’utilisation de son détecteur.

« Le hors-piste n’est pas à diaboliser. »

Contrairement à ce que certains médias tendent à faire penser, le hors-piste n’est pas à diaboliser et vous ne passerez pas pour un délinquant aux yeux des pisteurs pour avoir mis une spatule en dehors des piquets. Les professionnels de la montagne sont les premiers à apprécier une journée le nez dans la poudre. En revanche, rider sans évaluer le danger, en se jetant sans équipement sur une pente marquée comme risquée un jour où le risque global est de niveau 5 ne vous attirera pas une forte sympathie.

Enfin, les sacs ABS se répandent. Quand vous le déclenchez, deux airbags se déploient et aident le rideur à flotter en surface plutôt qu’être emporté au fond de l’avalanche. Seul bémol, leur prix qui reste très élevé. Ce type de matériel ne doit pas non plus nous faire sentir invulnérable, et les statistiques sont frappantes sur ce point. Même équipées, le glissement est parfois si soudain que les victimes n’ont pas le temps de déployer leur airbag avant qu’il ne soit trop tard (60% des accidents mortels de riders équipés). La deuxième cause de mortalité sous une avalanche concerne les traumatismes : l’airbag ne vous protège pas contre la projection au-delà d’une barre rocheuse ou contre un arbre.

 

Sac ABS Dakine Signal 25

Depuis le début de la saison, je ride avec le Dakine Signal 25.

 

Mais si je viens juste en vacances et que je n’ai pas tout ça, je dois m’interdire de mettre une spatule hors des pistes ?

Il y a un moyen de profiter de la poudre en minimisant les risques de déclenchement lors de son passage, qui est bien pratique quand le risque est franchement craignos. Pour qu’une plaque glisse, il faut de la pente. Beaucoup de pente. En fait on considère qu’une avalanche peut se déclencher à partir d’environ 30 degrés. Certaines stations qui sont relativement boudées par le public local pour leur manque de relief deviennent ainsi de superbes options de repli. Certes, vous ne batterez pas de records de vitesse en surfant une pente à 20°, mais pas mal de spots permettent de se faire plaisir entre les sapins en restant sur des pentes peu exposées. Attention cependant, rien n’empêche une avalanche de se déclencher en amont dans le couloir qui surplombe le long fleuve tranquille sur lequel vous évoluez.

 

Le mot de la fin


Rider en poudreuse est une expérience unique. Tellement unique que certains ne vivent plus que pour elle, organisent des voyages à l’autre bout du monde pour aller la retrouver, et sont parfois prêts à prendre tous les risques pour quelques virages dans cette mer blanche. C’est finalement une drogue hautement addictive dont vous ne pourrez vous passer après avoir essayé. Quel que soit votre niveau, il est possible de vous faire plaisir quand les conditions le permettent.

J’espère que cet article vous aura permi de mieux cerner le sujet, ses enjeux, et vous aider lors de vos premiers virages dans la peuf. Si c’est le cas, venez faire un tour sur la page Facebook du site pour suivre les dernières publications. Vous pouvez également me poser vos questions ou partager votre expérience dans les commentaires.

Bon ride !

 

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