VTT Electrique - moteur Bosch

Opinion – Le VTT à assistance électrique : ange ou démon ?

Le VTTAE, ou VTT à Assistance Electrique, voir e-bike ou e-MTB, connait un essors considérable depuis quelques années. Ce n’est pas s’enthousiasmer plus que raison qu’affirmer que la révolution est en marche. Les fabricants l’ont bien compris et s’engouffrent tous vers ce nouveau marché dont les chiffres font tourner la tête.

Les volumes de vente et leur progression sont tels que chaque constructeur se doit maintenant de proposer un modèle sur ce segment, de certaines marques impliquées dès les frémissements de cette nouvelle tendance comme Haibike ou Lapierre à d’autres qui dévoilent des solutions plus audacieuses comme Rocky Mountain avec son Altitude Powerplay au système propriétaire, en passant par le Turbo Levo de Specialized à l’intégration sans doute la plus réussie sur le marché. Seuls quelques irréductibles comme Santa Cruz ont décidé de faire l’impasse sur ce segment pour le moment.

Cependant, cet engouement de certains pour ce nouvel outil rencontre une réaction opposée tout aussi intense : la communauté se déchire sur la prolifération de ces VTT à moteur et ses opposants ont la plupart du temps une opinion bien tranchée à leur sujet.

Entre idées pré-conçues et limitations techniques, je vous propose dans cet article de nous glisser sous la chape dogmatique qui surplombe les plus philosophiquement averses à l’idée de rouler avec un moteur pour faire le point sur le sujet.

 

 

L’essai, passage obligé pour comprendre le VTTAE


Débattre de manière philosophique des heures durant sur internet et observer d’un oeil mauvais ceux qui se laissent séduire par ce type d’engin n’est pas le meilleur moyen pour comprendre les différences qui séparent l’E-MTB du VTT traditionnel.

Partant de ce constat, j’ai profité des tests offerts lors du Vélo Vert Festival pour essayer le Turbo Levo FSR Fattie de Specialized : 22kg, des pneus en 2.8″ et un moteur qui délivre 250W conformément à la législation européenne, appuyé par une batterie de 460Wh, le tout réglable depuis son smartphone via l’application Specialized connectée à l’engin en Bluetooth. Les détracteurs du Di2 de Shimano n’ont qu’à bien se tenir, welcome to 2017. Prix d’entrée d’environ 5000€, soit celui d’un enduro haut de gamme accompagné d’un trip organisé d’une semaine dans les alpes pour vivre le rêve.

« Cruiser à 20km/h en montée tout en se reposant est assez grisant… »

Pour un adepte du vélo de montagne, la première réaction une fois aux commandes de la bestiole se situe entre l’incrédulité et le rejet. Le moindre coup de pédale vous propulse en avant, et on se retrouve rapidemment à des vitesses absurdes en montée, en laissant sur le bord de la route les autres vététistes à bout de souffle. Observer son prochain rouler à bord d’une telle machine retranscrit trop mal les sensations qu’elle procure une fois aux commandes. Une fois à bord, on se rend compte que l’assistance fournie par le moteur électrique est d’un niveau bien plus important que ce que l’on avait imaginé, sans même passer en mode « Turbo ».

Si cruiser à 20km/h en montée tout en se reposant est assez grisant, la première montée empierrée un peu technique change encore la donne. On se rend alors compte que non, le VTTAE n’est pas uniquement reservé aux faibles, mais démultiplie les capacités de son pilote. Là où l’on serait monté en vingt minutes au bord de l’asphixie, on parcours le chemin deux fois plus vite, mais en faisant tout autant monter le cardio, ou presque. La monte en 27.5+ se révèle quasi-indispensable pour trouver de la traction, tant il est facile de se prendre pour un monster truck et tirer droit dans le pentu à travers les obstacles, le poids de l’engin étant un pousse au crime certain.

« C’est en descente que les points négatifs du VTTAE m’ont sauté au visage. »

Mais c’est en descente que les points négatifs du VTTAE m’ont sauté au visage. S’il faut certainement un temps d’adaptation pour s’y acclimater, le poids élevé de ce type de machine associé aux pneus larges en font l’opposé de ce qui fait le charme d’un trail bike dynamique. On se retrouve aux commandes d’une machine pataude, qui, si elle est efficace, se prête mal aux jeux avec le terrain. La surcharge pondérale  de l’engin se ressent au freinage avant d’entrer en courbe, et les pneus au dessin minimaliste courants en 650B+ renforcent la sensation de grip fuyant de ce format lorsqu’on essaye de les brusquer un peu. C’est finalement dans les virages rapides et relevés du bikepark que l’engin s’est révélé le plus efficace par rapport à un VTT non motorisé.

Autre point faible : le délai à l’allumage de l’assistance. Si ce paramètre est réglable grâce à l’application sur smartphone, le paramétrage des vélos de test semblait très conservateur sur ce point : il fallait peut-être une demi-révolution pour que l’assistance s’enclenche. Ce comportement serait exacerbé sur le Turbo Levo, tandis que les moteurs Bosch sont, d’après certains retours, bien plus réactifs. Quoi qu’il en soit, le phénomène est très déroutant. Le coup de pédale avant un virage en descente entraine une accélération à retardement qui arrive trop tard et se poursuit trop longtemps. Si l’on s’arrête dans une côte à fort gradient, il faut réussir à relancer le vélo de plus de 22kg avec un gros braquet sur un demi tour de pédale avant que l’assistance s’active.

Après un peu moins d’une heure en sa compagnie sur les sentiers du Vercors, entre pierriers et singles en sous-bois avant de finir par le bas du bikepark de Villard-de-Lans, le Turbo Levo m’a convaincu d’une chose : malgré la vitesse grisante et le plaisir en montée, l’encombrement et le poids du VTTAE (quasiment le double d’un trail bike léger quand même) sont pour moi un deal breaker en descente.

 

 

Cas d’utilisation


Sur le papier, deux cas d’utilisation émergent pour celui ou celle qui roule déjà en VTT classique.

La sortie courte tout d’abord, du type after-taf ou entre midi et deux. Souvent pressé par le temps, avec une à deux heures devant soi, le but est souvent d’optimiser son parcours pour enchainer les descentes sympas.

« Sur le papier, le VTTAE est l’outil idéal. »

Sur le papier encore une fois, le VTTAE est alors l’outil idéal. Il permet de parcourir deux fois plus de distance dans un même lapse de temps, et donc d’enchainer deux fois plus de descentes. Mais la conclusion de mon test vient mettre un fort bémol à ce cas d’utilisation : emmener ce type de machine sur les petits singles du coin s’avère beaucoup moins fun qu’un trail bike léger.

La sortie longue ensuite, en mode rando à la journée. La possibilité de parcourir une distance importante est très alléchante, et le comportement du vélo n’est pas primordial sur des randos où enchainer les points de vue sur une centaine de kilomètres en une journée change la donne. Oui, mais. Si l’autonomie des batteries varie selon chaque modèle, les capacités du pilote et le mode utilisé, n’espérez pas faire ce ride épique de 10h, 100km et 5000m de D+ en une journée. Deux mille mètres de dénivelé semble être une limite très compliquée à dépasser pour une batterie, même en mode « éco ».

Encore une fois, le bât blesse sur le plan technique. Il faut cependant garder en tête que la recherche sur les batteries est en plein essor, et il est probable qu’un E-MTB de 20kg puisse grimper 4000m de D+ sur une unique batterie d’ici quelques années. Ce n’est malheureusement (ou heureusement diront certains) pas le cas actuellement.

 

 

Un accès à la montagne facilité ?


On se rend donc compte que le VTTAE souffre de limitations gênantes pour le pratiquant régulier. En revanche, ces limitations n’en sont pas vraiment pour la cible actuelle de ce nouveau type de monture : le pratiquant occasionnel qui découvre notre sport.

Malgré les évolutions technologiques, le vélo de montagne a toujours été clivant. Point de répit pour les faibles, pour monter il faut quoi qu’il en soit pédaler. Ou pousser. Ou porter. Les sorties à 3000m de D+ avec un quart de portage demandent un physique sommes toutes peu commun pour être executées. Si la majorité des pratiquants entrainés peuvent faire de superbes journées entre 1500 et 2000m de D+, le grand public pour qui un VTT Btwin à 600€ est un foudre de guerre ne conçoit souvent pas de telles sorties. Il suffit pour s’en convaincre d’aller faire un tour en montagne pendant les vancances d’été et constater les visages effarés de pas mal de randonneurs devant la présence de deux-roues en ces lieux.

« Le vélo de montagne a toujours été clivant. »

De fait, le VTTAE ouvre la montagne aux non-pratiquants, et aux non-sportifs. De ce constat nait un des principaux points d’achoppement sur le sujet.

D’un côté, les défenseurs du VTT à assistance électrique qui voient en ce moyen de locomotion plus doux une opportunité pour le sport de se développer en amenant de nouveaux pratiquants. De l’autre, les défenseurs du VTT classique qui mettent en avant de nombreux arguments contre ce deux roues assisté. Ces arguments, que nous allons analyser un par un, forment un tout sommes toutes assez cohérent que l’on pourrait résumer via l’assertion suivante : « Le VTTAE va mener à une sur-fréquentation de la montagne, entrainant une érosion accrue des sentiers et une dégradation de la nature, ainsi qu’un nombre d’accidents en hausse dus au très faible niveau technique de leurs utilisateurs et leur inconscience face aux dangers de cet environnement ».

 

 

La sur-fréquentation de notre terrain de jeu


Commençons donc par le premier point : la sur-fréquentation de la montagne. Au premier abord, c’est un argument recevable. C’est vrai, certains sentiers sont pris d’assaut par les touristes l’été. C’est vrai, on retrouve des détritus dans ces endroits très fréquentés, et les stations de ski offrent parfois un spectacle peu ragoûtant à la fonte des neiges. C’est vrai, on aimerait lorsqu’on traverse des paysages loin de la civilisation se retrouver réellement seuls au monde.

Mais qu’est-ce qui justifierait l’interdiction à certain d’accéder à ces espaces reservés à d’autres ?

« La montagne se mérite. »

« La montagne se mérite », avancent parfois les détracteurs de l’e-bike. Que ceux-là se rassurent, une ascension du pic du Mas de La Grave vélo sur le dos n’est probablement pas au menu du touriste parisien en surpoids qui pose pour la première fois ses roues en montagne, puisque c’est semble t-il l’emblématique caricature de l’utilisateur de VTTAE. Les endroits reculés le resteront.

Le regard porté sur ces nouveaux utilisateurs pour justifier la défense de la montagne rappelle l’acceuil glacial de quelques randonneurs pédestres élitistes qui voient dans le vélo de montagne le même diable que les pourfendeurs du vélo électrique.

 

 

Erosion des sentiers et dégradation des singles


Deuxième argument: l’érosion des singles.

Encore une fois, l’argument est tout à fait recevable. Mon test du Turbo Levo m’a permi de constater qu’en effet, le potentiel de destruction d’un e-bike chaussé en 2.80″ ou 3″ est important. L’effet « monster truck » pousse au crime et nous encourage à passer en force dans les montées techniques, ce qui entraine une dégradation à prioris plus importante qu’à bord d’un VTT classique.

Mais l’utilisateur non aguerri prend-il les montées techniques ? Même aidé d’un moteur, négocier les pierriers en montée, passer au-dessus des racines, tout cela demande un minimum de technique, surtout à bord d’un engin de 22kg. J’ai des doutes quant aux facultés tant qu’aux envies du grand public qui découvre le vélo de montagne de passer à ces endroits. Certes, certains sentiers sans grande difficulté technique mais au grip fuyant peuvent en faire les frais. Le problème ici est de savoir où se situe le curseur entre règle et exception.

« L’effet « monster truck » pousse au crime et nous encourage à passer en force dans les montées techniques… »

Qu’en est-il de celui qui est déjà pratiquant et possède le bagage technique nécessaire à réellement mettre en pièce un sentier ? Tout comme celui qui dérape sur cinq mètres à chaque épingle, il appartient à cet individu de rider en son âme et conscience. Certaines pratiques favorisent l’érosion des singles, pas besoin de moteur pour cela. Il est trop facile de pointer du doigt l’étranger quant au sein de la communauté certains ont déjà un comportement plus que questionnable. L’érosion des singles en descente est un problème au moins aussi préoccupant que celui des sentiers en montée par les VTTAE.

Enfin, terminons ce point par cette étude de l’IMBA (International Mountain Biking Association) sur l’impact environnemental des VTT, VTTAE et motos sur les sentiers shapés pour les VTT, relayée par le MBF. Très intéressante bien que concernant uniquement les sentiers travaillés, elle permet d’avoir une idée de l’érosion causée par chaque type de véhicule. On retiendra entre autres qu’elle est considérée pour le VTT comme le VTTAE comme similaire à celle des promeneurs, et inférieure aux cavaliers.

 

 

Faible niveau technique, connaissance de la montagne, facteurs de risque et accidents


Troisième argument : les utilisateurs de VTTAE sont des débutants qui vont monter sur des sommets dont ils ne peuvent redescendre.

Cette fois, j’ai envie de dire qu’il faut un peu arrêter de se tripoter la nouille. J’ai plus de descentes techniques dans un rayon de 10km autour de chez moi sous les 1000 mètres que toutes les randos à la journée en moyenne montagne effectuées l’an dernier entre 1500 et 3000 mètres.

« Chacun est maitre de ses décisions. »

En montagne, les vrais passages scabreux se trouvent souvent après des sections où il faut porter en montant. Si un débutant peu entrainé peut monter un single, il peut à prioris le redescendre. Même si certains VTTAE sont équipés d’un mode qui permet de pousser en étant aidé du moteur, aucune aide ne peut aider à porter la vingtaine de kilos de ces engins, ce qui en fait une pratique rédhibitoire.

Avancer cet argument, c’est faire l’impasse sur le fait que certains pratiquants réguliers sont physiquement aguerris mais techniquement déficients. Et devinez-quoi ? Dans 99% des cas, ça ne pose aucun problème. Dans les autres cas, le vététiste a généralement assez de clairvoyance pour descendre de vélo s’il juge que le passage à franchir va lui poser problème.

A nouveau, chacun est maitre de ses décisions. J’ai peine à croire qu’un débutant en VTTAE fera plus souvent l’erreur de penser qu’il peut passer là où son niveau l’en empêche qu’un rideur aguerri un peu trop confiant.

 

 

Fainéantise et facilité


On en revient finalement à cette barrière philosophique qui empêche une partie de la communauté d’accepter le VTTAE : le VTT c’est fait pour souffrir, un point c’est tout ! Que ceux-là se rassurent, rien ne les empêche de souffrir en électrique, ils iront juste plus vite et plus loin.

« Le VTT c’est fait pour souffrir, un point c’est tout ! »

Outre cet argument philosophique qu’ils peuvent s’appliquer à eux-même, il serait peut-être temps de se départir d’une mentalité élitiste, communautariste et sectaire qui rejette ceux ne se soumettant pas à des codes claniques qui se voudraient pour certains représenter notre sport. Il y a déjà autant de pratiques du VTT que d’individus. Et le pire dans tout ça, c’est que certains ne font que descendre sur leur vélo ! Diantre !

Ceci étant dit, il manque à une sortie en e-bike un petit quelque chose. Le vélo de montagne, c’est la philosophie du « earn your turns » que les amateurs de ski de rando connaissent bien. On apprécie un peu plus chaque virage parce qu’on sait ce que l’on a du endurer pour arriver au sommet. Pour rester dans le domaine du VTT, on peut faire le parrallèle avec le DH en station. Les descentes n’ont pas la même saveur, on se suprend à « gaspiller » des bouts de run parce qu’on est fatigué et qu’on sait pouvoir remonter à tout moment pour enchainer une nouvelle descente. En abaissant la valeur de chaque mètre gravi, le VTTAE pousse à la dépréciation de cette expérience. Ce n’est juste pas tout à fait pareil.

 

 

VTT à assistance électrique et écologie


Le vélo électrique a le vent en poupe. Aides gouvernementales, développement massif dans le cadre des moyens de transport « doux » en agglomération : affubler d’une batterie le premier deux roues venu est devenu synonyme de geste pour la planète.

« La production et le démantèlement des batteries sont atrocement polluants. »

Et pourtant, c’est oublier que la production et le démantèlement des batteries sont atrocement polluants. C’est oublier que lorsqu’on recharge sa batterie, on utilise pour trois quart le nucléaire, et 10% d’énergies fossiles. Penser que le VTTAE est « green » est donc contre-nature. C’est comme penser que le nucléaire actuel est écologique, c’est mettre des oeillères pour ne voir que ce qui nous intéresse.

Pourtant, puisqu’il est question d’oeillères, il faut considérer ce que consomme la machine humaine. Le coût écologique du steak que vous avez mangé à midi et le CO2 que vous produisez par rapport au moulin électrique du voisin. Le coût écologique de votre déplacement en voiture au pied du sommet convoité à 60km de chez vous. Et les effets bénéfiques du VTTAE sur la santé de ceux qui ne toucheraient pas à un VTT classique, on en parle ?

Bref, ce qu’il faut retenir de ces quelques questions, c’est que faute de chiffres précis, l’aspect écologique du vélo électrique est un sujet sur lequel on peut tourner en rond des heures durant. Le mettre en avant est discutable, défendre le contraire corps et âme peut se révéler un parcours du combattant semé de chausse-trapes.

 

 

L’e-bike est là pour rester


Quoi qu’on en pense, militer contre le VTTAE est comme s’élever contre la voiture électrique. En développant cettre première génération d’e-MTB, les constructeurs ont ouvert la boite de Pandore. Il est maintenant trop tard pour faire marche arrière.

Comme toute nouvelle technologie, le VTT à assistance électrique va pour un moment encore être accusé de tous les maux. Et pourtant, il représente une partie du futur de notre sport. Quelle part exactement ? Difficile de le savoir pour le moment. Mais il y a fort à parier que le phénomène dépasse l’effet de mode, si grandes sont les marges d’évolution technologique parrallèles aux grands enjeux écologiques du moment. Moteurs électriques et batteries sont au coeur des enjeux de demain, et l’e-bike ne peut que profiter des avancées en la matière.

« En développant cettre première génération d’e-MTB, les constructeurs ont ouvert la boite de Pandore. »

La migration des pratiquants de VTTAE vers le VTT classique sera probablement très limitée. Difficile en effet d’abandonner l’électrique une fois qu’on y a goûté s’il n’y a pas une volonté d’approfondir le côté technique de notre sport, celui qui apportera toujours plus de sensations via une machine légère au comportement irréprochable. Même si paradoxalement, le VTTAE demande plus d’engagement et une meilleure technique pour s’animer.

Pourtant, avant de parler de migration vers le VTT traditionnel, il faudrait déjà parler de rétention de la population qu’on pourrait pour le moment qualifier d' »early adopters ». Cette rétention semble difficile à quantifier quand on ne connait pas le profil type des utilisateurs de l’e-MTB. Entre vététistes aguerris qui l’utilisent pour faire quelques boucles rapides le midi, le débutant qui va rapidemment abandonner, ou encore le cadeau de monsieur à madame pour des sorties à deux, difficile d’y voir clair. Tout comme il y a autant de pratiques du VTT que de pratiquants, il y a autant d’utilisations du VTTAE que d’utilisateurs. Ou presque.

 

 

Un cadre législatif incertain


L’évolution de la législation et l’accès aux sentiers est un autre point important qu’il faudra suivre de près.

L’accès à la GTV sur les hauts plateaux du Vercors, seule voie autorisée aux VTT, a récemment été interdite aux VTTAE. Si l’on peut se féliciter de la prise en compte par les pouvoirs publics de la différence entre VTT et VTTAE, son assimilation à un véhicule motorisé traditionnel et son bannissement d’itinéraires qui ne le justifient pas n’est pas non plus une réponse adaptée. C’est ce qui semble avoir été fait sur la GTV, qui si elle traverse un milieu protégé, reste un chemin large et plat pour lequel les VTTAE ne présentent à prioris pas de danger.

 

 

Une communauté à jamais divisée ?


Si le débat fait rage depuis plusieurs années sur internet, c’est lors du VVF que j’ai du me rendre à l’évidence : les deux camps sont irréconciliables. Après avoir entendu des avis totalement opposés de pratiquants assidus et engagés dans notre sport au jour le jour (rideurs pro, moniteurs, …), je me suis rendu compte que plus qu’un débat d’idées, c’est principalement une barrière philosophique qui scinde la communauté, faute, justement, de pouvoir faire avancer le débat avec des chiffres précis et des faits avérés.

« C’est principalement une barrière philosophique qui scinde la communauté. »

Ses opposants ne sont toutefois pas tous vent debout contre ce nouvel outil. Certains voient le côté fun du VTT électrique en montée mais s’inquiètent néanmoins de son impact sur certains secteurs fragiles et déjà fort fréquentés. Ceux là sont contre l’e-MTB non pas pour ce qu’il est, mais ce qu’il pourrait devenir. Comme toute technologie à ses débuts, on ne peut que se perdre en supputations quant à ce qu’elle sera dans une dizaine d’années, ses retombées et les conséquences de son développement.

 

 

Conclusion


Le VTTAE a en quelques années entrainé une petite révolution dans le monde du vélo. Nulle autre technologie n’avait précédemment pris autant d’ampleur aussi rapidemment et suscité un tel engouement. Nul autre sujet n’avait autant clivé : tailles de roues, largeur de pneus, longueurs d’axes, le VTTAE remporte facilement la palme du débat sans fin.

Il faudra encore attendre quelques années pour atteindre le recul nécessaire à une évalutation complète du phénomène. Cependant, il ne fait aucun doute que le VTT électrique va poursuivre sa progression semi-immergée. D’un côté, les ventes explosent. L’industrie l’a bien compris et les campagnes marketting se succèdent pour mettre en avant ce nouvel outil. De l’autre, on sent une partie de la communauté faire bloc face à ce VTT « impur ».

La réalité est que le VTTAE est un outil comme un autre. Un outil fun, mais pas pour tout le monde et toutes les occasions. Avec des avantages, des inconvénients. Des forces, des faiblesses. Bref, le VTTAE ne remplacera jamais le VTT traditionnel.

J’ai beau chercher, je ne trouve pas de raison pour m’opposer à son développement comme le font certains de manière péremptoire. Le VTT et le vélo de montagne sont avant tout des sports de liberté. Peut-être que ceux emprisonnés par leur égo et ne supportant pas l’idée d’être dépassés par un VTTAE lors d’une ascension devraient libérer leur esprit l’espace de quelques instants et réaliser qu’ils livrent un combat futile.

 

Daccord, pas d’accord ? Quelle est votre opinion sur le VTTAE ? Dites-moi tout dans les commentaires ! 😉

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7 Comments

  1. Salut,

    Je pense que tout le monde à tendance à oublier qu’un VTTAE n’est pas moins qu’un engin motorisé, et qu’il serait bon que les utilisateurs soient sensibilisés sur ce sujet afin qu’ils adaptent leur pratique et surtout que certains accès interdit aux motos/quads leurs soient également.

    Personnelement j’ai testé un modèle electrique de HAIBIKE, et j’ai trouvé que c’était juste une petite moto avec des pédales. Rien à voir avec la pratique du VTT.

    (Cool ton blog et sympa d’avoir autant de contenu intéressant)

    Najib
     » Pratiquant XC/enduro en Giant Anthem SX 2 et en pédales plates 😉 « 

    • Salut Najib,

      Merci pour ton commentaire.

      A mon sens c’est plus compliqué car la puissance développée et la masse de l’engin n’ont rien à voir avec une moto ou un quad.

      Il faut aussi garder en tête qu’outre la limite de 25km/h au-delà de laquelle l’assistance se désactive, l’UE limite également la puissance des VTTAE à 250W, alors qu’un rideur pro peut dépasser les 1000W sur quelques secondes.

      Si en plus tu prends en compte le fait que le VTTAE est silencieux contrairement aux engins motorisés classiques, on en revient à une question qui est d’ordre philosophique plus que technique : en l’absence de preuve tangible que le VTTAE dégrade les singles, perturbe l’environnement (pollution, bruit, …), ou constitue une menace pour les autres utilisateurs, faut-il les interdire uniquement à cause de l’assistance ou parce qu’on en réserve l’accès à ceux qui sont physiquement capables d’y évoluer (et quid des cavaliers dans ce cas) ?

      • Si on parle de puissance, le freinage en descente est beaucoup plus problématique (comme tu l’évoque dans ton article).
        Si j’ai pas fait d’erreur dans mes calculs, un VTTiste(+vélo/équipement) autour de 100kg qui passe de 30km/h à 10km/h en 10s va dissipé tout au long de son freine une puissance de 4000W.

        Pour moi les VTTiste qui veulent interdire les VTTAE ont la même réaction que les randonneurs qui veulent interdire les VTT.

        Sinon pour l’histoire du demi-tout de pédales pour que l’assistance se lance, ça doit venir du moteur que tu as testé. Pour ma part le VTTAE que j’ai testé n’avait aucun problème à démarrer en cote, l’assistance s’enclenche presque immédiatement quand tu commences à appuyer sur les pédales.

        Par contre, l’assistance se faisait à régime constant (au niveau du pédalier), c’est à dire qu’il était inutile d’essayer de pédaler plus vite pour accélérer.

      • Salut,

        Je suis d’accord avec toi sur le fait qu’un VTTAE n’a pas le même gabarit qu’une moto cross, mais l’idée et sa pratique rejoignent bien plus ce dernier qu’avec un VTT musculaire, le VTTAE tout comme une moto sont faits pour grimper sans effort pour n’avoir que du fun gratuit.

        Et pour ce qui est de la dégradation des sentiers, le problème c’est que cette tendance se multplie rapidement et on croise régulièrement des groupes de 5 à 10 personnes en VTTAE qui passent et repassent à volontés, là où en VTT classique tu grimpes difficilement et souvent qu’une ou 2 fois dans ta sortie et la plus part du temps seul ou a 2, sans oublier qu’on va pas monter à 25 km/h.

        Justement, au sujet des 25km/h, je trouve que c’est justement là où reside le coeur du problème, à la base le VAE a été conçu pour donner un accès plus aisé au vélo de ballade/loisir pour les gens en incapacité physique (surtout pour faire du chemin plat, d’où cette limitte de vitesse).

        Je trouve que cette vitesse n’est pas adapté pour la pratique du VTT, il est complètement absurde de monter une côte technique en forêt à 25 km/h et dire que c’est encore du VTT !

        • Salut Najib,

          Comme je l’ai écrit dans l’article, l’idée que le VTTAE monte tout seul sans effort est assez inexacte. Oui, il est possible de monter sans trop se fatiguer, mais il est bien plus amusant de fournir un effort similaire à celui fourni en VTT classique tout en profitant d’une vitesse accrue. Après tu as peut-être testé un vélo qui comme le décrit Erik n’est pas vraiment une assistance mais délivre toute la puissance dès le départ.

          Le concept de « fun gratuit » me dérange aussi : c’est porter un jugement de valeur là où il n’a à mon sens pas lieu d’être. C’est imposer aux autres l’idée que le VTT c’est difficile, il faut en chier pour mériter la descente. C’est un courant de pensée malheureusement très répandu dans le milieu du cyclisme en général. En réalité, chacun est libre de placer la barre où il le souhaite. Si une descente depuis un sommet à 3000m gravi en 6h est particulièrement appréciable eu égard aux efforts fournis pour y arriver, je suis le premier à optimiser mes traces locales pour faire grimper le ratio fun/effort.

          C’est aussi oublier qu’augmenter le temps passé à descendre, c’est progresser plus rapidemment. A ce titre, que penser du DH ? 100% de « fun gratuit » ? Pour conclure sur ce point et faire le parallèle avec un autre sport, Pica Herry, guide de haute montagne et rideur pour Jones Snowboards me confiait dans une interview que malgré son activité centrée sur le splitboard, il trouvait important de prendre régulièrement des remontées en station pour augmenter son volume, varier les conditions et conserver un niveau au top.

          Bien qu’elle soit répandue, je ne sais pas trop d’où sort l’idée que le VTTAE a été conçu pour les personnes en incapacité physique, si tu as une source fiable, ça m’intéresse. A en croire les stats Strava, je monte presque deux fois moins rapidemment que les meilleurs. Est-ce qu’il faut imposer aux plus forts de faire des sorties deux fois moins longues pour limiter leur impact sur les singles ? Faut-il interdire les groupes de plus de 4 personnes quel que soit leur engin ?

          Enfin je ne comprends pas trop cette focalisation sur la limite de vitesse. D’une part, il est quand même rare d’atteindre 25km/h en montée technique. D’autre part, l’érosion des sentiers me semble théoriquement moins importante en montant de manière fluide à 25km/h qu’en passant chaque difficulté en force à 10km/h.

  2. Salut Sébastien,

    Je ne comprends pas comment tu peux donner un effort similaire à un VTT classique tout en profitant d’une vitesse acrue en VAE ? Ça n’a aucun sens pour moi, car une assistance reste une assitance, peu importe le ratio de cette dernière.

    Pour le « fun fratuit », ce n’est qu’une façon de parler, une image hyperbolique. Je ne critique en rien le DH, au contraire, je suis le premier à trouver cette pratique intéressante et aller en station de temps en temps, et justement, pour en profiter un maximum sans m’embêter avec du D+.

    Ce que j’essaie d’expliquer, c’est qu’il y a un problème de comportement avec les pratiquants en VTTAE, et c’est justement à cause de ce manque d’implication physique qu’ils se permettent des choses pas très sympathique envers les autres usagers.

    Pour ce qui est de mes sources je n’en ai aucune ! Par contre avec un peu de bon sens on comprend d’où vient ce renouveau pour le vélo électrique, il suffit d’observer qu’elles étaient les premiers modèles commercialisés (vélo de ville pour éviter la transpiration et surtout les bouchons, puis le vélo ballade encore une fois pensé pour papi/mami, etc…)

    Ensuite pour ce qui est des 25km/h, oui, je suis persuadé que cette vitesse n’est pas adapté à la pratique du VTT, si l’AE n’était surtout qu’un simple soutient pour ne pas rester coincé dans une côte, (par exemple avoir une AE limitée 5 ou 7km/h serait suffisante), je pense qu’on en verrait déjà beaucoup moins avoir des comportements irrespectueux.

    Tout ça n’est que mon point de vue, je ne souhaite en aucun cas imposer quoi que ce soit, mais à un moment donné faut appeler un chat un chat, et à mon sens, aujourd’hui le VTTAE n’est pas du VTT. Pour exemple, pourquoi le site endurotribe a carrément crée un site entièrement dédié au VTTAE ?

    Pour finir, il ne faut pas me prendre pour un détracteur du VTTAE, je pense que l’idée de base est bonne et que ça pourrait rassembler plus de monde autour de ce sport fabuleux, mais pour le moment il n’en ai rien, bien au contraire ! Tout le monde en parle et tout le monde se rend compte qu’il y a un soucis pour la simple et bonne raison qu’il est impossible (pour le commun des mortels) de suivre un VTTAE avec un VTT classique.

    Donc au lieu de nous réunir, ça creuse un faussé, pour ma part je préfère être seul que mal accompagné…

    • Salut Najib,

      Oui c’est une assistance, mais ça ne veut justement pas dire que le vélo se transforme en fusée en appuyant sur un bouton ! Même si comme je l’écrivais, elle peut en donner l’impression lors des premiers tours de roue… En pratique tu as le choix : soit tu roules pépère et tu montes à bonne vitesse, soit tu roules fort, et tu montes très vite, modulo le niveau d’assistance. En fait il ne faut pas juste voir l’assistance comme un complément qui permet de s’économiser pour monter comme avant, mais plutôt comme un démultiplicateur qui permet de monter plus vite en fournissant le même effort.

      Je ne fais pas le même constat que toi en ce qui concerne les comportements. Souvent les pratiquants de VTTAE sont soit plutôt débutants et respectueux (pas mal de locations par ici, ce qui je pense est un marché qui a d’excellents atouts pour se développer), soit conscients de leurs limites qui ont entrainé le choix du VTTAE. Après je veux bien croire que ton expérience a été différente, et dans l’absolu il y a des cons partout. Mais c’est vrai qu’en ce qui me concerne j’ai eu (ou entendu de la part de potes) plus de problèmes avec des rageux de la grimpette qui se croient tout permis et se prennent pour Absalon lorsqu’ils bataillent pour gagner la médaille en chocolat de la rando super U du dimanche matin qu’avec des pratiquants de VTTAE.

      Limiter un VTTAE à 7km/h n’a pas de sens, je te renvoie vers mon point précédent : pour nous vététistes réguliers, l’assistance c’est d’abord un moyen de monter vite (que ce soit en D+ ou distance).

      Dissocier VTT et VTTAE a du sens, mais pas forcément beaucoup plus que dissocier XC et DH par exemple. Cette séparation n’est-elle pas tout autant motivée par le schisme qui divise la communauté sur la question du VTTAE ?

      C’est sûr que pour deux pratiquants avec un niveau physique similaire, celui en VTTAE va vite creuser l’écart ! Mais l’intérêt n’est pas là, c’est au contraire l’occasion pour madame de suivre monsieur en montagne, ou tout simplement pour ceux qui n’ont pas le temps de s’entrainer de suivre leurs potes. L’assistance sur la majorité des modèles est réglable et permet à chacun de trouver son bonheur.

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