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Journée Freeride Attitude aux 2 Alpes

Qu’est-ce que c’est, et pourquoi je me suis inscrit

Depuis un moment, je cherchais à me renseigner davantage sur la sécurité en hors piste : quelles conditions entrainent une élévation du risque d’avalanche, comment repérer précisément les secteurs à risque, comment utiliser un ARVA/DVA (Appareil de de Recherche de Victimes d’Avalanche ou Détecteur de Victimes d’Avalanches), etc…

Alors que certains domaines sont un peu plus à l’abris parce que denses en végétation, l’élévation des 2 Alpes offre des versants immaculés mais à prioris fortement exposés quand le risque d’avalanche est marqué. J’y étais justement le 13 janvier lors de l’avalanche sur Bellecombe : il avait neigé les jours précédents et malgré mon arrivée tardive le matin, j’avais pu faire pas mal de traces du côté de La Fée, où je me trouvais quand elle s’est déclenchée. Voir les secours à l’oeuvre dans l’heure qui a suivi m’a quand même fait réfléchir un moment et réévaluer l’urgence de m’informer davantage et m’équiper au plus vite.

Il se trouve que les 2 Alpes organisent tous les mardis pendant la saison d’hiver la journée Freeride Attitude. Le matin, entrainement à l’utilisation du matériel (ARVA, sonde, …) et à la recherche de victimes ainsi que topo sur les types de neige, d’avalanches, les facteurs déclenchants de ces dernières, etc… L’après-midi, quelques heures en hors-piste avec un guide pour voir en pratique ce qu’on a appris le matin. C’est totalement gratuit, et totalement génial, comme vous allez le découvrir via le récit de cette journée ;).

 

Déroulement de la journée

Matinée : information et entrainement à la recherche de victimes

Mardi 2 février. 6h45, mon réveil sonne. La soirée a été difficile, donc fort logiquement je n’émerge qu’un bon quart d’heure plus tard. Je suis à la bourre, rien n’est prêt, et ce n’est qu’à 8h15 que les roues tournent enfin, direction les 2 Alpes. Le rendez-vous est à 9h à l’office du tourisme, et je perds encore cinq minutes à Vizille : ça va être compliqué. Quelques dépassements de bus plus tard, je profite d’une montée finale dégagée quasiment jusqu’à la station pour grapiller quelques minutes. Je me gare dès que je trouve une place, et direction l’office du tourisme.

Finalement, j’ai toujours mon quart d’heure de retard, je ne vois pas grand monde, bref, la journée semble mal engagée. En m’approchant de l’accueil pour savoir ce qu’il en est, je me fais intercepter par Lucie, qui organise la journée : en fait tout va bien, le groupe n’est toujours pas parti.

On me donne une pelle, une sonde et un ARVA que je parviens tant bien que mal à caser dans mon petit sac, et nous voilà en marche vers le Jandri. Dans la queue, je fais connaissance avec une partie du groupe : des étudiants caennais en vacances qui ont déjà participé à l’expérience l’année dernière.

Une fois à 2600, on se dirige vers Bellecombe en reprenant le télésiège pour arriver au DVA Park, où l’on va pouvoir s’entrainer à l’utilisation du matériel.

Le DVA Park est un dispositif vraiment sympa accessible à toute personne qui veut venir s’entrainer à la recherche de victimes d’avalanche. Des émetteurs sont disposés un peu partout dans la zone et sont contrôlés par un boitier où l’on peut configurer le nombre de victimes (donc d’émetteurs actifs) et le temps impartit pour les retrouver. Une fois que l’on tape sur un des boitiers émetteurs en sondant, il cesse normalement d’émettre, et l’on peut passer au suivant. Si l’on arrive à la fin du temps impartit, ça sonne, et c’est game over. Une bonne manière de se rappeller que les chances de survie sont de 90% si l’on retrouve une victime sous 15 minutes, puis chutent à 40% au bout de 30 minutes.

En arrivant au DVA Park, on rejoint le reste du groupe : trois freeriders qui ont déjà une très bonne expérience de la pratique et leur propre matériel. On déplie les sondes, puis le topo sur l’utilisation des ARVA commence, menée par Jean-Pierre, guide de haute montagne, et Bruno, pisteur.

2 Alpes - Freeride Attitude - DVA Park préparation

Tout le monde est réuni devant le DVA Park, la formation va pouvoir commencer.

Ils ont tous les deux beaucoup d’expérience et pas mal d’anecdotes à nous raconter pour appuyer les conseils qu’ils nous prodiguent, donc on ne s’ennuie vraiment pas. Ils nous expliquent également quelle attitude adopter en temps que témoin lors du déclenchement d’une avalanche, ou comment s’organiser lorsqu’on est en groupe plus ou moins important et qu’un des membres s’est fait emporter : vigie pour prévenir le risque d’un second déclenchement, balayement de la zone de recherche ou encore priorisation si plusieurs riders sont ensevelis.

Le nom de cette journée (Freeride Attitude) prend tout son sens : l’accent est mis sur le comportement à adopter en hors-piste et la prévention des risques : préparation, analyse, connaissance de son état physique mais également mental ; savoir renoncer et ne pas hésiter à appeler les secours en haut d’un versant s’il n’est pas possible de revenir en arrière et que l’on juge le risque trop important.

Une fois la théorie vue, on enchaine sur la pratique avec la recherche de victime, par groupe de deux. Mon binome et moi nous dirigeons dès le départ vers la même balise, qui est trouvée assez vite. Par contre elle ne semble pas s’être désactivée une fois sondée, parce que je finis par revenir dessus lors de la recherche de la seconde. L’expérience montre en tous cas que la recherche n’est pas aussi facile qu’elle n’y parait, et qu’en y ajoutant une forte pente, des blocs de neige, et le stress d’une situation réèlle, elle peut tout de suite devenir très compliquée, d’où l’importance d’une entrainement régulier.

2 Alpes - Freeride Attitude - DVA Park

Les balises du DVA Park sont contrôlées par un boitier que tout le monde peut venir utiliser.

Sur la fin nous sommes rejoints par d’autres pisteurs : ils nous parlent notamment des différences entre les DVA modernes et les anciens analogiques, et nous expliquent le fonctionnement du déclenchement préventif d’avalanches via les dispositifs présents sur la station.

Une fois que tout le monde a pu pratiquer, on retourne vers la salle hors sac à 2600 pour un cours sur les différents types de neige, d’avalanches, les facteurs déclenchants, etc… Nous rejoignons dans la salle des lycéens en classe de neige. Les murs de la salle sont couverts de panneaux d’information que l’on va suivre pendant le topo : tout le monde peut venir s’informer quand il le souhaite.

On commence donc par les différents types de flocons, et leur transformation selon les conditions. On voit ce qui stabilise le manteau neigeux ou au contraire crée des couches fragiles. On parle de cohésion entre les couches, de gradients de température entre le sol et l’air ou encore de plaques à vent, et j’apprends qu’une avalanche nécessite une pente d’au moins 30° pour se déclencher.

Au final il y a quand même pas mal de choses à savoir, beaucoup de facteurs pouvant influencer la stabilité du manteau neigeux. Heureusement, nous recevons aussi deux petits livrets qui répertorient les informations les plus importantes que nous venons de voir. Nos formateurs insistent également sur l’importance de la préparation de chaque sortie et on jette un oeil ensemble aux infos qu’on peut retrouver sur un BRA (bulletin d’estimation du risque d’avalanche).

2 Alpes - salle hors sac - topo neige avalanches

Ambiance studieuse mais décontractée dans la salle hors sac !

Enfin j’apprends qu’on déstabilise moins le manteau neigeux en snow qu’en ski, mais qu’une fois pris dans une avalanche on a moins de chances de s’en tirer parce que la planche nous entraine au fond… on ne peut pas tout avoir !

Il est déjà plus de 13h quand on casse la croûte, avant de nous diriger vers le glacier pour la suite des évènements.

 

Après-midi : hors-piste, poudre blanche et points de vue à couper le souffle

On monte donc à 3200 puis on prend les pioches pour continuer notre ascension. J’ai perdu de vue le groupe entre temps, mais tout va bien, il est bien là à gauche de l’arrivée. On vérifie les DVA en passant devant notre guide un par un puis on s’échappe de la piste.

Jean-Pierre, guide de haute montagne, nous aura encadré toute la journée.

La neige est croutée et pas vraiment facile en haut, mais ça s’améliore en descendant.

On récupère le TS Signal pour descendre à l’ouest de la piste éponyme. Après une petite partie assez raide, on allonge sur du presque plat. Heureusement, vu les conditions on ne s’enfonce pas trop et on me prête un bâton pour parcourir les derniers mètres avant de revenir dans une pente plus accessible aux snows. Nous passons ensuite dans une section très sympa où l’on peut faire de jolies traces en gardant quelques barres rocheuses à l’oeil. Puis nous revoilà en vue du TS Signal, que l’on finit par reprendre.

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Pas trop d’embouteillages dans le coin ! On aperçoit les pioches du glacier au fond à gauche.

Et puis on enchaîne sur LA descente qui fait du bien, apparement un des plus beaux itinéraires de hors-piste des 2 Alpes : Chalance. La neige est en majoritée croutée et assez souvent carrément verglacée en surface, conditions vraiment difficiles pour les skieurs du groupe, par contre en snow on coupe ça presque comme du beurre et même s’il faut parfois gérer quelques difficultés, ça reste excellent !

Cette surface verglacée est d’ailleurs une expérience inédite pour moi et assez intéressante, procurant la sensation de rider sur une plaque de verre qui se brise sous nos pieds. L’arrière est parfois un peu difficile à faire pivoter, et on laisse une trace qui m’a tout de suite fait penser à celle d’un brise-glace qui fraye son chemin au milieu de la banquise : au milieu de la surface lisse et brillante formée par cette croûte, nos sillons blancs révèlent une neige poudreuse invisible en surface.

Chalance - vue la fée

La majeure partie de la descente s’effectue face à La Fée

Il faut cependant rester vigilant, l’itinéraire comporte pas mal de barres rocheuses (que notre guide nous indique et nous fait contourner sans problème), et le faible enneigement fait effleurer bon nombre de rochers. J’en vois un au dernier moment sur une longue traverse que je parviens heureusement à sauter, sans autre option. Petite frayeur également après une chute qui m’envoie rouler-bouler en direction des rochers alors que j’entamais un virage pour les éviter. Finalement tout se passe bien, et la descente continue.

Chalance - croute verglas

La croûte verglacée qui brille comme la surface d’un lac donne un ressenti assez bizarre, dur et friable à l’extérieur, doux et poudreux à l’intérieur …

On rejoint finalement le secteur de La Fée et une dernière pente bien marquée qui fait plaisir conclut cette superbe après-midi de hors-piste.

Chalance - vue sur la fée

Le retour sur La Fée n’est plus très loin, avec toujours une vue magnifique.

Après les embouteillages de 17h pour rentrer à la station via la nouvelle Jandri 1, nous nous retrouvons à l’office du tourisme pour rendre le matériel. Mais la journée n’est pas encore terminée, car  nous sommes invités à boire un coup dans le bar d’à côté ! Après avoir attendu tout le monde, on s’y dirige avec les caennais et les trois freeriders qui nous ont rejoint.

La bière fait du bien pour finir la journée… Mais ce n’est toujours pas terminé ! Après un petit tirage au sort, c’est distribution de goodies ! Pour une fois la chance me sourit et je repars avec un bonnet Volcom.

De la bière et des goodies !

De la bière et des goodies !

La journée s’achève finalement vers 19h après une deuxième tournée. J’ai vraiment adoré, et j’applaudis l’initiative qui mêle information, mise en pratique, et plaisir. L’encadrement était top, super sympa, et je recommande donc évidemment cette journée, quelque soit votre niveau de pratique.

La sortie en hors-piste de l’après-midi, qui permet de découvrir de magnifiques secteurs du domaine entre de bonnes mains, demande un niveau minimum, mais elle est optionelle. Vous pouvez donc tout à fait, si vous le souhaitez, participer uniquement à la matiné d’information et d’entrainement à la recherche de victimes, qui est extrêmement instructive. Il n’y a donc pas à hésiter : si ce n’est pas déjà fait, inscrivez-vous !

Pour conclure, merci à Jean-Pierre notre guide, merci aux pisteurs, et un grand merci aux 2 Alpes !

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