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Gonfleur pneus tubeless DIY : fabriquez le votre pour 3€

Note : l’utilisation du dispositif dont je décris la fabrication dans cet article n’est pas sans risque et peut être source de blessure. Il s’effectue sous votre propre responsabilité.

Parfois, faire claquer ses pneus tubeless devient un parcours du combattant. J’évoquais dans cet article ma méthode pour le faire facilement avec un simple démonte-pneu. Alors qu’elle marche à merveille sur une vraie jante UST (avec un fond plein), les montages un peu plus ghetto peuvent nécessiter de sortir l’artillerie lourde. Ce fut notamment le cas pour mes nouvelles roues (mes Easton ayant rendu l’âme).

Les Shimano MT-68 sont considérées comme UST : elles possèdent un profil adapté, et Shimano livre même les valves tubeless avec ! Par contre, on a bien un fond de jante apposé par dessus les trous qui sont affublés d’une sorte de capuchon. Je pense que c’est le profil protubérant de ces derniers qui bloque la tringle et l’empêche de glisser facilement vers la gorge. Quoi qu’il en soit, j’ai tout essayé : démonte-pneu, eau savonneuse, chambre à air pour sceller au moins un côté : après deux heures d’effort, impossible de mettre en place le pneu correctement.

Dans ce genre de situation, il ne reste plus qu’une solution : envoyer beaucoup d’air très (très) vite dans le pneu. La méthode royale, c’est le compresseur que certains auront sous la main dans leur garage. Pour ceux qui n’ont pas de compresseur, un tour à la station service du coin qui propose le gonflage de pneus auto peut venir à bout du challenge. Sauf que si vous habitez un peu à l’écart d’une station équipée pour la tâche, la perspective de faire plusieurs dizaines de kilomètres pour si peu n’est pas très réjouissante, que ce soit sur le plan économique, écologique, ou tout simplement la dépendance vis à vis d’un équipement extérieur.

Depuis quelques années, les pompes à réservoir ont fait leur apparition. La Flash Charger de Bontrager ou la Joe Blow Ace Floor de Topeak en sont deux exemples largement distribués. Un réservoir emmagasine l’air que vous pompez, puis le relâche, entrainant le flux d’air important et la surpression que l’on recherche. Seul problème, le prix. Comptez près de 150€ pour une telle pompe.

C’est le prix que j’ai payé pour ma paire de roues au budget rikiki, donc ce n’était pour moi pas une option raisonnable. Il restait une sortie possible au problème, que j’avais toujours jugée un peu trop artisanale à mon goût : le ghetto tubeless inflator, ou gonfleur de pneu tubeless de fortune. A vrai dire j’ai considéré l’option une demi seconde avant de la remettre au placard, jusqu’à ce que je parle du problème autour de moi et qu’elle soit remise sur la table. Vu la distance me séparant du centre de gonflage le plus proche, j’ai sauté le pas pour fabriquer ce dispositif diabolique.

 

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Sobre. Simple. Efficace. Bon d’accord, peut-être pas le genre d’équipement qu’on affichera fièrement dans son garage.

 

L’idée, que j’avais découverte il y a quelques années, semble avoir été partagée pour la première fois sur le forum US Singletrack, bien que l’idée ait été mise en oeuvre plus tôt par certains. Quoi qu’il en soit, la recette est relativement simple : une bouteille de soda, deux valves,  et un tube composent l’engin. On gonfle la bouteille par une des valves en coupant le flux d’air dans le tube, relié d’un côté à la bouteille par une valve sans obus, et de l’autre au pneu à gonfler par sa valve, elle aussi sans obus. Une fois la pression désirée atteinte, on relache le flux d’air qui va venir rapidemment dans le pneu jusqu’à ce que la pression s’équilibre entre lui et la bouteille.  Convaincus ? Voyons ensemble comment fabriquer le dispositif.

Matériel requis

  • Une bouteille de soda de 2L (~1€). Plusieurs points importants ici. Tout d’abord, la bouteille de soda a son importance. Elles sont beaucoup plus résistantes qu’une simple bouteille d’eau minérale, car conçues pour supporter la pression importante d’une boisson gazeuse. Ensuite, le volume de 2L permet, sans surprise, de contenir plus d’air qu’une plus petite, ce qui est très avantageux. Une bouteille d’1.5L doit pouvoir faire le travail, mais qui peut le plus peut le moins, et ça permet de garder une pression contenue.
  • Deux valves que vous allez récupérer sur des vieilles chambres à air (quoi, vous ne gardez pas vos vieilles chambres à air ?). L’une d’entre doit posséder un obus démontable. Vous pouvez sinon utiliser des valves tubeless si vous en avez à disposition.
  • Un tube souple de 5mm de diamètre interne. Vous pouvez en trouver sur amazon pour 1€50 les 2m, ou en animalerie au rayon aquarium pour moins de 3€.
  • Du chaterton ou du scotch résistant.

En plus de cela, il va vous falloir de quoi percer deux trous de 5mm.

 

Construction

Je vous rassure, comme la liste du matériel requis le laisse penser, rien de compliqué !

Commencez par vider la bouteille de soda : je vous déconseille de la boire, c’est plein de sucre et ça va propulser votre IG à travers le plafond. Quelle que soit la solution choisie, une fois la bouteille vide, on peut y aller.

Percez deux trous de 5mm dans le bouchon. Essayez d’être assez précis, parce qu’il y a assez peu de marge pour faire rentrer deux valves. En général un repère est présent au centre du bouchon, ce qui peut vous aider pour trouver le milieu entre centre et périmètre.

 

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Position des deux valves à l’intérieur du bouchon.

 

Découpez ensuite dans vos vieilles chambres les deux valves dont nous avons besoin. Ne gardez que la partie utile en découpant au plus près. Vous allez vous retrouver avec quelque chose qui ressemble un peu à une valve tubeless. Limez légèrement les bords si besoin. Retirez l’obus de l’une des valves (ou vérifiez au moins pour le moment que c’est possible).

Ensuite insérez ou vissez chaque valve dans un trou, pointant vers l’extérieur du bouchon. Comme je n’avais qu’une Dremel et pas de mèche de 5mm, j’ai emprunté un alésoir conique (on fait avec les moyens du bord !), ce qui m’a permis de faire le trou le plus petit possible pour ensuite visser les valves au plus près. Quelque soit votre méthode, attention à ne pas déborder sur le pas de vis du capuchon, ou vous ne parviendrez plus à le fermer. Vissez l’écrou de l’autre côté de la valve pour que son talon soit bien positionné contre le bouchon, ce qui assurera une bonne étanchéité.

Vérifiez que votre bouchon se visse toujours sur la bouteille sans problème, puis enroulez un peu de chaterton autour de la bouteille (j’ai pris du scotch à carton parce que je n’en avais plus : c’est mieux que rien, mais la résistance n’est évidemment pas la même qu’un bon scotch épais). Cela permet de la renforcer, et éviter que des bouts de plastique volent partout si elle éclate. On est jamais trop prudent.

Vous pouvez maintenant tester la résistance et l’étanchéité du montage. Si vous aviez retiré l’obus de l’une des valves, remontez le et fermez la valve. Raccordez votre pompe à l’autre valvue. Par mesure de sécurité, enroulez la bouteille dans une vieille couverture au cas où elle éclaterait. Par mesure de sécurité également, portez des protections auditives et visuelles. Pompez progressivement jusqu’à atteindre 80-90 psi (5.5/6 bar). Vérifiez qu’elle tient la pression sans perte importante, puis vous pouvez relâcher l’air avec la deuxième valve.

 

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Position des valves à l’extérieur et raccord du tube flexible.

 

Pour en terminer, coupez une longueur de tube (40cm sont largement suffisants) et insérez une extrêmité sur la valve sans obus. Ce raccord doit durer dans le temps si vous comptez réutiliser le dispositif, donc n’hésitez pas à prendre un peu de temps pour faire monter le tube assez haut sur la valve. Finissez avec un petit serre-câble/rislan pour améliorer encore le maintien du tube sur la valve. Le ligaturage avec du fil à coudre marche aussi très bien, et renforcera l’aspect ghetto de l’ensemble.

Le dispositif est maintenant prêt.

 

Utilisation

Raccordez le tube à la valve de votre pneu à gonfler. Pas besoin de le faire monter aussi haut que sur la bouteille, mais prévoyez tout de même 4-5mm pour ne pas qu’il soit arraché lorsque l’on va libérer l’air. Raccordez la valve libre sur la bouteille à votre pompe. Comme lors du test, n’hésitez pas à jouer la sécurité en enroulant la bouteille dans une vieille couverture.

Utilisez ensuite une pince étau, une grosse pince de maintien ou un autre outil qui va vous permettre de compresser le tube en plastique pour ne pas laisser passer l’air. Attention, ce type de tube se compresse facilement mais il est plutôt fragile, n’hésitez donc pas à le protéger des machoires d’une pince avec un chiffon. Vous pouvez aussi utiliser les petites pièces en plastique qui viennent avec certains kits de purge de freins.

 

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Setup final avant de libérer l’air.

 

Pompez ensuite jusqu’à 60-70 psi (4.5/5 bar). Relâchez la pince qui bloquait l’air dans le tube. Le transfert d’air va se faire, et positionner automagiquemment le pneu sur la jante. Vous pouvez ensuite continuer à pomper avec la bouteille en place si le pneu n’a pas claqué.

 

Le mot de la fin

Il est possible de créer des versions un peu plus faciles d’utilisation via l’ajout d’un sélecteur, ou plus sécurisées en transvasant l’air d’un pneu à l’autre, comme expliqué par exemple dans cet article sur PinkBike. Mais au niveau budget, difficile de faire mieux que la version basique !

Au risque de me répéter encore une fois, pomper plusieurs bars de pression dans une bouteille de soda n’est pas anodin et son explosion peut provoquer des blessures corporelles ou auditives. En cherchant un petit peu, ce type de bouteille semble être conçu pour supporter 150 psi. Mais cette valeur peut énormément chuter si la bouteille est endommagée, même légèrement, sans compter les modification apportées lors de la conception du dispositif. Je vous recommande donc d’utiliser le minimum de pression nécessaire (50 psi peuvent suffire) et de ne pas dépasser les 90-100 psi.

Cette enième mise en garde terminée, le système marche miraculeusement bien, et permet de monter ses pneus facilement pour quelques euros.

 

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